Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

14 mai 2014

La mer, les alizés...

En sortant de la baie de San Francisco, les vents nous soufflaient sérieusement. J'ai même pris deux ris dans la grand-voile et j'ai enroulé du génois. Qu'est -ce que la côte peut bien produire sur le vent, toujours intéressant à réaliser. La mer était folle, j'ai vu des creux de trois mètres. Comme je vous disais, les bancs du cockpit étaient bien mouillés.

Il y a eu la présence de loups de mer par endroits. Mais aussi des dauphins sont venus s'amuser avecla proue de Loréline. Je ne reconnaissais pas ces mouvements, et leur sortie de l'eau non plus. Ils avaient l'air différent de ce que je suis habitué de voir. Je suis habitué à des dauphins communs et une autre espèce dont je ne me souviens plus le nom. Mais ceux-là s'amusaient différemment. Était-ce par hasard? En les examinant, effectivement, ils étaient foncés, pratiquement noirs avec le ventre très blanc. Ils ne bondissaient pas, ils ne sortaient que leur dos légèrement afin de prendre leur respire. Je les entends bien respirer rapidement et puis ils s'enfoncent dans l'eau tout de suite. Ils sont un peu plus gros que les dauphins communs. Un peu moins fringant! Tout aussi amusant et divertissant par contre.

Dans le ciel, il y a un entraînement d'avion de chasse. Ça surprend! Ils virvolent, on voit leur échappement décrire toutes sortes de simagrées dans le ciel. Mais ils sont déjà bien loin de leurs signaux de fumer.

J'avoue que la technologie de l'homme est impressionnante à voir. Mais bref, la discussion pourrait être très longue...

Ça me rappelle avoir rencontré un membre de la famille de Jean Béliveau, notre hockeyeur. Je circulais en vélo dans les rues d'Oakland, sur l'autre rive de San Francisco Bay. Et je me suis arrêté dans une entreprise où il semblait y avoir de la tubulure, je cherchais ma tubulure en aluminium pour mon arche. C'était un Béliveau! Leurs grands parents auraient déménagé, je ne me souviens plus où aux États-Unis. Et lui, il s'est envenu à San Francisco. Il en a perdu son latin bien sûr. Mais c'était tout de même comique de rencontrer une personne de souche française. Je lui ai parlé de ce que je faisais dans la vie. Et je lui ai demandé s'il croyait que nous avions tout ce dont nous avions besoin. Il m'a répondu, bien sûr que nous avons tout. Ce fut une belle rencontre. Il n'avait pas le matériel dont j'avais besoin, mais la poignée de main était amplement suffisante pour moi.

Je me demande pourquoi nous continuons à faire la guerre alors... Vous savez bien que j'ai une idée, mais les murs ont des oreilles...

Dimanche soir, il y avait un superbe coucher de soleil. Il se couche toujours à l'ouest. Le vent se calme un peu. Je peux bien dormir durant la nuit. Je me lève tout de même pour vérifier quelques fois. Mais j'ai les yeux à moitié fermés. Je n'ai pas réussi à dormir après l'entrevue avant le départ, il me manque du sommeil.

Lundi, je me lève avec le soleil. Il est environ 6h30, heure locale. J'ai changé les heures de mes montres et cadrans... Je me rapproche de chez nous, trois heures de différence maintenant, ce sera moins mélangeant pour mon livre de bord et tout le reste.
Le vent diminue durant la journée en même temps qu'il tourne un peu plus au nord. Je suis assez loin de la côte maintenant, je mets les voiles en ciseau en fin de journée. Je garde un ris dans la grand-voile. Franchement, tout va bien, alors je ne change rien. Le coucher de soleil est tout aussi extraordinaire. La nuit de lundi est calme, malgré que Loréline se fait brasser les fesses par la mer. Lorsque la vague vient directement d'en arrière, elle n'est pas régulièrement exactement. Donc, elle vient un peu de bâbord, oups.. un peu de tribord... ça donne ce que ça donne. Un roulis pratiquement perpétuel. Mais une fois au lit, on ne sent plus rien. On se fait bercer dans le bon sens. Alors, je dors comme un bébé. Je me lève aussi quelques fois. La nuit est superbe. La lune presque pleine. Je ne vois presque pas d'étoiles, quelques-unes... La lumière de la lune est tellement intense, je vois la mer au complet. Mais la lumière des étoiles n'est presque pas visible. C'est tellement beau à voir. Comme une grosse lumière au plafond!

