Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

10 juin 2014

Toute une leçon de navigation

Toute une leçon de navigation

Vendredi le vent était de mon bord. Il me poussait. Pour le peu qu'il y avait. Donc un peu de spi, un peu de moteur, un peu les voiles en ciseau... J'avançais tant bien que mal. Je calculais que je devais faire attention à mon carburant si je voulais me rendre à Acapulco. Maïs le vent n'était pas si fort, alors faut que j'avance. Finalement, la météo m'annonçait du vent contraire pour finir la route durant la fin de semaine. Ce n'est pas 10 noeuds de vent qui va me fera rebrousser chemin...

Mais en fait, il n'y avait pas 10 noeuds. Donc, je devais motoriser par endroits pour avancer. Et le gros du problème provenait de la mer. Et même au moteur, le travail était laborieux, parfois impossible. Mais pourquoi un vent d'apparence faible pouvait-il m'empêcher de progresser. Parce qu'en fait les vagues de la mer proviennent du vent qu'il y a. Mais s'il n'y en a pas vraiment...

Par contre, il y avait des lignes de grain de temps à autre! Je les voyais s'en venir vers moi. Parfois elle m'amenait du vent, d'autres fois elles passaient comme si de rien n'était... Drôle de phénomène. J'étudiais donc le ciel pour essayer de comprendre mieux. Je me rendis compte que parfois les lignes de grains étaient très foncées et d'autre fois, elles étaient pâles, presque blanche. Avec plus ou moins de vent qui venait avec. Mais ce n'était pas une règle, certaines lignes très foncées n'avaient pas de vent non plus. Et je les voyais partir vers le large dans le même sens que le système dépressionnaire actuellement dans les parages. Pourquoi la mer aussi chaotique... Je remarque donc que les fichiers météo indiquent des vents qui ne sont pas constants, ils changent de provenance tous les 3 heures environ. Un coup ils viennent de l'est, l'autre coup ils viennent du sud-est! Je remarque donc la mer, les vagues se croisent, elles embarquent l'une par-dessus l'autre! Mer croisée. Est-ce les grains qui amènent des vents différents... ou bien simplement le système qui est irrégulier... ou une combinaison des deux me semble possible.

Alors pauvre Loréline, elle essaie de se frayer un chemin à travers tout ça. Le vent nous pousse et nous tire, nous sommes auprès du vent. On prend un peu de vitesse, on fait 4 noeuds!! Mais voilà qu'une vague un peu de travers vient nous pousser la proue. On perd de la vitesse d'un coup. On descend à 2.5 noeuds. Il faut la reprendre. Mais durant le temps que nous la reprenons, une autre mauvaise vague. Et une autre, voilà toute notre vitesse anéantie... difficile de progresser. Il nous faut de la vitesse lorsque nous sommes auprès du vent, sinon la dérive est trop grande. Pauvre Loréline qui n'est pas un bateau de près on plus.

Et au moteur c'était aussi pire. La mer croisée devenait monstre parfois. Nous montions la vague et ensuite, je voyais la proue s'enfoncer dans la mer de l'autre côté de la vague pour y pelleter de l'eau. Je me faisais arroser à l'arrière du bateau tellement l'impact était puissant. La vitesse descendait parfois en bas d'un noeud... C'était pratiquement impraticable. Voir désespérant. Je voyais le système cyclonique se former et s'en venir vers moi. Ma position qui ne changeait pratiquement pas. J'étais près du but dimanche, à peine il me restait 30 miles à faire. Le vent allait augmenter. J'allais être pris comme avec l'ouragan Amanda. Me faire rebrousser chemin une fois, ça va. Mais la deuxième fois, je la prends moi bien un peu.

J'étais d'autant plus épuisé. Les conditions de navigation ne me permettaient pas de dormir beaucoup depuis mon départ de Puerto Vallarta. Et je dois avancer, sortir de cette zone malsaine. Et j'étais convaincu que ces vents de 10 noeuds me laisseraient passer. J'avais tort. J'étais au bout du rouleau, épuisé, sans sommeil depuis quelques jours. Les yeux pleins de sel. Et je devais faire face à la réalité. Cette mer chaotique ne me laisserait pas passer.

