Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

27 mai 2014

Faute de spi, faute de vent

Faute de spi, faute de vent

Je tangonne le génois. Et bien oui, j'ai réussi à casser la gueule du tangon. Je l'ai mise deux secondes sur un hauban, un petit coup de vent dans la voile, l'écoute fait le serpent, la gueule tourne et voilà... Quelle déception. Elle avait déjà été soudée. Je dois faire à la bonne franquette. Un cordage fera l'affaire. J'ai essayé le génois sans tangon, mais je n'aime pas le bruit du claquage et le gréement non plus. Lorsque j'avais tangonné le génois cette semaine, j'avais oublié d'y mettre une gaine sur l'écoute. Après quelques jours, l'écoute se fait manger par la gueule. Je voulais rectifier la situation. Et voilà, je casse la gueule.

Il y a un bon vent, entre 12 et 15 noeuds. Spi me travaille l'esprit un peu. Mais à la place, j'ai ouvert mes livres. Je me remet dans le bain de la navigation astrale. Et aussi, des trucs pour rendre la navigation sous spi moins difficile. Du moins, savoir un peu plus de théorie. Il me manque certaines notions. Je viens d'en apprendre des bonnes.
Je viens juste de voir que la dépression qui stagnait au sud commencera à monter vers moi. Dans trois jours environ, elle sera très près d'ici.

La mer reflète toujours autant le soleil le matin, comme un miroir immense. Et de l'autre côté du voilier, à cause de l'angle de vision, la mer est sombre... Vraiment spécial...
Durant la nuit de jeudi, mon détecteur de radar sonne!! Il fonctionne encore, j'ai mon voyage de terre. Je saute sur le pont en tenue d'Adam. Je le vois tout de suite, il en en avant. Sa course ne rentre pas en collision avec la nôtre. Je vois bien sa lumière rouge et ses feux de mâts. Il nous passera au nord. Je rentre à l'intérieur pour en profiter pour faire le point. Le temps de ressortir, il est déjà sur notre flanc bâbord, à un mile à peu près. Il va très vite, pourtant, il me semblait minuscule au loin à l'horizon. Je dors 7h en ligne par la suite sans aucune interruption... Je n'ai jamais fait ça auparavant. Nous sommes loin de la côte, par chance.

Vendredi matin, un poisson volant se prête bien dans ma poêle. Il se donne sur le pont. J'ai l'expérience. Il n'y a pas beaucoup de chair. Je réussis à enlever la peau, la colonne et les arêtes du même coup. Avec une dernière pomme de terre! J'avais encore un creux.

J'ai le plaisir de me laver les cheveux ce matin. L'eau est encore froide par ici. Je ne prendrai pas ma douche au complet alors. Seulement la tête suffit.

Le vent qui avait diminué depuis jeudi reprend du poil de la bête en après-midi. Je prends un ris dans la grand-voile. On file de nouveau. Ça glisse. Malgré la tonne d'algues en dessous. Je n'ai que gratté ce que je pouvais à San Francisco seulement le bras dans l'eau, l'eau était bien trop froide pour que je m'y baigne, sans compter que l'eau n'avait pas l'air ragoûteuse. Mais comme j'ai dit au plongeur qui gratte les coques pour son travail, il n'est pas encore mort. L'eau ne doit pas être si pire qu'elle en a l'air! Quelle ironie, pauvre lui!

Nous avons droit encore à un superbe coucher de soleil pour vendredi soir. Presque sans nuages, il se couchera seul. Ne lui enlève pas sa beauté, aucunement. D'un orangé incroyable. Pendant sa descente, je vois au loin en avant, des poissons qui sautent. Mais pas à peu près. Je n'ai jamais vu des poissons sortir aussi haut de l'eau. Vu de loin, il saute plus haut que la ligne d'horizon. Certains sont bleu foncé, d'autres sont plus blanc. Ce doit être deux espèces, je me dis. Une attaque, certains mangent, d'autres se font manger. Tellement que les éclaboussures sont intenses, j'ai l'impression qu'il y a des récifs dans ce coin là. Je m'approche de la scène du crime pendant que le soleil se couche pratiquement en arrière de nous.

