Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

17 juin 2014

Départ rapide d'Acapulco

Départ rapide d'Acapulco

Aussi tôt arrivé, aussi tôt reparti! J'espère revenir un jour, on verra. La ville semblait sympathique, les gens aussi. Les rues remplies de ces taxis coccinelle blanc et bleu! De toute beauté. Des vieilles voitures des années 80, retapées à moitié, encore sur le poté... Les gens semblent heureux, j'avoue que mon accompagnateur semble connu, tout le monde le salue en passant. 15 minutes et le tour était joué. Probablement plus rapide que si la marina avait été ouverte. Mon accompagnateur m'a fait mettre mon bateau sur un corps mort et il m'a amené à terre avec son youyou en bois, sa rame en bois toute croche...

Acapulco est situé dans une grande baie. Une baie presque fermée avec accès assez étroit. Drôle d'atmosphère en tout cas, d'un côté, la ville est faite dans les collines qui bordent la mer. Donc, certaines habitations ont leur ascenseur. On voit leurs rails. Il y a des édifices qui semblent abandonnés avant même la finition de leur construction. De l'autre côté de la baie, des grattes-ciel en quantité industrielle. Pour sûr il y a des gens riches dans le coin et dans l'autre coin et bien, des gens pauvres.

Avant que la nuit tombe, nous avons pris le large. De gros nuages de chaque côté de nous. Des éclairs jaissent d'un peu partout. Je serai chanceux encore une fois. Presque toutes les nuits il y a des décharges électriques depuis que je suis arrivé dans ces eaux. Lorsque j'arrive près des nuages, ils ont eu le temps de décharger leur trop plein d'énergie. Il y a une légère brise, j'envoie le génois. S'il me donne un demi-noeud, toujours mieux que rien.

Vendredi, je ferai deux petites heures de voiles. Le loch indique 2.4 noeuds. Puis pratiquement plus rien. De plus en plus, avec tout ce qui arrive, j'ai l'impression de ne pas devoir traîner dans les parages. J'ai lâché prise sur mon moteur et le mazout que je consomme.

Il y a des tortues partout, pratiquement aux 200 m j'en voie une. Je passerai aussi une zone de pêcheur à la pointe Maldonaldo. Il y a des hauts fonds justement. Plusieurs petites bouteilles de plastique flottent, elles sont plusieurs en ligne cette fois-ci par contre. Ça ressemble plus à de la vraie pêche. Il y a plusieurs lignes, je fais gaffe.
Il y a un ouragan actuellement au sud de Cabo Corrientes. Donc, très loin de moi. Il semble y avoir formation d'une dépression d'ici 4 jours. Je serai déjà presque sorti de la zone cyclonique.

Samedi matin, je me réveille avant le soleil. Un oiseau réussi à se percher en tête de mât. Il y restera une partie de la journée. Je profite de quelques brises pour envoyer le génois. Brise du nord... Il y a assez de vent, j'envoie la grand-voile aussi... Ensuite brise du sud... Il n'y aura aucun vent sérieux dans les parages. Je gagne tout de même un demi-noeud par ici, par là... Moi, je me sauve les fesses d'ici. Il y a une vague de fond qui semble nous parvenir, elle n'est pas bien haute, un mètre.

En passant le Punta Maldonaldo, l'atmosphère semble changer du tout au tout. Je semble laisser derrière moi, ces formations de nuages ascendants... Et le ciel semble vouloir s'éclaircir, des cirro-cumulus... des coins de ciel bleu... la tension s'enfuit tranquillement!

