Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

8 août 2014

À la mer comme à la mer

À la mer comme à la mer

Depuis mon arrivée dans l'atlantique, je n'avais eu que du vent d'ouest. Il m'avait été impossible de faire plus d'est. Mais depuis le 3 août, le vent a tourné au sud, un peu à cause de Bertha. Donc, je peux faire de l'est. Afin de laisser passer la tempête au nord de notre position.

Je m'enlignais pour prendre la queue de la tempête tropicale Bertha. Elle est devenue un ouragan mardi je crois et que pas longtemps après s'est faite rétrograder. Tout semblait indiquer qu'elle me passerait au nord et que je pourrais profiter de son vent du sud pour me pousser. Mardi matin le 5 août, je commençais à faire du nord. Selon les prévisions, elle se déplaçait à 17 mph et elle allait me passer de toute façon. Chaque jour sa tendance m'indiquait qu'elle se rapprochait de plus en plus de la côte. Je ne voulais pas trop faire d'est de toute manière, j'ai le courant du Golf Stream à passer directement au nord des Bermudes en quelque sorte. Je fais donc du nord dès mardi matin en espérant que les prédictions météo s'avèrent correctes. La journée de mardi est superbe, le vent du sud-est assez fort pour me pousser. J'empanne la grand-voile, me voilà en ciseau. Je prends finalement un ris dans la grand-voile. Et au courant de la journée, le vent forcit et alors je prends lentement les trois ris successivement. Le génois reste à poste au complet. On file nos 4.5 noeuds, parfois 5.5. Quelle journée magnifique. Rien à voir avec ce qui s'en vient dans 24h. Le ciel se couvre de nuage qui arrive de l'ouest. Il sera couvert au complet en fin de journée. Quelque chose s'en vient.

Je ne dors pas durant la nuit de mardi, impossible de fermer l'oeil. Le vent augment tranquillement. J'affalerai la grand-voile complètement vers 2h du matin mercredi. J'empanne aussi le génois.

Mercredi matin, communication avec le réseau, quelques messages à mon Richard discutent un peu de ce qui s'en vient. Je fais mon dernier point vers 8h. Je sors dans le cockpit vers 9h. Et tranquillement le vent augmente progressivement. Progressivement, j'enroule le génois. La mer grossit. Je prends la barre par moment. On fait de la vitesse, j'aime ça. Alors au début, je garde un peu plus de toile et je donne des coups de barre. La mer commence à s'affoler un peu. Deux, trois mètres, parfois quatre... On fait des pointes jusqu'à 7.4 noeuds, on surfe... Je mange une canne de beans vers 10 h, je crois, ce sera mon dernier repas de la journée. Je n'ai pas pris le temps de m'habiller, il commence à faire trop chaud dehors, je fais une erreur... J'ai seulement une paire de shorts. Et la mer commence à me mouiller pas à peu près. Des grains de plus aussi parfois. Au début je reste en dessous de la cabine, je ne barre pas beaucoup. Je suis caché par la toile que je viens d'installer rapidement il y a quelques jours. Les éléments se gonflent toujours. Moi je croyais que c'était terminer. Parfois, il y a une accalmie, ente deux bourrasques. Et puis le coup de vent suivant pousse la mer encore plus. Elle monte à 4-5 mètres, peut-être un peu plus. Il ne me reste que trois mètres de toile. J'enroule encore un peu, la corde manque me glisser entre les mains. Mauvaise expérience, la prochaine fois, je sais. Il y a trop de vent pour le régulateur, la mer est trop forte et en plus je n'ai pas pris le temps de mettre son aérien pour le gros temps, la toile de celle pour le petit vient jute de se déchirer. Je dois garder une main sur la barre. Et mon fameux point d'écoute, je dois l'attacher avec une corde sur une cadène, mon rail ne se rend pas assez en avant. Aussi bien dire que je fais de l'acrobatie.
Le vent n'arrête pas de pousser, parfois il prend une pause. Je crois que j'ai passé le front. Il y a une lueur de ciel plus clair au fond de la scène à l'ouest. Mais il reprend de plus belle, et la mer suit la cadence. Je barre Loréline, mais les éléments sont trop gros, je l'échappe. Elle se met de travers au vent de temps en temps. La vague la pousse tellement fort. Mais je n'ai pas assez de toile pour prendre de la vitesse. Position très dangereuse. J'ai de la misère à revenir le derrière dans la vague. Je découvre, après plusieurs fois qu'en pompant la barre, c'est la seule méthode qui fonctionne une fois sur deux. Un rouleau d'une immense vague nous prend de travers. J'étais déjà salé pas mal, mais là, je dois avoir une croute sur la peau. Les couvertures que j'avais mises sous ma cabine ainsi que mon oreiller doivent être salées aussi. Chanceux que ce ne soit que ça. Parfois je me demande si je suis mieux d'être attaché ou pas dans ces situations là, advenant le cas que le voilier ferait un 360.

