Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

6 juin 2014

Départ de Puerto Vallarta

Lundi vers 14h, je devais aller porter mon huile au centre de récupération de la marina juste avant de prendre la mer. Un sandwich à la crème glacée fit la joie de mon palais. Quelle joie éphémère! Je transpirais tellement, je me demande si cette joie momentanée valait la peine, ensuite la soif était assurée. Et je prenais le large avec un vent de provenance d'ouest, 10 noeuds environ. Juste assez pour lever une mer difficile à travailler au travers. Je devais pointer quelques degrés plus au sud afin de ne pas la prendre directement de front, Loréline s'en tirait mieux de cette façon et le pilote aussi d'ailleurs. La progression était lente. De gros nuages recouvraient les montagnes derrière nous. Je me demandais si ma décision de partir était bonne. Un ouragan au large me disait certains marins. L'un me dit que j'ai au moins le temps de me rendre à Manzanillo, et ensuite vérifier où la météo sera rendue. C'était aussi mon opinion. Celui-ci, je pris de son temps un peu, il convoie des bateaux dans le coin, il a l'expérience de prendre le large dans les environs. Merci pour ce temps si précieux. Il m'indique différents endroits sur la côte pour me mettre à l'abri si le temps de détériore.
À la moitié de la baie, un banc de dauphins vient nous accompagner. Les culbutent sont toujours aussi impressionnantes. Certains font des bonds de plus de 5 pieds hors de l'eau, d'autres une culbute queue par-dessus tête en claquant la queue dans l'eau. Ils s'amusent! Je passe près d'une tortue, quelques pieds. La patte sortie de l'eau, la tête prend son respire. Elle semble incertaine de ses mouvements. Coucou! C'est moi!
Je passerai le capo Corrientes sous le coucher de soleil. En passant le cap, le vent s'essouffle. Je continue au moteur pour la nuit. La nuit est sombre, toujours de très gros nuages. Je ne dors vraiment pas bien avec la vibration. Une chance que j'ai un nouveau pilote.

Mardi matin, un peu de spi, un peu de moteur. En après midi, un peu de génois, les voiles en ciseau. La légère brise de l'ouest nous laisse porter un peu de toile, à peine, elles tiennent par la peau des dents. Mais avoir le choix entre 3 noeuds à voile ou 4 noeuds à moteur... Le choix est difficile, c'est vrai. Je dois avancer. La météo semble indiquer que l'ouragan Boris semble se changer rapidement en tempête tropicale. Il est très lon de nous. Je n'ai aucun effet de lui par ici. Je continue tranquillement. Mon but devient tranquillement d'essayer de rallier Acapulco. Plus j'économise du carburant et plus je peux me rendre loin. Il faut que je garde à l'esprit les coups de vent possible, les ouragans, et tous les phénomènes qui peuvent se produire dans ce genre d'eau très chaude.

Alors, il y a toujours les autres ports possibles sur mon chemin que je garde à l'esprit. Mon chum Richard a déjà fait le Brésil en voilier, alors il m'en suggère aussi quelques-uns. Il n'y en a pas beaucoup.

Mercredi je croise des lignes à pêche remplies de bidons de 4 litres. Je passe à 5 pieds de l'une d'entre sans m'en rendre compte. Je suis à l'intérieur. C'est sortant que je la vois à côté de nous. Et je vois la ligne de ces bouteilles, de la côte qui s'en va vers le large. Pourtant, je suis très loin de la côte. Je vois aussi le bateau des pêcheurs. Il se dirige vers la bouée que j'ai frôlée. Je suis sous spi, je n'avance pas très vite. Les pêcheurs ne font que vérifier si je n'aurais pas coupé la ligne. Tout à l'air beau. Je suis rendu assez loin d'eux, mais je les vois vérifier la ligne, c'est là que je me rends compte que les bouées sont attachées les unes après les autres. Je croise aussi beaucoup de cargos. Durant la nuit d'ailleurs, j'ai été très chanceux. J'ai vu la poupe de l'un d'eux, il venait de me croiser. J'ai fait quelques heures au moteur, je n'ai pas entendu la sonnerie de mon détecteur de radar. Je dors à l'extérieur, il fait beaucoup trop chaud pour que je puisse dormir à l'intérieur.

J'ai aussi croisé une tortue, elle était à 100 mètres de moi. Elle me fait le même scénario. Elle me salue avec sa patte hors de l'eau en prenant une respiration. Des dauphins viennent nager avec nous tous les jours.

Il y a toujours des gros nuages dans le ciel par endroits. Je me méfie des coups de vent qui peuvent en résulter. Mais dès que je peux envoyer de la toile, je le fais. C'est plus fort que moi. Je dormirai ma nuit de mercredi avec les voiles à postes, le génois tangonner. Je dors vraiment bien. Je prends un peu du large. Je me sens un peu inconfortable à travers ces quelques cargos, il n'en faut qu'un pour mettre un terme à ma navigation.

Jeudi matin, j'envoie Spi! Nous avons pris suffisamment du large pour que je me sente plus à l'aise. Je vois bien les cargos maintenant, il sont plus près de la côte que nous. Il reste environ 220 miles pour Acapulco. Nous faisons entre 2.5 et 3 noeuds sur l'eau. Nous ferions 4 noeuds au moteur. Je garde mes voiles à poste. La météo n'annonce pas de formation de tempête pour les 5 prochains jours. Je considère que j'ai le temps de ma rendre à bon port, refaire le plein. Attendre une bonne fenêtre pour repartir, en espérant ne pas attendre trop longtemps. Je n'arrête que pour le carburant. Et actuellement, je n'en ai presque pas utilisé. C'est psychologique mon affaire. En bas de trois noeuds de vitesse, je pense au spi... Et en bas de trois noeuds de vitesse avec le spi le moteur me grafigne l'esprit. Mais je ne le partirai pas avant d'atteindre moins de 2 noeuds, même que je patiente de voir parfois 1 noeud sur le loch. Tout dépendra aussi de la météo qui s'en vient. Je suis tout de même dans une mauvaise saison pour prendre mon temps. Le loch indique parfois jusqu'à 3.4... Difficile d'utiliser le moteur dans ce temps-là!

Durant la nuit de jeudi, des éclairs, des cumulo-nimbus, le ciel est très noir. J'en vois plusieurs côte à côte, une ligne de ces nuages s'en aller ves la mer, ils passent en avant de moi, puis je les vois sur l'arrière. Les éclairs ne sont pas finis, je m'en vais vers eux. Comme ça toute la nuit. Le ciel se couvre pratiquement au complet. Je me réveille par un vent froid. Il vient du sud, puis il vient du nord, il tourne à l'ouest. Je ne suis pas inquiet, c'est juste un peu particulier comme atmosphère. Je ne me rendors plus avant que quelques grains de pluie soient tombés et que les nuages soient un peu dispersés. Au matin, des cargos me passent au sud. Je croyais être plus loin de la côte.
Je suis à 145 miles d'Acapulco. Il y a une dépression sur mon chemin. Elle est petite. J'espère avoir le temps de rentrer à ma destination.



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Imprimé le : 20 août 2017