Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

20 mai 2014

Restriction de dépense énergétique

Restriction de dépense énergétique

On fait pitié un peu. Nous n'avons pas fait beaucoup de miles mardi, 43... Pas de vent, pas d'éolienne. J'ai eu toute la misère du monde à envoyer mon carnet de bord mercredi matin. Mais il y a une bonne antenne sur le 40m, tout près, en Californie à moins de 190 miles nautiques. Lorsque j'ai vu que le document écrit passait rapidement, j'ai tout de suite envoyé la photo dont j'avais envie. Je fais ça souvent. Je dois réduire la photo avant de l'envoyer. Je la prépare d'avance. J'envoie mon texte, et si les ondes passent bien! hop! J'envoie tout de suite la photo avant que mon modem perde la communication avec l'antenne radio. J'économise de l'énergie.

Le vent augmente légèrement durant la journée. Mais l'éolienne se fera entendre seulement vers 18h. Les panneaux solaires ne me donnent pas beaucoup d'ampérage. Alors, pour recharger un peu l'une des deux batteries, je ferme tous les instruments de navigation. Je n'avais jamais vu le petit indice qui indique sur le loch que la batterie s'en vient faible. En même temps, je me permets de recharger l'ordinateur. Je peux donc écrire un peu en fin de journée.

Mercredi matin, j'ai entendu une baleine. Je me suis retourné... Rien... je fixais l'horizon. Je l'ai entendu de nouveau, mais je n'ai pas vu son souffle. Comme ça 4 ou 5 fois... Elle devait être trop loin j'imagine. Tellement que le son se déplace rapidement, c'est tellement tranquille dans les parages. J'ai vu des poissons sauter au loin. Mais je n'ai qu'entendu le son de leur clapotis qu'une fois qu'ils étaient dans l'eau. J'ai aussi entendu encore une fois un avion de chasse, mais je n'ai rien vu du tout.

Il fait beau soleil, seulement quelques nuages. Des cirrus au loin dans le ciel. La mer est tellement tranquille, il y a à peine 50 cm de vaguelette.

J'essaie mon pilote pour barrer le spi. Pas mal du tout! Mais il bouffe du jus... Mon éolienne arrête de tourner. Je la supplie, je lui donne une poussée. Elle redémarre. Ce n'est pas comme si c'était la première fois... Elle méritera un tour chez le mécano, je viens juste de voir que son roulement à billes qui la fait tourner sur son axe est décédé. Elle n'a jamais aussi bien tourner sur son axe comme ça!

J'ai encore vu aujourd'hui, des clapotis. Simplement pour le souligner. Des gros clapotis. Est-ce une attaque... Possiblement, je ne vois rien d'autre que de l'eau qui bouge très fort au loin. Je ne saurai jamais.

J'ai essayé mon détecteur de radar aujourd'hui quelques fois, lorsque je voulais faire un somme. Rien à faire, il sonne toujours dans les parages. Il n'y a pourtant pas de cargo à l'horizon. Je soupçonne qu'il y a de gros radars sur la terre quelque part dans le coin. Nous sommes pourtant à plus de 100 miles il me semble.

La nuit venue, j'ai droit à un superbe coucher de soleil. Je suis vraiment choyé ces temps-ci. Et encore cette lune... Un peu tardive... Bien sûr, j'avais déjà remarqué elle tourne plus lentement. Elle est si grosse à l'horizon. Elle apparait juste après que le soleil se soit éclipsé.

Mes batteries font pitié. En allumant ma lumière de proue, je vois le voltage chuter d'un coup. Je me sens un peu mal pris. Mon nouveau pilote perd ses fonctions, je préfère mon régulateur sous voile. Mais j'ai déjà achevé mes batteries.

