Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

29 mai 2014

Il fait chaud, je me fais rincer

Il fait chaud, je me fais rincer

J'ai bien dormi durant la nuit de lundi, bercer par la mer et le vent. Je dors à l'extérieur avec matelas, sac de couchage en dessous et drap léger pour couper la fraîche s'il y en avait. Mais il fait tellement chaud, le matin ma montre indique 28 degrés dès le lever du soleil.

Le loch indique 2.5 durant la matinée. La mer devient chaotique, irrégulière... Il y a formation de cumulus bourgeonnant au nord de nous. Je le vois grossir à vue d'oeil. Ce qui devait devenir son enclume se détache du corps subitement et en très peu de temps, le nuage disparait complètement. Il fait tellement chaud, je me taille la barbe, elle est trop longue je n'en peux plus. Je me rince avec de l'eau de mer prise avec ma chaudière. À grand coup de siau partout sur le corps, ça fait du bien.

Le vent nous lâche vers midi. J'essaie désespérément Spi! Mon dernier recours! Il me fait la gueule lui aussi... Il se ramasse dans le gréement de nouveau. C'est vrai que la mer chaotique n'a pas cessé et elle n'aide pas les voiles. Ces dernières se font déventer un coup sur deux. Pas payant pour la stabilité de force appliquée. Je rends les armes. J'affale ma voile légère. Je fais de même avec ma grand-voile. Je plonge gratter mon hélice. Cette fois-ci, je fais ça vite. Juste l'hélice, je ne l'ai pas fait hier. Il reste des algues dessus, croyant que ça ne changerait pas grand-chose... Erreur... Aujourd'hui, je plonge en caleçon et masque. Pas de palme, ni de combinaison. Hier, la vue de tout plein de petites méduses m'enlevait l'envie de me mettre le corps découvert dans l'eau. Il y en avait des centaines qui passaient derrière nous, je les examinais durant la matinée, je les ai vus par hasard. Ensuite, je fixais l'eau, il y en avait constamment qui passait et en bonne concentration. Impossible de se baigner sans en frapper un. Aujourd'hui, il ne semble pas y en avoir. Mais j'ai toujours la frousse des requins... Je dois gratter, alors j'y vais. Quelques plongées, cinq minutes pour l'hélice, et le tour est joué. Il y avait un petit poisson pas loin, il se demandait bien ce que je faisais là. J'ai donné aussi quelques coups à d'autres endroits. C'est toujours spécial de voir des débris descendre dans les profondeurs sans fin... L'eau semble vraiment claire.

Il y a eu des dauphins encore aujourd'hui. Ils sont noir charcoal avec des points blanc. Les plus grands font 1m50 environ. Un petit coup de moteur encore aujourd'hui. Il est possible que j'arrête quelque part au Mexique, faire le plein. J'étudie la situation. Les environs ne m'inspirent pas. Faut que je file au plus vite, faut pas que je me mette dans le trouble.

L'ouragan s'est changé en tempête tropicale. Et moi, j'ai eu droit à une trombe marine je crois, dans la nuit de jeudi. Je dormais à l'extérieur, légère brise. Le vent a subitement augmenté. Je me suis réveillé. Nous faisions fausse route, cap au sud... Je regarde les environs. Il me semble voir un cône noir dans le ciel. Je crois au début que ce doit être les nuages qui se font aspirer par la tempête. Notre course continue de tourner vers l'ouest, cap au 210 maintenant. Le vent augmente d'une frayeur particulière. Je nous sens aspirer vers la trombe. Je prends un ris. Et je décide de virer de bord. Faut que j'aille dans la bonne direction et loin d'ici. Après avoir viré de bord. Je me retourne pour voir ce que je croyais avoir vu, mais le cône a comme disparu. Un ciel couvert de nuages noirs a pris la place. Des éclairs surgissent de tout bord, tout côté... Je m'en vais vers eux. En fait, je suis entouré de nuage d'éclairs.

Le vent diminuera tranquillement. Je m'éloigne du ce que je croyais être un danger. Je m'endors à l'extérieur. Je me réveille quelques heures plus tard. Plus de vent. La faible brise qui laisse les voiles à peine gonflés nous mène vers l'ouest. J'empanne cette fois-là. Plus facile avec cette puf de vent. Je me recouche.

