Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

27 juin 2014

Toute une semaine épuisante... Mais j'ai eu mes trois heures...

Toute une semaine épuisante... Mais j'ai eu mes trois heures...

Le départ du lexique s'était bien amorcé. Mais je ne suis pas totalement sorti de la zone où on ne sait pas trop ce qui se trame à l'horizon. Et aucune prédiction météo ne peut être bonne.

Je croyais que les coups de vent de survenaient que la nuit... J'aurai eu mes coups de vent le soir aussi. Avant que le soleil ne se couche, lundi soir, j'ai vu la bande de nuages s'envenir. Comme les autres. Prises de ris successives, je me fais mouiller comme il faut. La nuit tombe pendant ce temps. Le ciel semble sombre encore à l'horizon, je ne vois rien. Pratiquement pas d'éclairs. Le vent semble s'être calmé, j'ose envoyer de la toile... Je ne devais pas attendre 15 minutes, le vent rentre de plus belle, prises de ris, enroule le génois... ouf... Il fait chaud, mais je suis mouillé je rentre à l'intérieur m'assécher. Il fait tout de même froid, une fois refroidi, la nuit le corps nu et mouillé. Je m'habille donc au complet pour essayer de dormir dehors. C'est impossible pour moi de prendre place dans mon lit, je dois rester près des manoeuvres. Lorsque le vent rentre, il n'avertit pas d'avance, il donne tout un coup.

La journée de lundi avait été un peu ordinaire. Le vent le matin m'a fait prendre un peu de large. Je croyais être parti pour le sud. Mais il n'a pas tenu bon. Me voyant mal pris, je me suis senti obligé de revenir sur la côte. Si je restais au large, le courant me pousse vers l'ouest. Dans ces conditions de pas de vent, je dois absolument rester près de la côte où il y a un bon contre-courant vers l'est. Mais faire du moteur lorsqu'il n'y a pas de vent, c'est pas si mal. Malgré que je n'ai jamais aimé le démarrer. Mais lorsqu'il y a une vague contre nous qui est probablement résiduelle d'un vent quelconque, ou encore annonciatrice d'un autre vent. Là c'est la misère noire! Alors, lundi c'était la misère noire...

Et mardi, j'étais malade comme un chien. Mon dernier repas n'avait pas bien passé. Je n'ai rien gardé à l'intérieur. Je me suis vidé de tout mon liquide. Le mal de tête outre mesure m'a condamné à n'avoir envie que de rester allonger. Mais allonger, la tête sent plus la légère vibration... C'était l'enfer. Ma seule solution c'était de rentrer quelque part me reposer enfin quelques heures. Mais ma copine m'avait suggéré que le Nicaragua n'était pas la meilleure option question de sécurité et mon ami m'envoie la même affirmative... Bon... J'essaie de me soigner du mieux que je peux avec ce que j'ai à bord. Je m'approche de la rive tout de même.

Et d'un coup, la brise attendue se lève devant moi. Dieu est grand! J'envoie les voiles, je ferme ce que j'haï le plus au monde, mon moteur. Plus de bruit, plus de vibration... La tête va se reposer dans ce qu'on appelle une oreillée... et là, je sens tout de suite les forces qui vont revenir. On avance bien, et dans une bonne direction, on longe la côte. Je préférais aller plus loin avant de descendre au sud. Et voilà, je suis servi. Nous sommes auprès du vent et nous filons plus de 5 noeuds parfois. Ce sera une belle nuit, j'imagine.

Lorsque Doupi me dit béni, il a bien raison. Ce soir-là, il y avait des étoiles dans le ciel. Tout semblait indiquer une superbe navigation sans coup de vent. Ça faisait longtemps que je n'avais pas dormi dehors en admirant les étoiles, la Voie lactée... D'un coup, les nuages... le ciel devient très sombre. Je regarde au loin, il y a des éclairs... ils s'en viennent, ils ne sont pas très loin. Je fonce dessus! Ils me couvrent. Vlan! D'un seul coup, durant une seconde, le ciel, l'atmosphère qui m'entourait au complet sont devenus blancs et quelques centièmes de secondes après que la lumière fut j'entendis le son de l'éclair qui déchirait le firmament. Et la lumière redevint ténèbres aussi rapidement qu'elle fut lumière. Tout ça en l'espace d'une seconde.
Je n'ai aucune idée où est-ce que l'éclair est tombé, si elle est tombée, car elle pouvait bien aussi avoir passé d'un nuage à un autre. Mais la chose qui est sûre, je n'étais pas très loin de sa position. Et ça, oui,j'ai été vraiment très chanceux. Je ne sais plus si on appelle ça de la chance.

J'ai filé comme ça mercredi, une belle journée de voile, enfin. Loréline qui file parfois plus de 6 noeuds. J'ai vu un 7.3 noeuds passé. Le corps reprend ses esprits, je commence à manger du riz. Il passera bien. Je me réhydraterai avec toute sorte de choses. En plus de prendre des vitamines de différentes sortes. Du spaghetti pour souper. Mmmh.. C'est bon! Ça fait du bien au corps et à l'esprit.

La nuit de mercredi sera extraordinaire. Avec trois ris dans la grand-voile toute la nuit. Nous presque au travers du vent. J'essaie de dormir dehors. À la bonne franquette! Matelas, oreille, ou ce qu'il en reste, petit drap léger. J'en conclu rapidement que la seule endroit à l'abri se trouve dessous mon cabinage. Je tente de dormir tant bien que mal. La mer est assez forte quand même. Et voilà, une vague vient me chercher à l'endroit où je croyais être au sec. Elle me taquine comme toujours, on commence à se connaitre elle et moi. Je n'ai pas le choix, si je veux dormir je dois le faire à l'intérieur. Je regarde où nous sommes rendus. Commence à être temps que je me lève. Nous faisions cap vers la côte, le vent change constamment. J'enligne les flûtes. Et j'abats de quelques degrés afin de dormir plus tranquille.

Et, le rêve sublime, je m'envoie dormir dans mon lit douillet. Ah, quelle sensation... Loréline saute les vagues et moi, je ne sens presque rien. À peine si j'enfonce dans le matelas... Quel bonheur. Je ne me fais pas prier pour dormir. Je me réveillerai 3 heures plus tard.

Jeudi matin, le vent a commencé à tomber. J'envoie de la toile tranquillement. Le vent toujours pas mal de travers. Je croise des cargos, un qui va vers Panama, l'autre vers la direction opposée, je suis dans le milieu du passage. Nous voyons la côte tranquillement se dessiner au bas des nuages.

Le vent devient pratiquement inexistant par ici. Nous devrions tout même être bon pour rejoindre le Costa Rica. Il y a une marina à 100 miles d'ici. Quepos Marina. En espérant être en mesure de la rallier, ce sera probablement notre dernier ravitaillement avant le canal de Panama. On se croise toujours les doigts.

Le ciel de jeudi soir semblait vouloir me dire que les coups de vent étaient derrière...



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Imprimé le : 24 juin 2017