Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

14 juillet 2014

L'état des choses

Durant la journée de vendredi, je suis un peu inquiet. J'appelle plusieurs fois le bureau pour prendre le rendez-vous pour le passage. Mais ils n'ont pas reçu les papiers du mesureur. Malgré tout, je vais faire mon tour en ville faire l'épicerie au cas où j'aurais ma réponse à la dernière minute. En fin de de journée, je dois me résoudre, je ne passerai pas le canal samedi. Mon équipage doit avoir la réponse avant 17h, ensuite, il retourne à la maison.

Je rappellerai le bureau seulement samedi vers midi. Mon voilier est prêt pour le passage. Je me demande bien ce que je vais faire en attendant, je ne suis pas habitué de relaxer. Je saute sur mon vélo. J'ai besoin d'un écrou métrique que je ne trouve pas depuis le Mexique. Aux États-Unis, j'avais trouvé, mais seulement en acier. Et même dans le magasin spécialisé nautique, il n'y en a pas. Bredouille, je me cherche une autre occupation du temps. Il y a plusieurs adeptes qui viennent courir, faire du vélo ou bien simplement marcher. Il y a un trottoir assez large où tout le monde se partage le passage juste sur le bord du canal.

Vers midi, j'appelle le bureau. Réponse affirmative, ils ont reçu mes documents. Il n'y a pas de passage le dimanche. J'attendrai donc une journée de plus. Ce sera donc lundi. Je dois les rappeler dimanche pour confirmer l'heure de notre départ. Je ne ferai pas grand-chose en après-midi, un petit somme. J'ai réussi à arriver trop tard au bureau de la marina pour payer mes deux dernières journées, il ferme à 16h. En soirée, je ne ferai rien de plus. Je me couche toujours très tôt.

Dimanche matin, je trouverai un petit parc près de la ville de Balboa. Il est vide. Il y a des bancs, je m'y assis et finalement je me couche. Il y a des jeux pour enfants. Mais il n'y a personne. Où sont passés les enfants... J'espère qu'ils sont ailleurs que devant leur écran. Je retourne en après-midi en ville pour finaliser l'épicerie pour l'équipage. Je ne suis pas habitué d'organiser pour 6 personne, il ne faut pas que j'oublie le pilote.
La ville de Panama ressemble à plusieurs autres grandes villes où se côtoient richesses et pauvreté. Il y a des policiers à tous les coins de rue. L'atmosphère dans le quartier pauvre est désolante. Il semble abandonné, délabré, les ordures sont partout. Décidément, personne n'entretient les environs. J'ai de la difficulté à prendre des images pour deux raisons. Je ne crois pas que quelqu'un serait fier de montrer le quartier. Je me garde un peu de gêne, c'est un peu respecter ces gens-là aussi. Je prendrai des images où c'est moins pire. Les policiers viendront me voir pour vérifier ce que j'ai filmé. Il y a une ligne bien visible entre les deux genres de quartiers. Je rencontre sur la ligne de séparation une madame qui vend des mangues coupées en morceaux. Uno pesos! Je ne sais pas combien c'est un peso, je lui donne un dollar américain. Elle ne voit pas bien. Nous discutons un peu. Elle est de la Dominique. Déménagée ici, il y a plus de vingt ans, elle n'est pas mariée. Je ne comprends pas à moitié, mais elle est vraiment sympathique. Son visage qui semblait plutôt triste avant la rencontre s'est transformé dès que je lui ai adressé la parole en un visage plein de vie, elle aurait bien jasé plus longuement. Elle se rend compte que je lui ai trop donné d'argent, elle me redonne 50 cents américaines. Je déguste mes mangues l'autre côté de la ligne dans un parc tout à fait impeccable. Je ne suis pas habitué de manger des fruits, c'est bon, je déguste.

Un autre jour, je mange dans un petit restaurant pour 3$. Une madame discute avec moi, mais franchement c'est à sens unique. Je ne comprends pas un mot. Je m'excuse, je voudrais bien, mais je ne comprends rien. Un autre monsieur entre, il a l'air spécial. Il fait beaucoup de bruit. Lorsque j'ai fini mon repas, j'ai trop mangé, j'ai donc laissé un peu de riz. J'essaie toutes les fois de dire à celui qui me sert d'en mettre moins dans l'assiette, mais il ne me comprend pas. Dès que je me lève pour apporter mon assiette au comptoir, le monsieur spécial arrive en me présentant un sac de plastique pour que je lui donne ce qui me reste de riz. Il y avait déjà du riz dedans. Avoir su je lui aurais donné un peu de viande aussi. Aussitôt, je pense à donner un autre 3$ au restaurant pour le nourrir, mais je me retourne et le monsieur est déjà parti.

Je ne crois pas que l'humanité soit perdue. Il faut juste que nous prenions conscience de son état actuel, et cela rapidement. Quelles en sont les causes, ça, c'est une autre discussion. Je commence à avoir mon idée là dessus. Je cherche le chemin pour bien faire réfléchir les gens là-dessus. Je me trouve chanceux de venir d'où je viens.



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