Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

28 avril 2014

La pétole

Je dors sur le plancher encore jeudi soir. Les rafales n'arrêtent pas de rentrer toute la journée de jeudi et continue durant la soirée. J'envoie et ramène de la toile en conséquence. Surtoutr après avoir reçu le dernier fichier météo. L'anticyclone annoncé semble prendre de l'ampleur. Je risque de manquer de vent quelques jours si je ne passe pas avant que la zone de haute pression prenne place.

La nuit tombée, le ciel devient étoilé... Une légère trace de phytoplancton apparait... La nuit semble vouloir être bonne. J'embarque dans mes sacs de couchage tranquillement. Maudite marde, pas moyen de trouver le sommeil, Loréline commence à lofer. Le génois a son mot à dire. Je me dis que ça va passer... Mais non, rien à faire le temps arrange pas les choses. Je me lève. Remets les choses en place, on file jusqu'à 5 noeuds sur le loch. Une fois revenu à l'intérieur, je m'habille afin de parer toute éventualité. Et je me couche sur le plancher. Il fait froid, je m'habille avec une couverture et je tente de dormir. Je dois faire sûrement un somme du moins. Je me relève pour un autre coup de vent. Mais cette fois-ci, je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression que je peux aller dans mon vrai lit. Et comme de fait, je dors bien.

Au matin de vendredi. Loréline fait trop de nord. J'essaie de rétablir la situation. Sans réel succès. Il y a des jours comme ça. Lorsque ça va bien, j'aime mieux ne pas trop donner des ordres à l'équipage. Je les laisse prendre leur initiative. Comme ça, tout le monde est heureux, et la capitaine aussi! J'ai tout de même fait culbuter mon café. Par chance, depuis quelques jours j'avais sorti son couvercle. Étant donné que j'arrive bientôt, j'ai assez d'eau pour le rincer. Je n'ai pas tout perdu mon café! Le vent frôle les 20 noeuds. La mer a eu le temps de se gonfler. 3-4 m parfois. Quelques cordages traînent dans l'eau, rien ne presse, ils sont bien attachés, je les laisse prendre leur bain quelque peu. Un gros nuage nous suit par l'arrière. Il est gros, il fait peur. J'attends avant d'envoyer plus de toile. Il prend son temps pour nous passer par le sud finalement. Il ne nous bouffe pas tout au complet. Il y a des teintes bleutées qui le suivent ... Je ne dois pas trop rêver tout de même...

J'étais certain qu'il m'en restait. Mais je réalise samedi matin que j'ai mangé mes dernières pommes de terres vendredi matin. Je tombe encore plus dans le cannage.
Après 40 jours en mer, 4240 miles nautiques parcourus. 105 miles par jour, tout de même pas si mal. La deuxième vitesse de mon winch tribord ne répond plus. Il reste toujours la première! Faut pas que j'oublie de l'opérer avant de repartir. Celle pour ma grand-voile située au mât a aussi des problèmes de lubrification.

Une quantité incroyable de bouées noires de pêcheur passent... une chaudière, un casque vert, des bouteilles de liqueur douce, une bouteille de verre, une grosse bouée orange, si j'avais eu de la place, je l'aurais ramassée...

Le vent diminue au cours de la journée. Spi me grafigne l'esprit. Trois heures avant le coucher du soleil, je l'envoie. Il est heureux là... Je suis loin d'être un pro du spi, il m'arrive toujours quelque chose. Cette fois-là, j'oublie de taquer le hale-bas, le tangon grimpe au plafond c'est pas trop long. En plus de la belle brassière que Spi me fait... J'enlève mes gougounes pour courir sur le pont. Ah oui, ça me rappelle, j'en ai vu une passer aussi... Je défais la brassière c'est pas trop long, ça fait longtemps, mais je me rappelle comment!

La nuit arrivera. Ce fut un spectacle de cirrus. Spi ne durera pas tellement plus longtemps. Le vent reviendra avec vigueur bientôt. Un gros nuage noir fait sur le long, on dirait un gros serpent. Il nous passe par le sud. Il se scinde en deux. Je garde encore spi à poste, je lui fais confiance. Il est chanceux.

Je n'ai pas le choix, je dois veiller. Des étoiles se faufilent à travers les nuages... Ma résolution de bien dormir prend le bord assez vite. La nuit est trop belle. La navigation de nuit est un charme. Je me fais venir le dernier fichier météo à jour. Ces moments de vie là devraient être illégaliser, tu y prends goût rapidement. Je fais des allers retour, intérieur-extérieur. Pendant que le fichier s'en vient, je m'assure que tout le monde fait son travail sur le pont. Je me fais chauffer à manger. Un autre gros nuage noir de la forme d'une main s'avance vers nous... Il fait noir, je peux à peine le distinguer. Il s'avance lentement, il semble se dissiper.... L'eau glisse sur la coque tranquillement.
J'affalerai Spi après que le vent ait tourné plus au sud. Nous étions bâbord amure. Notre cap devenait vraiment mauvais. Le génois sur enrouleur prend le relais vers minuit environ. Je vais pouvoir dormir un peu. J'ai essayé de faire un somme à l'extérieur, bien habillé. Ça a donné ce que ça a donné, mieux que rien. Une fois dans mon lit, les yeux ne se font pas prier. Malgré que le vent se lève. Je prends un ris et retourne me coucher. Je suis heureux d'avoir rentrer Spi avant. Il fait encore noir.
Samedi matin, je prendrai les deux autres ris. Le vent grimpe à 25 noeuds. La mer devient agitée légèrement. Des creux entre 2-3 m. Quelques rouleaux, sans plus. Le ciel est couvert au complet. Des nuages plus foncés passent et laissent quelques grains de pluie, rien pour s'affoler. Je reste à l'intérieur. Des rafales, je choque un peu la grand-voile. Je l'affale par moment.

Des alto-cumulus prennent la place dans le ciel. Le vent tourne au nord en même temps. Il diminue tout au long de la journée. J'envoie les ris progressivement. Le ciel est toujours gris, mais les nuages sont plus hauts qu'au matin. La mer se calme aussi. Superbe coucher de soleil derrière les nuages. Je dormirai bien cette fois-ci.

Dimanche matin, le vent fait pitié un peu. J'envoie Spi, pas le choix. Même avec lui, on fait 1.8 noeud sur l'eau... On se fait prendre par un anticyclone. Nous ne sommes pas tout à fait assez au nord. Mais déjà trop pour rallier notre objectif. Nous devrions faire cap au 950. On continue à faire du 750 afin de se créer du vent.

Pour régler la question, ce sera la pétole en mi-journée. Ça me laisse empanner le spi facilement. On repart tranquillement tribord amure, vent du sud. Un peu après la nuit tombée. Le vent vient tout juste de reprendre. On fait 2.0 noeuds sur l'eau. Vu le manque de vent, pas d'électricité, je n'ai pas pu me faire parvenir le fichier météo à jour. Celui que j'ai prévoit plus de 15 noeuds pour la nuit. Je veux dormir. J'affale le spi et envoies le génois. Sage décision. En même temps, la météo s'en vient. Bon, les prédictions ont changé. Je devrais avoir au plus 10 noeuds... bientôt le vent sera d'ouest en plus...
J'espère au moins que je pourrai dormir un peu...



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Imprimé le : 18 août 2017