Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

3 juin 2014

Je m'en tire bien

Je m'en tire bien

Forcé de rentrer au Mexique, l'ouragan Amanda m'a fait rebrousser chemin. Je croyais être capable de rejoindre Manzanillo. Mais j'étais déjà très fatigué lorsque j'ai commencé à recevoir le vent et la mer de l'ouragan. Au début j'ai simplement continué ma course vers le large afin de tirer un dernier pour rentrer à terre à Manzanillo. Mais après quelques heures, je devais dormir. La mer d'un ouragan est terriblement confuse. Loréline taillait sa route, avec trois ris et la moitié du génois. Pendant que le pont se fait laver à chaque vague, la coque cogne dur dans l'eau. Il n'y a aucun confort à bord. J'essaie de me trouver une méthode pour dormir, rien à faire. J'essaie d'imaginer ce moment qui va durer pour les 24 prochaines heures. Et ça risque de devenir pire. Je suis complètement épuisé et la pensée de la prochaine journée ne me donne pas l'envie de la vivre comme ça. En plein milieu de la nuit, je décide de partir en fuite. Je rentre à Puerto Vallarta. Le vent me porte à cet endroit.

J'empanne donc et j'affale la grand-voile. Wow!! Quelle sensation de paix... On fait une bonne vitesse, jusqu'à 4.5 noeuds sur l'eau. Je dors bien cette nuit-là. Il faut s'entendre, les quelques heures qu'il me reste.

Au matin de vendredi, les nuages sont très épais. Je suis content d'avoir rebrousser chemin. Je perds du millage par contre, plus de 120 miles. Mais je ne me battrai pas. C'est plus confortable et sécuritaire. Je me dirige vers Cabo Corrientes, l'entrée de la baie. Des dauphins par centaines viendront jouer avec nous. J'aurai l'occasion de voir aussi deux tortues qui flottent dans les parages. En passant le cap, le vent tombe, la mer s'estompe. Comme si rien ne s'était produit. Je motorise pour rentrer au port, légère brise d'est. Le soleil se couche, la journée de vendredi est terminée. Je rentre au port, il fait noir, je ne sais pas trop où me diriger, mais je fais le tour et je finis par trouver. Tout au fond, il semble que l'administration s'y trouve. Hop! Les gardes de sécurité me voient. Ils m'indiquent où prendre place. L'un 'entre eux discute avec moi longuement, pendant que l'autre me charge ma nuitée. Il est deux heures du matin! Bienvenue au Mexique! Je ne dors plus. Et il fait chaud, je transpire juste à y penser.
Samedi matin, après quelques appels de la part de l'administration portuaire, tous les agents de tous les départements seront sur le pont pour venir nous voir. Bien sûr, on me rappelle que je ne dois pas quitter le pont avant dont les papiers soient remplis. L'agente de la quarantaine me prend tous mes oeufs, oignons et pommes de terre. Ils seront détruits selon les règlements, j'espère qu'elle se fera une grosse omelette! Mes oignons venaient du Japon. J'espère qu'ils seront appréciés à leur juste valeur, c'est de l'importation, sans émission de CO2.

Ensuite, je dois aller dans les différents bureaux accompagné d'un connaisseur local. Ils comprennent que je n'ai pas l'habitude de m'offrir ce luxe, je ne prends même pas de taxi, jamais. Ils m'offrent alors les services d'un employé de la marina. L'administratrice de la marina m'a bien saisi. Je suis un itinérant en voilier. Il me reste toujours du crédit pour payer la marina, ne vous inquiéter pas. Nous faisons le tour des bureaux, je paie pour la première fois du voyage des taxis. Un par ici, un par là! Tiens, le frère de mon accompagnateur, il nous fait faire un bout jusqu'à l'aéroport. Ensuite, l'autobus, il a compris lui aussi! Je suis constamment chanceux dans mes rencontres.

Par contre, je dois obtenir un permis d'importation temporaire pour l'embarcation. Ouf! Je passe la description de cette aventure. Bref, j'ai dû revenir lundi matin, donc mon entrée au pays n'était pas terminée pour la fin de semaine. Je ne me suis pas senti tout à fait bien de circuler comme ça dans les rues. Mais je voulais être prêt à repartir aussitôt que j'étais en règle.

J'ai trouvé un fournisseur Volvo pour mes filtres à l'huile. Ce monsieur a beaucoup voyagé et je suis resté converser plusieurs minutes. À discuter de la vie et du monde. La vision du monde est universelle. Où nous sommes rendus aujourd'hui, tous les êtres humains de tous les pays ont la même vision du monde à l'heure actuelle. Il est grand temps pour le changement. J'ai même fait souder ma gueule de tangon, une superbe soudure, très bien exécuter. Comme d'habitude, je fais un bout d'épicerie tous les jours, une samedi et une dimanche. J'ai eu le temps de coudre ma voile dimanche. J'avais essayé samedi, mais le vent s'est levé juste comme je venais pour coudre...

Je prends des cafés chez Starbuck's pour faire de l'internet. Les gens me connaissent et m'offrent des réchauds de café! Je suis le touriste spécial, je suis toujours en vélo! Je sais que j'ai un look touriste, mais je ne suis pas considéré comme les autres... Ils sont vraiment sympathiques les Mexicains. Dimanche, je suis prêt à partir. Il me reste mon changement d'huile, j'aurai une pompe demain juste avant de partir.

Lundi matin, je vais aux bureaux pour finaliser mes documents officiels. Petit problème, j'aurai chaud quelques heures encore. Le tout se règlera finalement sans encombre. Je saurai aussi que j'avais déjà mon visa dans mon passeport. Ils n'ont juste pas l'habitude d'estamper. Ils y glissent un papier simplement... dire que j'étais inquiet toute la fin de semaine. Bon... Tout va bien maintenant.

Je fais mon changement d'huile. Je grimpe mon vélo dans Loréline. Ais-je oublier quelque chose? Ah oui! J'ai même planté un arbre dimanche matin. Comme je n'étais pas bien de circuler dans les rues. Je suis parti très tôt, avant que le soleil se lève. Je me disais tout le monde va dormir! Mais non, il y a pas mal de polices dans le coin. Je ne me sentais donc pas très bien. Mais j'ai fini par trouver le parc qu'une femme m'avait indiqué comme endroit possible où commettre mon crime. En me renseignant auprès de deux ou trois passants, j'ai fini par trouver un parc, probablement le bon. Et il n'y avait personne. Le quartier était tellement tranquille. Que je me sentais en paix pour planter mon arbre. Et voilà! Il y aura des racines aussi au Mexique!
Je sais la chance que j'ai.



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Imprimé le : 24 novembre 2017