Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

18 juillet 2014

La vie est un apprentissage

J'ai su dimanche vers midi que mon rendez-vous pour le passage du canal était pour lundi 6h00 du matin. Je devais être prêt à recevoir le pilote à cette heure-là et nous partirions à 6h30. Personnellement, ça faisait mon affaire, mais j'avais un petit problème. Je n'avais pas payé les deux derniers jours de la marina et dimanche je me suis cogné le nez sur une porte fermée. J'ai essayé de trouver un plan b, trouver quelqu'un à qui laisser ma clé sur laquelle j'avais fait un dépôt de 50$, il y aurait une balance de 6$, pas si mal. Mais finalement, une Allemande d'origine parlait très bien espagnol et m'a aidé à communiquer avec un employé. Il a téléphoné les filles de la réception et l'une d'entre elles se proposait pour arriver vers 6h15 du matin. C'était donc parfait pour moi.

Mais les choses ne se déroulèrent pas comme prévu. Le pilote n'était pas arrivé pour 6 h. Et à 6h30 la réceptionniste n'était toujours pas là. Lorsque j'avais laissé mes clés à l'un des employés et que je retournais sur mon voilier, je l'ai vu s'en venir. Je suis donc reviré de bord. Mon équipage par contre était sur mon voilier depuis 6 h. De retour à bord vers 7h, j'entrepris de contacter par radio ceux qui s'occupent des passages du canal. Après 30 minutes, ils me répondirent. Le pilote devait s'en venir sous peu. Vers 8h, nous voyons le bateau pilote au loin. Nous larguions les amarres pour aller à sa rencontre. C'est lui qui vient près de nous pour laisser sauter le pilote à bord du voilier, une fois que nous sommes juste à côté du chenal. Il faut ralentir pour procéder. Et nous voilà entre bonnes mains. Le pilote est sympathique et il n'y a pas de stress, nous sommes à quelques milles des premières écluses. Nous passons les écluses avec un cargo à l'avant de nous. Et nous avons la chance d'avoir un remorqueur qui entre dans l'écluse avec nous. Nous nous accostons à son épaule, beaucoup plus facile. J'enlève deux chandeliers pour ne pas les plier. L'équipage ne travaille pratiquement pas dans ces circonstances. Il y a deux écluses l'une après l'autre et une troisième que nous devons rejoindre, à quelques milles. Ces écluses nous montent dans la montagne. Chaque écluse est haute de 9m environ.

Les écluses vite passées, nous sommes libres pour la journée. Nous devons rejoindre les bouées d'amarrage qui sont juste à côté des dernières écluses. Nous avons 25 miles à faire environ. La vitesse minimale devrait être de 5 noeuds, mais j'avais bien stipulé que je n'allais pas à plus de 4.5 noeuds. Et en plus, il vente en sens contraire et j'ai 5 hommes de plus à bord. Le moteur s'en ressent. Je ne dépasse presque pas 4 noeuds. De toute façon, mon pilote m'a dit de relaxer, nous avons toute la journée. Je suis tombé sur un bon, pas nerveux du tout.

Je leur fais des sous-marins, pendant que le plus expérimenté prend la barre. J'avais mis de la glace dans la glacière afin de garder quelques légumes, de la viande et du fromage. Un vrai bon sous-marin comme ça fait longtemps que je n'ai pas mangé. Et eux aussi, ça se voit sur leur visage.

