Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

25 avril 2014

Du plastique partout

Du plastique partout

Le vent provenait du nord-ouest durant la soirée de lundi. Le vent a tourné complètement à l'ouest durant la nuit. Je le voyais faire, bâbord amures, nous faisions de plus en plus de nord, mais je laissais faire, les voiles se tiennent mieux comme ça que vent arrière et ça me permet de dormir. Nous faisions un peu trop de nord lorsque je me suis levé au matin. Je remets les choses à leur place, on empanne. Et je dois définitivement affaler la grand-voile, nous avons trop le vent par l'arrière. Je décide d'essayer le foc tempête sur l'étai largable en plus de mon génois sur enrouleur. Notre vitesse était parfois de 2.8 noeuds. La différence, je ne suis pas sûr de l'avoir vu, au moins j'avais le sentiment d'avoir fait mon possible. Le vent augmente durant la journée, on atteint 4.5 noeuds sur le loch, par 20 noeuds de vent. La mer se creusera, parfois 4m viendront nous pousser les fesses. On ne lofe presque pas. Une superbe navigation.

Le ciel partiellement dégagé, des cumulus et des cirro-cumulus viennent agrémenter notre décor. Quelques vagues viennent mouiller les bancs du cockpit. On fait somme toute 5 miles sur le fond.

La nuit viendra et le vent nous largue en même temps. De retour à 3 noeuds sur le loch, au moins je pourrai bien dormir. Faut voir le positif. Les miles, je m'en balance de plus en plus. Tant que j'avance, que je dors et que je mange. La vie est belle. J'adore être en mer. J'ai plutôt peur de mon arrivée à terre. Que nous réserve l'humain... les cailloux...

J'ai vu la tourelle de pilotage d'un cargo à travers les vagues, sans voir le pont, il passait au sud direction l'Asie. Des bouts de plastique aussi... Mais eux, ils devaient suivre le courant, un peu moins vite que moi.

Encore un beau coucher de soleil. Merci pour ces beautés du ciel!

Je me couche, il fait noir... aucune étoile, c'est couvert... aucune luminescence... Pourtant hier durant la nuit de dimanche, nous faisions une belle trainée dans l'eau... et notre remous sur le côté ... on tapait du phytoplancton... de toute beauté!
Mardi, je me suis bien reposé aujourd'hui. Je suis presque tombé malade en fin de semaine, la fatigue. Je sentais mes oreilles endolories. C'est comme ça chez moi. Je manquais de sommeil. Et ça me tombe dans les oreilles en premier. Je me mets de la ouate dans les oreilles, je bouffe quelques pastilles pour la gorge, ce sont des organes reliés de près. Je bois beaucoup de chaud. Du thé, des soupes... Même parfois je me gargarise le fond de la gorge avec du rince-bouche. Et lorsque rien ne fait et que le mal d'oreilles s'aggrave, je règle leur cas avec du peroxyde. Et le plus important, j'ai fait plusieurs sommes aujourd'hui, sans vraiment dormir. Mais au moins, je me repose le corps. Et je n'ai presque plus mal aux oreilles ce soir. Par chance, je n'ai pas le temps de tomber malade tout seul, ici.

Je jette un dernier coup d'oeil à l'horizon en allant dans le cockpit. Même se je ne vois rien, je respire un grand coup et je remercie l'atmosphère d'être bonne pour moi. Loréline gîte, contre gîte, la vitesse a augmenté 3.5 je vois passer... Quelle sensation indescriptible! On roule comme sur un tapis roulant mouvant, j'adore...
Mercredi matin, la vitesse n'est pas bonne, encore 3 noeuds. Le vent semble moins fort que selon la météo. Mais st-crème, on reçoit de ces vagues par le côté. Ça cogne dur. On se fait éclabousser. Elles doivent venir de loin. Toujours le foc tempête et le génois sont à poste. Grand-voile se repose.

Ciel ramagé gris, blanc, quelques coins de ciel bleu. En me levant, il y avait des cirro-cumulus qui accompagnaient le soleil à l'est. La mer semble au ralenti. Les vagues passent tranquillement. Quel bonheur d'être en mer avec cette paix tout autour.
Cet oiseau brun qui semble me suivre depuis un certain temps, il est toujours là. Je vois un couple de ces oiseaux aujourd'hui. Encore des déchets de plastique...

Le vent provient toujours de l'ouest-sud-ouest. Je me couche encore quelques fois durant la journée. En après-midi, je ne dors pas, je me repose le corps. Je regarde par le hublot à mes pieds. Il y a quelques gouttes d'eau de mer bien sûr. Et je vois quelques gouttes de pluie arriver tranquillement. Une fine pluie... Le nuage attendu... Le vent va tourner. Je me lève donc tranquillement. Et pour la première fois depuis une semaine j'enfile salopette. Toujours en gougoune, je me prépare à empanner, lorsque le vent vire d'un coup après que la fine pluie ait cessé. Nous faisons cap au sud. Je sors empanner tranquillement, il n'y a pas d'urgence, j'étais prêt.

Le vent n'a pas fait que virer, il a aussi diminué du même coup. Je regarde les choses se placer. Je regarde le cap final sur le GPS. Comme j'ai déjà dit, je me fis sur le résultat de la latitude. Actuellement, j'ai fait du sud, je dois refaire du nord. Si la latitude ne fait pas la tendance, je m'organise pour le faire. Excellent, j'envoie la grand-voile avec 3 ris. Je suis devenu un peu précautionneux. Je regarde les choses se placer. Je vois du 3.2 noeuds... ainsi de suite. J'envoie les ris progressivement, mais je me garde de plus en plus une petite gêne. J'en garde un, bien à poste. Lui, son travail, c'est d'absorbé la prochaine rafale. Le ciel est rempli de nuage, il risque fort d'avoir une rafale un de ces quatre. Le loch grimpe à 4.0, là je suis satisfait étant donné les circonstances. J'irais au lit du même coup. La nuit est tombée entre temps.

Durant la nuit, je me lève. Le ciel est très foncé, aucune étoile, pas de lune. Il fait noir sans bon sens. Nous faisons 4.5 environ sur le loch, mais le cap est mauvais, un peu trop de nord. Je prends un autre ris. Et voilà, le barreur peut mieux faire son travail. Depuis le temps qu'il tire sur la barre... il commence à être musclé! Il ne faudrait pas qu'il déchire ses vêtements...

Le soleil se lève à minuit heure du Japon. Je l'accompagne. Je largue un ris en même temps. 4.0 sur le loch. Le temps est gris. Il ne semble pas y avoir de gros nuage à l'horizon. Mais l'horizon change en 15 minutes. Je me fais un café, et celui-là, je ne le renverse pas! Je commence à être bon!

Quelques bouts de plastique encore ce matin, une bouteille en vitre à la mer... Il me semble que la concentration de déchets augmente de plus en plus... bizarre...
Quelques petites rafales toutes petites, je prends tout de même jusqu'à trois ris... Et finalement, j'affalerai momentanément la grand-voile au complet. Ces nuages passagers sont surprenants.

En après-midi, des bouées de pêcheurs qui traînent, des bouts de corde, une chaudière... des filtres de toutes sortes, du plastique sous toutes ses formes...
Il nous reste environ 600 miles nautiques à faire. Mais il semble se préparer un anticyclone qui viendra sur notre route d'ici quelques jours... La vitesse risque de ralentir un peu.



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Imprimé le : 20 août 2017