La nuit tombera sous un ciel dégagé, les étoiles... Wow, c'est relaxant. Moment de détente éphémère.... Le ciel s'assombri quelques heures par l a suite. Je dormirai, mais je ne dormirai pas vraiment bien, nous sommes près de la côte. Bientôt, je devrai donner un nouveau cap à l'équipage pour aller plus vers le nord, rejoindre Salina Cruz. Mais le capitaine a les yeux collés ben durs. Alors, je vais un peu trop loin dans la mer. Et là, il y a un contre-courant qui vient de cette immense baie. Presque deux noeuds... Difficile d'aller contre, mais je n'ai pas le choix c'est ma seule option. Je retourne donc près de la côte. Le capitaine à Puerto Vallarta me l'avait dit : tu dois longer la côte. Je sais, mais les yeux fermés, je préfère quitter la côte que de risquer frotter un caillou.
Durant toute la journée de dimanche, je travaille pour me ramener près de la côte. En espérant que le contre-courant soit moins fort. Malheureusement, je ne trouve pas de courant moins fort vraiment... La nuit de dimanche venu, je suis à 4 miles et demi de la côte. Je dois fermer les yeux un peu. Une masse de nuages d'éclairs envahissent la côte au complet. C'est le cas de le dire, ça pète le feu par ici, juste en arrière de moi. Je me sens le feu aux fesses. Drôle de sensation. Je me rapproche de la côte, malheureusement le vent s'est levé, il me pousse sur la côte. J'envoie la grand-voile afin de garder un meilleur cap auprès du vent. Je passe Bahia Grande, juste avant que la noirceur soit complète. Je vois donc bien le caillou. Je suis maintenant plus qu'à 2 miles... Il fait chaud dans mon cerveau. Je serai peut-être obligé de tirer un bord au large... Et si je ne suis pas capable de bien progresser, je suis cuit, sur un caillou... Parfois j'envoie le génois, il m'aide à gagner de la vitesse. Je réussis. Mais le vent devrait tourner plus au sud. S'il le fait, je suis sauvé. Sinon, je suis peut-être perdu...
Le vent ne tournera pas plus au sud. Les éclairs cessent. Je réussis malgré tout à faire meilleur cap pour aller plus au large. Je pourrai donc dormir vaguement, mauvais jeu de mots. Un cargo me passe, il suit la côte... Le vent m'interdit de faire bonne route, mais au moins je vais de plus en plus en sécurité, loin des cailloux côtiers. Mais je perds du temps, je fais plus de route. Est-ce que je perds vraiment du temps? Je suis toujours plus gagnant de rallonger ma route que de frotter ma coque sur un de ces cailloux mortels... Mais je suis épuisé. Plus j'avance et plus la mer devrait se tenir tranquille, car j'approche du bord d'une façon ou d'une autre.

Lorsque je passerai pointa Chipehua, la mer sera pratiquement sans vaguelette, je progresse donc mieux. Le soleil se lèvera bientôt. Et je serai tout près de Salina Cruz. Mon havre de paix pour le moment.

Il est 8h du matin lorsque j'arrive au port. J'espère trouver une petite marina... Et non, en faisant le tour, je ne trouve que les agents du port qui m'indique le quai public où je peux accoster. Bon, je n'aime pas bien ça, il est surélevé, mais je trouverai bien une technique. Je croyais me mettre à l'ancre, mais les agents m'ont bien indiqué et ils sont même venus m'attendre sur le quai. Ils veulent inspecter le bateau, question de route. C'est le maître du port qui vient remplir ses papiers. Ils sont vraiment sympathiques et je vois leurs sourires lorsqu'ils voient l'intérieur de mon bateau, un vrai fouillis... Mais c'est comme ça. J'ai trop d'équipement pour la grosseur du bateau.

Après leur départ, ravitaillement. Je trouve la station-service en vélo avec l'aide d'un habitant de la place. Il pêchait sur le quai et je suis parti en même temps que lui, nous avons marché ensemble, juste par plaisir. Nous essayons de nous comprendre, je crois qu'il en a compris un bout. En revenant de mon premier voyage, je crois un monsieur avec un vélo pour transporter du carburant pour les pêcheurs... je m'informe, quanto para... bla bla bla... mon espagnol est pourri, je dois sortir mon stylo! Il me répond, cinquante pesos! Il m'aidera à me ravitailler 6 fois plus rapidement et je pourrai passer la journée à faire autre chose. Merci beaucoup!

Je repars sur mon vélo avec ma bouteille d'eau. Je veux trouver une place pour internet. Merci Burger King! Je croise deux hommes de la Nouvelle-Zélande. Ils sont venus surfer les vagues. Selon eux, c'est l'endroit du monde par excellence pour surfer, certaines sont trop grosses pour s'y risquer. Il faut attendre le bon moment. Leur but est de faire la côte mexicaine du moins. C'était bien drôle de voir des gringos!