Ah ben, ce sont des dauphins! Ils font des vrilles dans les airs. Ils sont complètement fous comme de la marde! Ils sont une centaine j'oserais dire. Ils sont plutôt de petite taille, mais combien énergique! Beau spectacle. Nous les passons, sans qu'ils ne nous daignent trop d'attention. Bien trop occupé à s'amuser entre eux, ou je ne sais quoi.
La nuit venue, il y a du phytoplancton comme ça faisait longtemps. La moindre petite secousse dans l'eau, voilà son remous qui s'illumine vert fluo. La traîner des fesses de Loréline... Son pilote qui traîne lui aussi...

Je dormirai un 3h et un 5h cette nuit-là.

Au matin de samedi, le loch indique 2.2... 2.5... Ça fait un peu pitié, n'est-ce pas. Spi me revient à l'esprit, mais je vais attendre avant de procéder de voir comment les choses se déroulent. Je me fais venir aussi un nouveau fichier météo afin de m'assurer des alentours... cette dépression... elle est où?! Nous bouclons, malgré tout, 95 miles nautiques pour la journée d'hier. J'envoie Spi vers 11h. Il saute partout. En plus que j'ai pris des trucs, je dois les pratiquer. Je deviens meilleur pour l'envoyer. Reste à voir pour défaire sa prochaine brassière...

Gros soleil, les nuages de ce matin se sont éclipsés du ciel. C'était de gros alto-cumulus, devenant des cirro-cumulus, s'estompant avec le soleil peut-être?! Il commence à faire chaud le jour, 250 C vers midi. Un cargo nous passe au nord, je ne vois que sa tourelle de pilotage.

D'un coup Spi se ramasse à l'eau... Je cours en avant pour le ramasser au plus vite. Il est détrempé. La poulie de la drisse a cassé. Je fais sécher la voile du mieux que je peux sur le pont. J'envoie de nouveau le génois. J'essaie de ne pas le tangonner, mais il claque rapidement. Je le tangonne. Nous passerons la nuit comme cela. Nous ferons 104 miles nautiques cette journée-là.

Dimanche matin, un superbe lever de soleil, je me lève avant lui et je prends le temps de l'admirer. Ce n'est pas comme s'il fallait que je coure au travail ce matin. Je prends un vidéo de la scène où je dis un bref message. Je me reprends à peu près 20 fois, maudit que je ne suis pas bon acteur. Je dois avoir d'autres qualités...

Le vent diminue au fur et à mesure que la mâtinée avance. Je grafigne un peu, Spi résonne dans ma tête. Je me trouve une poulie dans mon tiroir de secours. Elle a l'air plus forte que la dernière. J'enfile mon harnais d'escalade... Çä parle au diable, j'ai même pris du poids au niveau des cuisses. Je finis par rentrer dedans. Paire de pinces, broche, poulie au préalable passer dans la drisse, accrochée au harnais et je grimpe au mât. En moins de dix minutes, le travail est fait. La vue est belle. Mais ce n'eat pas le temps, faut que j'envoie Spi si je veux avancer. J'ensache la voile. Je prête attention au tangon et je graisse, une la gueule qui reste en état de marche. Et hop, je l'envoie! Le loch continue d'indiquer 0 noeud malgré que Spi est gonflé.

On reste comme ça un bout de temps. Un moment donner mon cerveau allume. Je me remémore ma dernière lecture sur le sujet. J'essaie des ajustements sur la voile, la position du tangon... Et voilà! Nous voilà avec un loch indiquant 1 noeud et des poussières... La journée recommence. Mais le vent joue au yoyo toute la journée, très difficile de progresser.