Je me lève mardi, le vent semble nous lâcher. On fait 2.0 noeuds sur l'eau. Toujours les voiles en ciseau. Le génois a une craque en bas, je ne l'ai pas changé. Je lui laissais une dernière route. Bon... Je me suis dit que si je mettais mon vieux à poste, je n'étais pas sûr qu'il faisait toute la route. Ensuite, j'étais mal pris... Décision difficile.
Je me sens de plus en plus à l'aise d'envoyer Spi en solo avec des vents de moins de 12 noeuds. Alors, les conditions le permettent. Je l'envoie vers 9h mardi matin. On gagne presque 1 noeud sur l'eau. Youhou!!

Ah ben! Je passe une bouée de pêcheur asiatique au large! Elle commence à être loin de chez elle!

Vers midi, je sors manger mon sandwich dans le cockpit. J'entends un bruit sourd. Je ne vois rien à l'horizon, je ne me rappelle pas d'avoir démarré mon moteur non plus. Le bruit semble venir de l'avant. Je scrute l'horizon comme il faut... J'aperçois à travers le brouillard de chaleur au loin, une tourelle blanche d'un cargo. Il est en arrière de nous. J'aperçois finalement sa silhouette. Il rejoint la côte tranquillement.

Il ne fait pas si chaud, malgré le gros soleil haut dans le ciel, c'est un peu frisquet. Je suis malgré tout en gougoune, bedaine et pantalon long. Et la tuque qui va avec. Je dois faire attention à l'électricité, l'éolienne est silencieuse...

En après-midi, le soleil commence à plomber. Quelques cargos passent. Un au nord, il rejoint la terre et l'autre au sud, il fait la même chose. Un petit serein jaune avec une calotte noire fait son apparition. Il se pose. Il examine un peu partout. Il fait le tour de Loréline au complet. Il s'approche, il n'a pas peur. Je le touche un peu, il est difficile à prendre en photo. Il grimpe sur ma caméra, puis sur mon épaule, sur ma tuque... Il ira même à l'intérieur. Sa femelle arrive 15 minutes plus tard. Elle fait le tour aussi. Mais Loréline ne fait pas son affaire. Ils nous quittent. Mais le mâle reviendra plus tard seul. Je ne sais pas ce qu'il a, mais il est très téméraire, il s'approche de Spi, grimpe sur des cordages en mouvements... Reviens me voir, je le prends presque avec mes mains, il se rapproche...

L'éolienne se tait, il n'y a presque plus de vent. La nuit ne promet rien de bon. J'irai au lit avant le coucher de soleil. Je me relève vers 23h. J'affalerai Spi car je veux dormir et lui, il ne tient plus debout.

Vers 3h, je me réveille, l'éolienne m'a fait signe. Il y a du vent. Loréline pointe le nord. Je hisse la grand-voile comme il faut et j'abats. Ensuite, j'envoie Spi que j'avais simplement laisser reposer sur le pont. Nous voilà repartis. Je retourne au lit. Mais le détecteur de radar fera des siennes rapidement. Je fais mon tour dans le cockpit, il n'y a rien à l'horizon. Envoyes au lit de nouveau! Le cirque recommencera deux autres fois. Ces fois-ci je reste au lit plus longtemps, je laisse le temps aux possibles cargos de s'approcher un peu... Il n'y a toujours rien à l'horizon...

Ça me faisait ça aussi en m'approchant de San Francisco.

Cette intrigue me jettera hors du lit complètement. Je pourrai admirer un spectacle extraordinaire. La pleine lune se couche à l'ouest en même temps que les premiers rayons de soleil se pointent le nez à lest. Le ciel est complètement bleu, aucun nuage. Il y a même l'étoile du berger qui accompagne son astre de feu.



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Imprimé le : 24 novembre 2017