C'est sur le lac Gatun que le vent est le plus méchant. Le bateau ralentit, mais nous arrivons vers 17h. Le pilote appelle son bateau, qui vient le chercher en l'espace de 10 minutes. Je crois que j'ai été chanceux de l'avoir celui-là. Nous avons bien discuté aussi. Une fois qu'il est parti, je débouche une bière pour chacun. Je savais bien qu'ils ne diraient pas non. J'en ai quelques-unes d'ailleurs! Je sais déjà qui prend plus de place que les autres. Moi, je ris un peu de ça dans ma barbe d'ailleurs. Je leur ferai un spaghetti juste avant que le soleil ne se couche. Ce n'est pas de la grosse cuisine. Mais ils l'apprécient beaucoup, je ne crois pas qu'ils en mangent régulièrement. Certains se coucheront tout de suite après. Un peu pêle-mêle dans le voilier, j'ai pris soin de libérer les banquettes. Celui qui prend plus de place, je lui offre mon lit. Moi je dors dehors et Louis aussi. Nous discuterons beaucoup sur plusieurs sujets jusqu'à ce que l'un commence à bâiller, ce doit être moi. Rendez-vous demain matin vers 10h que le pilote nous a dit, mais ce ne sera pas lui. Une journée d'heure supplémentaire c'est assez pour lui. Je me réveillerai bien avant tout le monde. Je commence avec un café, un peu de ménage. Les autres se lèveront, un café pour tout le monde. Je vois qu'il n'y a pas de vent. Ce sera la meilleure occasion pour changer mon génois neuf complètement détruit pour mon vieux qui lui reste encre de la vigueur. J'ai quelques problèmes avec mon enrouleur, bien sûr qu'il a été tordu lors du démâtage. J'en viens à bout comme d'habitude.

Le pilote arrivera une demie-heure plus tôt que prévue. Selon lui, nous sommes en retard. Nous aurions dû être les premiers à passer. Ce n'est pas de notre faute, tant mieux. Nous nous amarrons sur le quai juste à l'entrée des écluses. Nous y allons juste après, suivis de près par un cargo. Je n'aurai jamais vu une proue de cargo d'aussi près. Nous avons trois écluses à passer. Elles sont les unes après les autres. Nous n'avons pas de remorqueur avec nous donc nous utilisons les quatre amarres. On place le voilier au centre des écluses, car je l'aurais demandé. Je n'avais seulement pas bien compris la question. Mais je suis bien content finalement, c'est la meilleure place pour se positionner. Il y a quatre hommes sur les murs, un pour chaque amarre. Ils courent avec nous les trois écluses pour ne pas être obligés de se tirer les amarres à chaque fois. Tout se déroule bien. Le pilote donne de bonnes indications aux bons moments. Moi je fais attention à ma vitesse et je regarde autour. Je reste tant bien que mal au centre du couloir. Mes équipiers travaillent pour une fois. Je ne les paierai pas pour rien. Le cargo nous suit dans l'écluse. Ce sont des trains qui le sécurisent lorsque l'eau se vide. C'était pareil dans les autres écluses, sauf que j'étais en arrière de lui, par mesure de sécurité semble-t-il.

De la troisième écluse, on peut voir le vide et la baie au loin. Nous voilà bientôt dans l'atlantique, quel miracle. Si simple, si rapide. Mais je me fais avouer qu'il y a une baisse du niveau de l'eau ces dernières années. C'est de l'eau douce et il y en a moins qu'il y en avait. Donc moins d'électricité aussi. Ils doivent se rationaliser.

Une fois sorti des écluses, Louis veut barrer. Moi je me fais café. Le bateau pour le pilote ne tardera pas à venir le chercher, environ 30 minutes après avoir sorti des écluses. Nous nous dirigeons vers Shelter Bay Marina. Les employés sont sympathiques, il y a une piscine, je crois que j'en profiterai un peu. Une fois à qu, vers midi nous avons mangé à bord. Il me restait de quoi pour eux.
Le seul problème, c'est que pour attirer ses gars, Louis leur avait un autre prix que ce qu'il m'avait dit. J'étais un peu en beaux fusils. Je les ai payés et j'avais hâte de ne plus voir la face à Louisr. Une prochaine fois, j'apprendrai à signer un papier et à ne pas nécessairement faire confiance à celui qui m'appelle son ami.

Somme toute, je suis maintenant du côté atlantique de la chose. J'avance tranquillement.

Il n'y aurait pas de carnet de bord pour les deux prochaines semaines. L'équipe de Numérique est en congé. Vous pourrez suivre quand même mon déplacement. D'ici ce temps-là, je serai près de chez nous, si tout va bien. À bientôt, et merci beaucoup à Numérique, qui sans eux, il n'y aurait jamais eu de carnet de bord.



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Imprimé le : 24 novembre 2017