Je devais me trouver un abri pour quelques jours, le temps de laisser passer cette situation, me reposer un peu. Finalement, le charriot d'écoute a pris la décision pour moi. Il a cassé! Je ne pouvais plus rien espérer de ce vent qui venait de lever. Je tirais des bords par plus de 25 noeuds de vent dimanche. La mer était fouettée enfin par un vent qui me laissait avancer. Ma pauvre Loréline qui voulait tant bien que mal. Ce vent qui n'était pas plus régulier, les grains passaient encore. Je les voyais s'en venir, des lignes de nuages noirs. Parfois sans coup de vent, mais le vent pouvait changer de provenance. Je tirais des bords désespérément. Au bout de plusieurs heures, je n'avais pas progressé d'un mile. J'étais revenu à mon point de départ du matin. Je continuais d'avoir confiance, je me disais qu'en essayant de nouveau, d'une autre manière, peut-être en tirant plus de bords, en écoutant plus le vent... Le charriot d'écoute casse d'un coup. Malgré tout je me disais que peut-être... d'une autre manière, le vent me laisserait passer... Pauvre jeune fou!

Et lorsque j'ai décidé de rebrousser chemin. Je surfais la vague. En me retournant pour admirer les éléments. Pouratnt, la mer n'avait pas l'air si mal. Je rentrais de la toile pour diminuer ma vitesse. Je me fis indiquer un endroit possible où m'abriter sur la côte. Je voulais essayer de ne pas trop perdre de terrain. J'allais bien trop vite. Je ne voulais pas arriver la nuit. Il semblait y avoir deux cailloux à l'approche. Mon cahier de cartes supposément complet ne me donnait pas les détails de cet endroit appeler Puerto Sao Vicente. Un port, je devrais y trouver ce dont j'ai besoin!? Je n'avais plus que 1,50 mètre de toile et j'allais toujours parfois à 4.6 noeuds. J'ai donc fait un cap avec la toile que j'avais, juste pour essayer. C'était parfait je n'avançais plus, je dérivais simplement. J'ai pu dormir sommairement sur le plancher, car la mer embarquait dans le cockpit. Elle a même mouillé mon oreiller la fois que je l'ai sorti pour essayer de me coucher dehors. Il ne fallut qu'une vague. Elle pénétra aussi à l'intérieur, sur mon lit et sur le plancher. Par chance, j'avais retiré par hasard les draps de mon lit. Une autre vague me fit prendre une douche, j'étais assis sur mes planches à l'arrière du cockpit, où je ne croyais pas possible me faire mouiller. J'avais d'ailleurs enfilé des caleçons pour me tenir un peu au chaud. Une fois bien humide, le seul endroit restant pour me coucher afin de ne pas tout mouiller restait le plancher. La mer me taquine comme ça sans arrêt.

Je suis arrivé au matin de lundi, complètement épuisé, les yeux remplis de sel. J'ai vu les deux cailloux, ils étaient sans danger. Mais je préférais les voir de mes yeux.
Et je suis arrivé dans un endroit absolument magnifique, où la simplicité règne, sans aucun édifice de plus de deux étages. Un simple village de pêcheur avec des arbres partout sur les collines, certaines huttes recouvertes à l'ancienne méthode, des feuilles d'arbres exotiques. Je m'accoste sur un quai en ciment à moitié détruit. J'y rencontrerai des gens, tous des pêcheurs. La grand-mère me fera manger toute la journée, du poisson, des tacos! Je ferai la rencontre d'un retraité qui vient d'Alaska, Frank!
Plein de questions me viennent à l'esprit. Pourquoi certains pêcheurs restent simplement relativement pauvres, tandis que d'autres deviennent très riches avec la pêche. Et que certains messieurs vont mourir dans un paradis terrestre comme celui-là et leur enfant ne viennent même pas les voir... Il me dit simplement qu'ils sont trop occupés à gagner leur deuxième million de dollars.

Les pêcheurs vont m'aider à me ravitailler et la bière offerte par ce cher Frank sera pour moi une dure révélation de l'état actuel du monde. Je comprends de plus en plus des choses. Je ramasse avec ma gaffe un bidon de 4 litres d'eau de javel qui flottait dans l'eau et en même temps un briquet vide oublié sur le sol.
Nous devons changer notre perspective sur le monde, sur notre vision de la vie. Et moi, je ne me battrai pas.

J'amarre mieux mon bateau sur le quai, je l'avais fait à la hâte et le vent ne m'avait pas permis de bien le faire. Maintenant je commence à savoir faire, il me manque quelque protèges amarres. J'apprend.



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Imprimé le : 27 mai 2017