Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

23 mai 2014

On spi, mais ça devient exigeant

Dimanche soir, j'avais décidé de garder Spi à poste. Le vent n'était pas très fort et nous étions encore au portant. J'ai enfilé une combinaison de gros temps afin de pouvoir dormir sur un cousin dans le cockpit avec ce qui me reste d'oreiller plier en deux. C'est encore frais la nuit et avec l'humidité, il, faut être bien couvert pour pouvoir fermer l'oeil. Bien évidemment, je n'ai pas beaucoup fermé l'oeil. Spi mérite un peu de vigilance en tout temps. C'est ce qui rend la chose un peu exigeante au point de vue de la concentration et au bout du compte la fatigue prend le dessus sur l'esprit. Mais la nuit s'est bien déroulé, je me suis levé quelques. Suite à des bruits suspects. Mais Spi n'a pas fait de brassière et n'a été déventé plus que quelques fois, reprenant sa position par lui-même par la suite. Mais je me devais de jeter un oeil au cas que nous perdions notre temps avec une brassière mal placée.

Lundi matin, nous continuons tranquillement. Je me fais venir un nouveau fichier météo, comme d'habitude. Le vent augmentera de quelques noeuds, passant de douze à quatorze au cours de la journée. Mais va savoir, on ne sait jamais. Dans ma tête, je garde Spi encore un bout de temps, peut-être jusqu'à demain. Je serais curieux d'avoir un anémomètre. Ce qui est difficile avec le spi, c'est qu'un noeud d'augmentation de vent, tous les réglages changent, car le vent apparent change. Je dis un, supposons deux noeuds d'augmentation, je ne sais pas bien dire. Mais durant la journée, il y a des rafales qui rentrent. Ces rafales exigent un autre réglage de la voile, du régulateur, et parfois de la grand-voile aussi. Ça en fait des choses à regarder attentivement. Et d'un coup de vent à l'autre, c'est à recommencer. Et aussi lorsque le vent perd de la force.
Alors lundi, mes prières de faire des manoeuvres étaient comblées. Lorsque la petite rafale arrive, on prend de la vitesse alors lofe bien sûr. Le vent apparent change, il faut ajuster l'aérien, sinon il donne un trop gros coup de barre. En même temps qu'il faut peut-être choquer l'écoute de spi afin de le faire abattre. Si ça ne suffit pas, peut-être choquer l'écoute de grand-voile... sinon, pas assez? Prendre un ris peut faire le travail. Est-ce que la bordure est vraiment à sa place, peut faire la différence aussi. Ah ha! Le barreur tire trop sur la barre ou peut-être pas assez... Finalement, c'est tout un cirque. À un certain moment, je ne voyais plus clair. J'ai simplement pris la barre, juste pour sentir les forces en présence. Le spi doit être pas mal au bon endroit dans l'air. Ensuite, j'ai ajusté l'aérien selon ce que le vent apparent me donne. Car une fois la barre dans les mains, on fait de la vitesse, le vent prend ses apparences réelles! Car là, on atteint toute la vitesse qu'on peut atteindre. Alors, le vent apparent devient le vrai vent apparent selon la circonstance. C'est à ce moment que l'on peut ajuster le barreur de la bonne façon. Et là, Loréline s'en donne à coeur joie. Elle pousse la mer comme elle le peut. Elle la roule... On surf presque! On atteint 4.8, 4.9... j'ai vu passé du 5.3 noeuds... Plus que ça, je réclamerais un spi de dimension plus petite afin que mon barreur puisse continuer à barrer sans que je me casse la tête.

En après-midi, je répare encore une fois mes pantalons qui auront vu toutes les mers du monde. Un jour je vais passer au travers, mais ils mériteront une nouvelle fermeture éclaire avant cela. Pour le moment personne ne me voit dans cet état! Et je les aime. Alors, je les répare. Un jour en revenant de mon premier voyage. Je réparais ma bourse sac à dos, je changeais sa fermeture éclaire. J'étais aux îles cette fois-là. Mon chum où je me suis procuré le matériel me demande pourquoi tu la répares?! Pourquoi ne t'en achètes-tu pas une autre... Je sais très bien qu'il me comprenait... Salutations, on se voit bientôt...

Lundi soir, je perds patience. Je n'ai pas bien dormi de la nuit vraiment et j'ai les nerfs à vif. C'est la Xe brassière que je dois défaire aujourd'hui. Spi perd sa job. J'envoie le génois, et je largue le ris de la grand-voile. Je décide de faire un cap qui correspond mieux à l'objectif final. Je passe au nord des îles, plus près de la côte. Et voilà, le vent est presque de travers, petit largue je dirais. Les voiles se tiennent sans dire un mot. Je peux prendre mon chocolat-café assis tranquille dans le cockpit tout en regardant le coucher de soleil. On file nos 4.0 noeuds sur le fond. Les nuages sont extraordinaires. Des cirrus voyagent dans le ciel, ils vont au nord-est. Ils se défont en s'en allant, deviennent des nuages que je ne saurais nommer... c'est très beau à voir se faire. Il y a aussi des cirro-cumulus orangés qui semblent plus loin, car plus bas dans le ciel, vont dans la même direction. Tandis que des nuages de plus basse altitude viennent avec nous, dans le sens du vent...