L'éolienne fait un peu de bruit. Je décide donc de laisser juste ma lumière de proue allumée. Je me lève durant la nuit. Le vent nous lâche. L'éolienne s'est tue... Je n'ai plus de jus. Aucun instrument ne fonctionne. Ouais... bon... on va continuer à faire de la voile! Sans aucune lumière, sans aucun instrument... Je me sens un peu tout nu. Y'a toujours bien la boussole qui fonctionne encore... Vive le bon vieux temps!

Mais jeudi matin, les choses sont moins plaisantes. Un cargo nous fonce dessus. Avec les jumelles, notre trajectoire semble se croiser d'ici 20 minutes peut-être. Le moteur ne démarre pas. Les batteries sont trop à plat. Donc pas de radio non plus. Je ne me sens pas très bien. Un peu imbécile... Je sors ma corne de brume rechargeable avec ma pompe air. À force de crier, il se détourne juste un peu. Il me passera par l'arrière à environ 200 mètres. J'ai eu chaud un peu tout de même. C'est un peu spécial de voir un cargo d'aussi proche. Il monte et descend tranquillement à travers la vague qui est toute petite, mais, elle a tout de même un léger effet sur lui. Son bulbe d'étrave qui fend la mer, qui aurait bien pu me fendre la bedaine de ma petite Loréline...

L'éolienne continue de charger les batteries, mais ça prend du temps repartir de zéro. Je passe toute la journée et la nuit de vendredi aussi en restriction. Le coucher de soleil est toujours aussi incroyable. J'affalerai le spi pour deux raisons. Son bras commence à être grugé par la gueule du tangon. Et il commence à venter un peu plus fort. Aussi, je dormirai bien avec le génois à poste. J'avais eu le temps de recoudre une déchirure dans sa 2e laize lorsque le spi était hissé. Simplement en le déroulant juste au bon endroit afin d'avoir accès aux deux côtés près de l'étai. Un point de rapprochement... et un tissu collant de chaque côté, cousu. Merci bonsoir! Je démarre le moteur 30 minutes afin de m'assurer d'envoyer ma position. Je sais qu'il y a des gens qui peuvent s'inquiéter... Je m'excuse de la situation.

Samedi matin, nous étions tribord amure. J'empanne la grand-voile et je tangonne le génois. Notre course sera mieux de cette façon. Je travaille les écoutes de spi, je les raccourcis afin d'enlever ce qui s'est fait gruger et je leur ajoute une gaine. En espérant que cela tienne plus longtemps. J'ai le sentiment que Spi sera en demande très bientôt et possiblement qu'il fera beaucoup de route d'ici Panama.

Le ciel est magnifique. Aucun nuage dans le ciel. Le vent tarde à m'offrir son augmentation qui est prévue bientôt. Une fois que Spi se sent reposer. Je grafigne autant que lui... Je succombe et je l'envoie de nouveau! Nous gagnons encore un noeud sur l'eau.

En après-midi. Légère augmentation du vent. On part au lofe... Je me questionne... Je prends un ris sur la grand-voile! Et voilà! Le tour est joué! 3.5 à 4.0 noeuds sur l'eau. Notre pilote mécanique fait son travail à merveille! Qu'est-ce que je ferais sans lui...
Superbe coucher de soleil samedi. Je me dois d'affaler spi pour le remplacer par le génois. Je préfère bien dormir. On a tendance à lofer. Alors, je dois veiller constamment. J'ai envie d'aller au lit sans me casser la tête. La nuit se déroule bien. Malgré notre vitesse moindre, on fait 96 miles nautiques au bout de la journée.
J'envoie encore une fois Spi dimanche matin. Le vent s'est calmé un peu et Spi se tient franchement mieux que le génois déventé derrière la grand-voile. Le vent vient toujours du nord. Le gros soleil. Ce sera une semaine pour Spi j'ai l'impression.

Nous avons réussi à faire tout de même 585 miles nautiques en 7 jours, grâce à Spi! Et à notre barreur bien sûr, toujours aussi infatigable.

Les batteries reprennent leur charge tranquillement, mais je suis toujours en restriction de dépense énergétique. Vent arrière ne charge pas beaucoup...



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