Un paquet d'oiseaux joue avec nous. Ils nous observent. Je les vois tourner la tête lorsqu'ils nous passent, ils se demandent qu'est-ce que c'est que cette bébelle là par ici... Ils ont l'air d'oiseau préhistorique au début. Mais à force de les examiner parfois de très près... Ils sont splendides! Certains sont bruns, d'autres ont du blanc sur le ventre. Ils ne disent pas un mot. Ils planent, quelques coups d'aile parfois. Très agiles.
Le vent augmente un peu au coucher de soleil. On fait jusqu'à 3 noeuds, un petit trille!! Le vent diminue rapidement par la suite. Je manque d'électricité. J'éteins les instruments, il fait noir partout. La lune ne vient pas de si tôt et elle diminue è vue d'oeil de toute façon. Il fait tellement noir. Pendant que j'écris, j'entends des dauphins au travers de la coque. Ç faisait longtemps, je sors sur le pont. Des dauphins luminescents!! Ils sont complètement fous! Certains sortent de l'eau et font des éclaboussures. D'autres passent en dessous de Loréline complètement... certains s'amusent avec la proue, comme des serpents. De toute beauté.

Le vent nous lâche. Je devrai affaler la grand-voile pour l'empêcher de se briser. Aussi le spi qui se retrouve dans la mâture. Impossible de dormir comme il faut. J'essaie des positions un peu partout, mais pas dans mon lit, il fait vraiment trop chaud. Il y aura un semblant de brise, j'enverrai le spi de nouveau... Par la peau des dents. On n'avance pratiquement pas. Je rencontre des cargos, trois au total. Je démarre le moteur pour m'assurer de son fonctionnement. En même temps les batteries se rechargent, c'est parfait. Il y a un ouragan au large. Les prévisions disent que sa trace n'est pas sur mon chemin. Mais nous ne sommes pas si loin. Les prévisions pourraient ne pas être exactes.

Ça faisait longtemps, durant la nuit, j'entends des dauphins à travers la coque. Je sors sur le pont. Ils sont lumineux, ils laissent des traces dans la mer. Elle semble transparente noire, très sombre, mais transparente. Et on voit ces bêtes tracer dans le vide. J'aimerais tellement pouvoir ramener des ces images. Mais il n'y a pas assez de lumière, la caméra ne capte pas.

Lundi, le même scénario. Je crois que le loch est bloqué. On avance, pas beaucoup, mais rien sur le loch. Avec Spi bien sûr. Le vent nous fait défaut. Plus je réfléchis et plus je me dis que je ne peux pas prendre mon temps dans un endroit pareil. Le vent nous lâchera complètement vers midi. Je décide de plonger voir la coque et la gratter. Ça fait du bien, j'aurais sûrement pu manger un peu en dessous de ça, mais je ne connais pas cette faune. Je m'abstiens. Je donne 35 minutes et je remonte. Je gratterai mieux à mon prochain arrêt. Je décide de motoriser un peu. Faut que je m'en aille d'ici. La mer est d'huile, je n'aime pas être près d'un ouragan. Mon pilote fonctionne à merveille.

Des oiseaux s'amusent avec Loréline toute la journée. Ces spécimens viennent tous les jours ces temps-ci. Il y en une hirondelle de temps en temps. J'ai droit à un spectacle de dauphins en soirée aussi. Exactement comme hier, ils font des culbutes.
Durant la journée de lundi, on croise des cargos. Certains nous passent au sud, d'autres au nord. J'en vois un directement sur notre course. Je l'appelle au VHF. Il répond. Je suis sous spi. Je peux démarrer le moteur. Il me dit qu'il s'en occupe. Il voulait bien faire. Il me coupe par l'avant. Moi ça ne me rassure pas du tout. Je dois abattre pour me rassurer. Le vent apparent... Qu'est-ce que vous pensez... Le spi se dégonfle... Vive les apparences?! Vous savez ce que j'en pense.

Le vent reprend après que le soleil soit couché. Rien ne vaut le silence d'une embarcation à voile! C'est mon tour d'être aux oiseaux.



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Imprimé le : 25 juin 2017