Je suis en short, mouillé de la tête au pied, j'espère ne pas m'approcher de l'hypothermie. Je sais quoi faire, mais il y a des limites à tout. Après chaque accalmie, le vent ne descend pas en bas de 35 noeuds, je ne crois pas en tout cas, mais ce sont tout de même des accalmies, j'espère avoir passé le front et que le vent va tourner tranquillement. Mais non, encore un autre coup de vent. Je repars surfer les vagues. Je me fais tellement pousser, et les vagues sont croisées, que le génois tombe à contre. On garde notre vitesse assez longtemps. Je dois réagir vite, coup de barre de l'autre côté. J'ai vu une pointe à 10.5 noeuds. Plusiseurs fois nous avons filé nos 8.5 noeuds. Et régulièrement nous filions 6 noeuds, 7.5... Lorsque nous tombions travers au vent, j'ai vu du 1.6 noeud. Très inconfortable comme position.

Finalement, l'éclaircie se rapprochait de plus en plus. Il nous a atteints vers 17h environ. Nous n'avions plus de coup de vent à ce moment-là. Mais la mer persistait à nous envoyer quelques-uns de ses murs parfois. Le vent tournait tranquillement à l'ouest. C'est plus difficile de bien prendre ces vagues plus ou moins de travers. La progression était plus difficile. On se faisait presque arrêter. Car la mer était comme croisée, confuse.

Le ciel s'est dégagé, les rayons du soleil nous sont parvenus. Je me suis asséché. J'ai remis le régulateur en fonction. Je me suis habillé un peu, fait un café, mangé, fait le point. Pendant que la mer se calmait un peu, le vent aussi.

Je continue d'avancer vers le nord avec un vent de travers. Je largue de la toile tranquillement. Je dormirai ce soir, mais pas dans mes draps! Ils sècheront demain. Je me suis donc tout habillé avec mon complet que j'aurais dû avoir durant la tempête. Et je me suis couché pour dormir dans le cockpit. Je n'ai pas dormi à l'intérieur depuis plusieurs jours. Je me sens mieux à dormir près des cordages et de la barre.

Jeudi matin , j'ai bien dormi, ça fait du bien. Mais je sens des muscles qu'il y avait longtemps. Je fais sécher mes draps, je mange bien. Le vent tourne au sud-sud-ouest, il est faible, nous sommes au grand largue. Notre vitesse est faible aussi, parfois 3.0 noeuds. Je pense au spi, mais j'attends voir. Il tourne durant la journée à l'ouest. Il devrait tourner au nord-ouest ce soir ou demain. Nous entrons dans le courant du Golf Stream, je ne le sens pas vraiment sur mes instruments. En tout cas, le vent sera faible dans les prochains jours. Mais c'est sûrement préférable, car il ne vient pas d'un sens favorable vraiment.

En après-midi jeudi, trois grains successifs croisent notre route. Le premier est le plus intense. Je le vois venir. Je m'y prends d'avance. Je prendrai les trois ris finalement et du génois en masse. On file à vive allure. Seulement le temps qu'il passe. Je me rince à l'eau de pluie. Il y en a en masse. Je ne me gêne pas. Je rince deux trois pièces de linge en même temps. Ensuite il s'enfuit avec le vent que nous avions avant lui. Mais il revient quelque 30 minutes plus tard. Petit vent régulier de 7-10 noeuds. Le second grain, je ne prendrai qu'un ris. On file nos 5.8 noeuds. Il ne nous vole pas notre vent régulier lui. Et le troisième grain, je ne sais pas si je peux vraiment l'appeler un grain. Mais je vois le nuage s'en venir. Il n'est visiblement pas très sombre. Mais j'ai senti son vent nous passer dessus, à peine.

Ensuite, le vent régulier semble nous parvenir. J'espère qu'il restera pour la nuit. Notre vitesse s'établit aux environs de 3 noeuds. Mais le Gps indique 5.9 noeuds. Ça y est nous avons pénétré le courant du Golf Stream en fin d'après-midi. Un vrai tapis roulant naturel. Toute la nuit se déroulera sur le tapis toujours à la même vitesse. Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai de la misère à dormir. Les nuits sont plus fraîches. Il faudra sortir un drap plus épais et m'habiller un peu.

Il nous reste environ 500 miles pour rejoindre Canso et 150 miles pour sortir du courant. Nous allons avoir du vent contre nous d'ici trois jours. On devrait être bon pour rentrer chez nous avec la prochaine dépression qui s'en vient d'ici une semaine. Elle viendra nous pousser si les prédictions restent semblables.



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Imprimé le : 23 juillet 2017