Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Voyage 2010

Convoyage de Québec à Dakar, au Sénégal.

Une de mes connaissances a vendu son voilier, un Chatam de 33 pieds en acier à un acheteur qui habitait Dakar, capitale du Sénégal. Le lien était vite fait : une année plus tôt, j'avais justement fait le même trajet avec mon propre voilier. Alors qui de mieux placé qu'un jeune de 34 ans pour convoyer ce voilier? J'ai donc eu ce contrat assez facilement, d'autant plus que je n'avais aucune idée quel prix lui demander... Il savait que je le lui ferais pour une bouchée de pain... Moi qui avais tant envie de revoir l'endroit où j'avais planté un arbre.

Par chance, j'avais l'expérience de la préparation d'un voilier pour lui faire traverser l'océan. Car ce fut une vraie foire aux malheurs! Au début, tout a l'air beau! Mais, bien franchement, la première journée où je suis monté à bord, j'avais vu la mauvaise courbe du mât... Mais l'ami qui m'accompagnait à ce moment m'avait facilement convaincu que je serais capable de l'enligner lorsque j'ajusterais le mât final en naviguant! Il est primordial pour un mât d'être bien droit lorsque nous sommes au près du vent. Mon ami avait plus d'expérience en navigation que moi, donc, normalement, je devais écouter ses conseils. Mais on apprend assez vite qu'il faut savoir être critique malgré tout...

Les préparatifs qui devaient être rapides se sont éternisés... Par chance, j'avais commencé quatre mois avant la date de départ. La règle dans tout ça, ne pas faire confiance à un vendeur qui prétend que son voiler est prêt à faire une traversée océanique. Sinon vous pouvez être certain de vous retrouver dans le trouble! Dans ce cas précis, les heures de préparations n'en finissaient plus. Toutes les fois que j'avançais et qu'il y avait quelque chose de terminer, je découvrais d'autre chose à faire! La règle du trois fois plus long à faire que prévu s'appliquait à toutes les sauces. Et pour couronner le tout, lors de la première sortie à voile, je ne suis pas parvenu à ajuster le mât tel qu'il se doit... Merde! Mais que se passait-il? C'était un peu gênant de monter au mât en présence du vendeur, afin de vérifier l'endroit où le mât faisait défaut, exactement où j'avais vu 4 mois auparavant une mauvaise courbe. En examinant mieux, la faiblesse se trouvait au niveau des barres de flèches, des vergetures, juste en haut et en bas de l'assise de la barre de flèche tribord. Le mât avait bel et bien reçu un coup. Je sus par la suite que le bas hauban avait lâché prise lors de sa première sortie à voile. Sous voile, il y a beaucoup de tension dans l'haubanage. Donc, le coup a fissuré du moins l'anodisation autour de la barre de flèche et plier légèrement le mât au même endroit. Comme une barre qui a subi un mauvais choc et qui ne pourra jamais revenir en position initial.

Et voilà, le convoyage était repoussé. Démâtage. Je devais attendre la réparation du mât avec un délai de deux semaines. Et remâtage. Si au moins ça aurait été la seule mauvaise surprise. Mais les drisses avaient été mal filées dans la tête de mât, alors elles se sont fait gruger par le métal, ce qui en a fait casser une. Vous auriez dû me voir au milieu de l'Atlantique grimper dans le mât! Beaucoup de plaisir! Sans compter la valve de la toilette qui avait bloqué avant de partir pour la traversée. Nous n'avions pas le choix, les besoins se font par-dessus bord ou dans une chaudière. Nous gardions le réservoir septique pour le gros temps. Mais au bout d'un moment, le réservoir s'est tout de même rempli. Et quelle surprise, la vidange ne fonctionnait pas aux Açores! Pour combler le tout, le vendeur du voilier avait scellé le réservoir avec du butyle. Ne vous avais-je pas déjà dis que cette matière fuit son emplacement d'origine? Voilà, le joint n'est plus. Pas besoin de vous dire que ça ne sentait pas la rose dans ce bateau! Alors nous n'avions pas le choix, il a fallu vidanger le réservoir par-dessus bord. Comme on dit, être dans la merde, jusqu'au cou!

Surtout, ne vous fiez pas à un vendeur qui dit que son bateau est étanche! Le test ultime, c'est la mer! Même pour un voilier en acier.

Malgré tout, ce voyage m'aura amené une fois de plus aux sublimes Açores. Au Sénégal, aussi, où je suis retourné dans mon village d'adoption. J'ai revu la famille, les amis, la communauté, l'arbre que j'avais planté. Ils étaient reconnaissants de mon passage, du geste que j'avais fait. Je me suis attaché à ces gens, à mon arbre, j'ai hâte de les revoir... Mais cette année, je passerai vite.

Après un an seulement, mon arbre s'était tellement développé. J'ai vraiment pu réaliser l'effet produit sur cette communauté. C'est ainsi que l'idée d'un tour du monde en voilier afin de planter des arbres sur chaque continent venait de germer... Avoir l'envie de toucher le plus de gens possible, faire réaliser des choses, l'importance de notre planète, de son environnement... Mon périple me ramènera au Sénégal, une troisième fois. Mon séjour sera bref, mais j'ai la conviction qu'il ne sera pas mon dernier.

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
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Imprimé le : 24 juin 2017