Je trouve un magasin possible pour me procurer deux autres bidons de 20 litres. Je pédalerai un méchant bout. Toutes les fois, je me dis que ça me fait du bien au corps. Alors, je prends le temps de le faire. De cette façon, je vois du pays en même temps. Le magasin n'a pas ce que je veux. Je suis obligé de faire du social et d'arrêter un peu partout pour m'informer aux magasins locaux pour dénicher ce dont j'ai besoin. C'est la meilleure partie du voyage. Tout le monde essai de faire mon affaire. Un monsieur me donnera un 10 litres sans bouchon, j'essaierai de m'en faire un, je ne sais pas comment encore. Un autre détaillant a exactement ce que je cherchais. Des vieux 20 litres d'un produit quelconque. Il me les vend beaucoup trop cher. Mais bon, chacun trouve sa façon! Durant le temps que je les charge sur ma monture. Un monsieur vend ses tartelettes. Une fois et demi le prix que j'avais payé à Puerto Vallarta. J'avais goûté ces tartelettes chez le soudeur qui a réparé mon embout de tangon. 10 pesos, mais probablement que celui-ci s'est dit : un gringos, je vais faire 5 pesos de plus. Présentement, je ne suis pas en position où j'ai envie de m'obstiner. Je me procure donc une de ces délicieuses tartelettes. Je termine l'installation de mes bidons, un homme qui marche tout croche s'approche de moi. Il semble lui manquer un pied, il marche avec un bâton, c'est une branche trouver quelque part. Il commence à me parler en espagnol, le seul mot que je comprends c'est amigos, quelque part dans les phrases qu'il me dit. Après avoir attaché mes bidons. Je lui mets la main sur l'épaule et lui donne ma tartelette. Je n'avais pas vraiment faim. Et lui, il en a plus besoin que moi. Il arrête de parler subitement, je lui souhaite une bonne soirée. Il s'en va sans dire un mot. Les gens de l'entreprise où je me suis procuré les bidons voient la scène. Ils ont le sourire aux lèvres, les mains sur les hanches. Drôle de scène, je ne suis pas un gringos ordinaire.

Je rejoins mon embarcation, il y a des jeunes qui jouent au soccer, d'autres au basketball. Vous devriez voir les terrains... Ils sont heureux, ils jouent dehors... Des monticules de terre, des briques, toute sorte de choses jonchent le sol un peu partout autour. Il y a un parc pour les enfants, un peu de verdure, des jeux colorés comme nous avons à la maison. Les rues sont pleines de monde. Il y a des gens en vélo aussi. J'aimerais rester. Je dois partir.

Arriver au port, je salue un peu tout le monde, les gens me connaissent, ils se sont parlés durant la journée. Tout le monde sait que j'ai engagé un cycliste pour mon ravitaillement. L'agent du port de ce matin est encore sur place, il est presque 18h. Il discute avec des pêcheurs qui pêchent directement par le quai. Je grimpe sur mon embarcation mon vélo et tout ce qui vient avec. L'agent du port partira quelques minutes après. J'ai comme l'impression qu'il avait un oeil sur mon bateau, une fois que je suis rentré, il peut rentrer chez lui. En tout cas, j'ai un spécial de sentiment, les gens ici sont très serviables, les pêcheurs sont très sympathiques. J'ai assisté à la pêche avec un filet qu'on tire d'un coup... Il a pris plusieurs poissons directement du quai. Ce pêcheur a l'oeil.

Je relaxe sur Loréline, je manque d'énergie pour me faire à manger. J'attends quelques minutes et j'examine le port. Il y a des chiens errants. Les pêcheurs les nourrissent. Ils sont 6 environs, presque tous des femelles, un mâle je crois. Je me fais des pâtes. La nuit tombe en même temps. J'offre une tranche de pain à deux chiens, ils sont les seuls à venir vraiment près de moi. Les autres sont sur un autre quai actuellement, ils reniflent au cas où des pêcheurs auraient laissé quelque chose. Je mange mes pâtes et je me couche à l'extérieur, il y a une brise qui me parvient. Elle est bonne, il fait vraiment chaud. Je dors bien.

Mardi matin, je prends quelques photos des bateaux de pêche, des chiens, des pêcheurs, des cyclistes transporteurs... Et je largue les amarres, des salutations des gens qui me voient faire...

Il vente du nord, je file actuellement plus de 5 noeuds sur l'eau... Il fait chaud, vraiment chaud, je transpire énormément... Mais me voici de nouveau en navigation, je quitterai le Mexique bientôt.



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Imprimé le : 22 novembre 2017