Au matin de jeudi, je motorise. Les prédictions météo nous donnent du vent... Mais toujours rien. Que des rafales par endroits. Encore une! Vers midi jeudi. Je filme une ligne de grain. Elle est noire comme j'en ai rarement vu. Pourtant en arrière de nous que des nuages blancs gentils. Quelques éclairs... Oups, dire que je vais directement dans cette direction. Je range ma caméra. Je me prépare à recevoir du vent. Ce fut une très bonne décision. Passage de 0 noeud à plus de 40 noeuds en quelques minutes, faut être allumé! Je prends les ris successivement... Mais je passe du premier au 3e d'un coup, je sens la sauce. J'enroule le génois à la moitié. Je n'ai pas le choix de ramener toute la grand-voile. Nous sommes balayés par les éléments. La pluie tombe pratiquement comme de la grêle, je dois me protéger les yeux avec ma main pour essayer de voir ce qui se passe. L'eau est fouettée allégrement. Je me fais arroser par des vagues qui nous sautent dessus sans merci! Tiens, rince-toi à la pluie et ensuite une bonne douche à l'eau de mer. Et toujours je me demande, est-ce que ça va augmenter?!... J'ose une seconde aller au mât envoyer ma grand-voile 3 ris, mais non. On me dit que ce n'est pas le temps, une rafale nous tombe dessus encore. Je l'entends rugir au fond de mes tympans. D'accord, d'accord, j'attends un peu.
Effectivement, le grain passe et nous laisse un ciel avec des nuages blancs. La tranquillité quoi! Ensuite, encore une fois, le vent nous quitte. Encore un peu de moteur... Lorsque le vent attendu nous parvient. Juste un peu après sa mer d'un mètre cinquante environ. Elle m'avait mis la puce à l'oreille. Je repars à voile, le silence... wow...

J'essaie de rejoindre Manzanillo, au Mexique. Je veux refaire le plein de carburant. Je dois être réaliste, ici, il n'y a pas de vent durant cette période, semble-t-il que El NIno serait présent aussi. L'eau est très chaude. Malgré que la météo me donne du vent. Je risque de devoir motoriser une bonne partie de ma descente vers Panama. Ce n'est pas un plaisir pour moi. Mais un moment donné, il y a toujours bien des limites à attendre que les ouragans passent. Et j'avoue avoir essayé de rescusiter un poisson volant, mais je n'ai pas réussi! Je ne suis malheureusement qu'un humain conscient et réaliste, mais conscient. Et avec des sentiments en plus de ça.
Ces oiseaux préhistoriques nous tournent autour comme si nous étions une proie. Ils nous observent, ils semblent très intelligents. Je ramène une de leurs plumes, la plus minuscule que je n'avais jamais vue.

J'ai croisé des bateaux d'observation des tempêtes jeudi durant le jour. Ils sont une équipe de deux il me semble. L'un reste loin, tandis que l'autre s'en va au champ au champ de bataille. Je commence par voir un bateau de pêcheur sur ma route, il ne bouge pas. Je l'appelle au vhf plusieurs fois. Il ne répond pas. Il possède un bras un peu comme un bateau de pêche. je suis auprès du vent, alors je dois abattre. Mais son filet est long de combien de mètres... Combien de temps de perd, combien de cap... Finalement, il avance... Merci beaucoup. Et je finis par voir un espèce de ballon dans les airs, je me dis, tiens c'est la première fois que je vois un pêcheur marqué la fin de son filet, ou bien je ne m'en souviens plus... Mais non, finalement, je vois ce petit ballon se déplacer plus vite que le bateau et le rejoins. Un hélicoptère téléguidé! Avec son bateau d'observation, il se dépose dessus et ils vont rejoindre les nuages près de la tempête. Des cumulus bourgeonnants, tout un paquet! L'autre bateau l'observe de plus loin et doit recevoir les données.

Dire que j'ai toujours rêvé de faire partie d'une expédition de ce genre... Hi hi! J'en fais parti d'une et je suis capitaine de tout un équipage à part de ça! La vie est belle, je m'organise pour ramener mes fesses.



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Imprimé le : 17 octobre 2017