Ça, c'est de la navigation comme je les aime...

Je dors vraiment la nuit de mardi. J'en avais besoin. Je fais plusieurs sommes aussi durant la journée. Un vent d'à peine 15 noeuds nous porte au grand largue bâbord amure. Le génois tangonné. Je n'ai pas trouvé de solution encore pour l'empêcher de se faire déventer de temps en temps, ce n'est pas l'idéale. Je prendrai même un ris. Le vent forcit un peu et on part au lofe. La mer se forme aussi jusqu'à un peu plus de 2 mètres.

Un oiseau de taille moyenne s'amuse avec Loréline. Plusieurs fois, il se reprend pour nous frôler. Je le vois, il revient à la charge. Il frôle les voiles... Il réussit à se poser sur le mât, une fraction de seconde.

Durant la journée, vu que les batteries commencent à être au-dessus de 12.5V. Je fais les connexions sur des leds qui remplaceront mon bulbe sur ma lumière avant dès que je pourrai. Je risque d'attendre d'être arrêté complètement. J'ai besoin de mon transformateur d'énergie pour souder. Je ne comprends pas encore bien comment fonctionne vraiment ma torche au butane, elle ne fonctionne pas très bien. Mais à chaque fois que je l'essaie, elle fonctionne mieux. Je suis sur le bon chemin, la prochaine fois j'imagine.

Le coucher de soleil se fera les voiles ciseau. Nous n'avions pas un très bon cap. Je préfère descendre un peu plus au sud, tenter d'avoir un meilleur vent pour la suite et ne pas m'approcher trop de la côte.

La nuit se passe bien, je me lève deux fois. Les voiles se ramassent à contre chacune leur tour. La mer est forte, Loréline se fait brasser le derrière. Mais entre chaque réveil, je dors bien! Finalement, on réussit à faire 102 miles nautiques comme ça.
Mercredi matin, je me décide à regarder le moteur, je crois qu'il y a une petite fuite de diesel. J'en ramasse dans le fond de cale. Pas beaucoup, mais auparavant c'était sec, ça me fatigue donc un peu. Effectivement, je resserre quelques endroits sur la ligne. Il n'y a plus de fuite.

Les batteries commencent à indiquer près de 13V. Je peux écouter de la musique ce matin!

Lorélline glisse littéralement sur l'eau... C'est absolument formidable comme sensation. D'un côté du voilier, le soleil fait reluire toutes les vagues comme des miroirs, c'est éblouissant. Et de l'autre côté, la mer est bleu foncé, seulement le dessus est blanc... Aucun vidéo, aucun mot, aucune image ne peut traduire les sensations que l'ont ressent lorsque l'embarcation a du plaisir à avancer vers quelque part... Tout l'équipage est heureux! Et la mer se fait souffler par des forces naturelles.
La mer se creuse parfois à 2m durant la journée. Elle s'affaisse en fin de journée. Elle fait ça de temps en temps. La provenance du vent oscille continuellement. Il passe du nord-nord-ouest au nord-nord-est. Et sa force varie en même temps entre 10 et 15 noeuds, d'une heure à l'autre durant les jours qui passent.

Je réalise que nous sommes encore dans la zone de haute pression qui s'étend parfois jusqu'à la moitié du Pacifique. La zone varie de jour en jour bien sûr. Il y a très peu de vent parfois. Mais nous avons tout de même réussi à faire 979 miles nautiques en 11 jours. Bientôt nous allons sortir de l'anticyclone pour entrer dans une zone de basse pression. Il y a encore moins de vent pour le moment dans cette zone près des côtes. Mais on ne sait pas quand sera le jour où une tempête tropicale se déclenchera.
Jeudi matin, mon 2e calmar que je ramasse sur le pont. Hier, c'était mon premier. Ils sont petits, mais une bonne petite bouchée frit dans la poêle! C'est toujours bon!
Jeudi, je répare deux trous dans mon génois. J'ai essayé à un endroit en mettant un simple tissu. Un peu difficile de faire des points le tissu au vent. Cette voile tient bon tant que je la répare. Notre vitesse est un peu ordinaire. Elle descend parfois à 2.2 noeuds. J'ai Spi qui me grafigne l'esprit. Mais en y pensant comme il faut, j'abandonne l'idée. J'économise mes forces pour la journée où il sera vraiment utile. Ça fait longtemps que je navigue et je n'ai pas le temps de reprendre assez de force à chaque escale. Je dois faire attention à mes forces.

Jeudi soir, cette vague de deux mètres qui nous a poussée toute la journée semble être disparue, évanouie dans l'immensité. Merveilleux coucher de soleil.



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Imprimé le : 17 août 2017