Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

11 août 2014

Lentement mais sûrement

Vendredi c'est une belle journée avec des passages nuageux, de gros nuages. Le vent va et vient au cours de la journée. Il change aussi de direction. C'est très difficile de maintenir un cap. D'autant plus qu'en matinée, j'ai la vague impression de sortir du courant du Golf Stream. Mon instrument de positionnement géographique m'indique que j'ai un courant contre moi, il varie entre 1 et 1.5 noeud. Pourtant, je file entre 5 et 5.5 noeuds sur l'eau, mais sur le fond, ma vitesse varie entre 3.5 et 4 noeuds. On n'avance pas très vite malgré que le gréement travaille autant. Nous sommes parfois de travers et d'autres moments de la journée nous sommes auprès du vent. Il faut constamment abattre et lofer, j'ai mon instrument de positionnement à l'oeil. Le curant nous pousse vers l'ouest, malgré que nous devrions avoir une dérive due au vent d'ouest vers l'est. Il est très difficile d'avoir un cap convenable. Nous ferons un piètre 87 miles cette journée-ci. Mais au moins on avance, j'aurais pu frapper de pires conditions pour naviguer dans ces eaux. Je dois me compter chanceux. La mer est tranquille, pas plus d'un mètre. Je l'ai vu changer d'apparence en après-midi. J'ai constaté notre vitesse sur le fond dépasser notre vitesse sur l'eau pendant plusieurs heures.

Probablement un filet du courant du Golf Stream ou un contre du Labrador. Mon thermomètre ne fonctionne pas depuis belle lurette. Je suis sur la ligne de cisaillement en tout cas. Et pendant ce contre-courant, la mer clairement était plus agitée. Je n'ai pas jeté un oeil attentif pour rien, le bateau bougeait différemment.

J'ai le temps de faire plusieurs petits travaux en matinée. Toujours des petites choses qui brisent. J'ai recousu un nouveau tissu pour l'aérien léger du régulateur d'allure. Celui d'origine a eu son voyage il y a quelques jours. J'ai dû refixé ensemble mes planche qui me servent de siège sur mon balcon arrière. Vis, perceuse électrique, petit coup d'éguÏne. J'avais brisé mon 2e instrument de positionnement géographique durant la tempête. Il a fait un vol planer. J'ai donc dû organiser mon ancien premier qui commence à avoir de la misère lui aussi. Je devrais être bon pour rentrer à bon port. Mon ancien Magellan ne répond plus il y a plusieurs mois, il ne trouve plus les satellites. Il date des premières années de conception de ce genre d'instrument pour le public.

La nuit s'amorce avec un superbe coucher de soleil. La lune continue de grossir, maintenant elle est visible plus que la moitié. Le ciel se dégage. Le vent semble vouloir devenir plus constant. Je m'habille, pantalon, gilet long et ma tuque d'occasion. Je dors à l'extérieur, j'enfile en plus mon mateau de navigation. Un ris dans le grand voile. On file encore plus de 5 noeuds.

Samedi matin, j'avais largué le ris durant la nuit. Je le reprends. On commence à serrer plus le vent. Les prédictions météo ne sont pas mauvaises, à très peu de choses près.
Je sors mes cartes d'approche pour la Nouvelle-Écosse. Bientôt, je vais pouvoir faire un point dessus. L'île de sable est sur notre chemin, il y a beaucoup de hauts fonds. Du vent du nord qui s'en vient. Je me demande bien comment ça va se passer cette approche.

En fin de journée samedi, un groupe de gros nuages foncent sur nous. J'avais mis ma ligne à l'eau juste pour taquiner le poisson. De loin je ne vois pas le grain sur l'eau. Mais à l'approche, j'allume. Je rentre ma ligne à pêche en remontant de la salade. Cours sur le pont prendre des ris. J'en prendrai trois finalement avec beaucoup de génois à enrouler. Il y aura de la pluie. Je me suis habillé l e haut du corps,l l'air ambiant est froid. M'enlève le goût de me rincer, l'eau que je reçois sur les jambes est froide. Je suis en dessous de ma cabine. Il y a des éclairs. L'un d'entre eux nous sonne les oreilles. Encore une fois, je suis passé très proche. Après le grain, les nuages fuient, ils nous volent le vent. La mer est folle. Notre vitesse descend à 0 noeud. J'envoie de la toile. Les voiles déventées font pitié à se faire fouetter d'un côté comme de l'autre. Le vent revient 15 minutes plus tard. On reprend notre vitesse progressivement. J'avais gardé un ris en place. J'ai bien fait. On roule bien.

La nuit sera bonne et régulière. Je crois un cargo juste avant de fermer l'oeil. Le Mer Veille retentit. Ça faisait un bail. Il est très près de nous. Je confirme avec le radar, un mile et demi. Je dois abattre. Je lui laisse le passage. Et je reprends ma course 15 minutes plus tard. Voilà, je dormirai tout habiller comme un ours. Les nuits sont de plus en plus fraîches. Salopette, manteau et tuque sont de mise.

Le vent a tendance à virer au nord avant les prévisions. Il semble plus fort aussi. Effectivement, il faut garder à l'esprit que les prévisions ne sont que des prévisions, ensuite sur le terrain, c'est souvent différent. La force du vent monte d'ailleurs à 15-20 noeuds. Le vent qui devait provenir de 3100 provient parfois du nord direct. Alors, les prévisions du cap que je préconisais sont faussées largement.

Dimanche matin, je commence à penser un passage à l'est de l'île de sable. Une dépression s'en vient et son vent viendrait nous porter directement à l'entrée du canal de Canso.

Pour le moment, le vent provient du nord-ouest. La mer est dure, des vagues très rapprocher et courtes. Ça cogne. Ça me donne l'impression que le vent est comme contre le courant du Labrador. On avance tout de même bien. Mais pour le confort, on y reviendra.

Il y a de gros nuages qui passent en fin de journée. Un coup de vent. Quelques gouttes de pluie. Je me suis habillé tôt aujourd'hui, vers midi d'ailleurs. Je me garde au sec. Il fait de plus en plus froid.

Durant la nuit, le vent tombe presque au complet. Notre vitesse chute. Elle varie entre 2 et 3 noeuds durant toute la nuit. L'élastique de mon régulateur a son voyage. Il manque de tension. La pale hydraulique qu'il tient se décroche. Je perds des miles parcourus. Mais je dors bien. Mon éolienne aussi a son voyage. Elle charge une fois sur deux. Je commence à avoir hâte de jeter la pioche, regarder tout ça.

Ce matin, il me reste 200 miles pour tourner le cap de Canso. Ensuite, quelque 30 miles pour Port Hawkesbury.



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 20 octobre 2017