Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

18 avril 2014

La route sinueuse

La route sinueuse

Jusqu'à maintenant je suis chanceux. Je n'ai pas beaucoup manquer de vent depuis mon départ. Il est vrai que je fais attention. Je me tiens entre la limite d'avoir du vent et la limite d'avoir trop de vent pour rien. En haut de 25 noeuds, la mer risque d'être trop formée et il est difficile de faire une route convenable. Par plaisir, je me suis fait parvenir un fichier météo de l'océan au complet hier. J'ai pu mieux savoir ce qui se passait autour de nous. Les dépressions hivernales restent actives et pas à peu près. Ce sont elles qui poussent les anticyclones vers le sud et c'est pour cette raison que je réussis à ne pas manquer trop de vent à la latitude où je suis actuellement. Mais très bientôt, je ferai du nord. D'ici quelques jours je crois.

Il y avait un marais météorologique qui s'en venait sur moi. Une zone située entre des hautes et des basses pressions où il n'y a pratiquement pas de vent. Mais elle se fait balayer tranquillement par la dépression qui arrive elle aussi. Afin de l'éviter, je devais faire du sud un peu. Mais j'avais tellement une bonne vitesse, que je n'osais pas toucher à quoi que ce soit sur le gréement. Malgré tout, les choses se sont faites d'elles-mêmes.

Le vent a augmenté légèrement durant la nuit de mercredi. Pas assez pour que je me risque sur le pont. Loréline prenait bien cette hausse. Mais nous lofions un peu. Moi, je dormais. L'équipage s'en vient bon.

C'est drôle de réaliser que la lune tourne autour de la terre moins vite que le soleil. Il y a quelques jours à peine, je voyais la lune en fin d'après-midi faire son apparition à l'est dans le ciel et bien sûr, elle nous passait au-dessus durant la soirée pour éventuellement se coucher à l'ouest durant la nuit. Mais ce mercredi soir, je trouvais curieux que le soleil se couche et que la noirceur, d'un ton très sombre, tombe en même temps. La lune n'y était pas encore. La nuit nous recouvrait d'un coup. La lune est venue courir à nos côtés quelques heures plus tard. Je l'ai vu apparaitre par le hublot tribord pendant que j'étais couché à réfléchir. Coucou! me voilà disait-elle!
Jeudi matin, c'est toujours aussi nuageux. Les vêtements toujours aussi humides. Ah! il y a des coins de bancs secs dehors! Nous avons fait près de 20 minutes vers le sud durant la nuit sans que personne ne me le dise. Je trouve très bien cette initiative. Mais je prends un ris quand même, je trouve la gîte trop prononcée pour rien. Et de plus en plus, je préfère ne pas envoyer trop de toile. Nous allons moins vite, mais au bout c'est plus payant. Sans compter que je passe à travers mes voiles sans bon sens. Je les étarque moins aussi.

Nous avons fait du sud, mais le marais semble perdre de l'ampleur par la force de la dépression au nord. Nous devrions être bons pour nous en tirer avec un minimum de 10 noeuds de vent.

Le vent tourne un peu avant ce que je croyais. Une pluie fine accompagne la tendance. Le vent diminue d'un coup. La mer se tait... J'avais mis seulement mes salopettes pour prendre le dernier ris ce matin, toujours en gougounes. Maintenant, je vais larguer un peu de toile. Je reste avec un ris. De toute façon, la différence ne serait pas significative. Et je peux bien prendre une journée tranquille, je ne travaille pas pour le diable! Notre progression vers le sud continue légèrement, je garde le même allure et le vent tourne vers le sud-ouest. On maintient une vitesse de 4.0 noeuds. C'est vraiment mieux que rien. Ce sera comme ça toute la journée. La nuit tombe. Il y a comme une bruine constante. Le taux d'humidité est au plafond . Les sacs de couchage commencent à suivre la tendance. Parfois il y a une houle de 3m surgissant de nulle part qui lève le derrière de Loréline. Je n'ai pas encore assez d'humidité ambiante, je me fais bouillir de l'eau pour mes pâtes ce soir. C'est presque pathétique mon affaire. Je me demande le taux de sel que l'air ambiant peut bien contenir. Faut-il vraiment que je rajoute du sel dans mon eau? Je rêve d'un déshumidificateur, il aurait du travail par ici, je me demande s'il fournirait. Ça devient presque des questions existentielles dans mon cas. J'imagine mal si en plus il y avait un trou dans coque. Je me demande si le taux d'humidité peut devenir plus éléver que 100%?

Je vais au lit jeudi soir, il fait noir. Je ne vois pas la mer, ni le ciel, pas d'étoile, ni de lune. Seul... même pas de vague blanche. Il vente à peine pour nous donner 3 noeuds de vitesse... Je vais bien dormir. Malgré l'atmosphère terrifiante. Je n'entends que la mer qui coule sur la coque. J'aimerais pouvoir vous envoyer une image, un son... J'avance dans les ténèbres les plus obscures... Voilà l'image, je me suis levé pour essayer une prise de son de ce ruissellement. Je dois dormir.

Vendredi matin, le plancher intérieur commence à sécher. Les bancs du cockpit commencent à être secs. Les nuages ont pris de l'altitude. Il y a des cirro-cumulus dans le ciel. Il est très beau d'ailleurs, je le vois enfin. Le soleil parait peu, mais on voit un halo à travers les nuages. C'est curieux. C'est comme un arc-en-ciel tout autour du soleil, à travers les nuages. Je sors pour m'asseoir afin de prendre mon café tranquillement. Je n'ai même pas peur que la mer vienne sur moi. Je sens une légère chaleur du soleil. On dirait le printemps. Il fait 170C à l'ombre. Le vent provient toujours du sud-ouest. J'ai fait pas mal de sud, encore 27 minutes vers le sud. Il faut que j'abatte un peu. Afin d'arrêter cette tendance. Cette allure est plus difficile pour l'équipage. Au grand largue, les voiles se tiennent moins bien. Le génois claque un peu. J'ai un truc pour le taire un peu.

En fin d'après-midi, une vague vient mouiller les bancs du cockpit. C'est bête à dire, mais voilà le signe que la mer se regonfle tranquillement. Elle s'est creusée de 2 m. Le vent augmentera cette jusqu'à 23 noeuds environ. Ensuite, cap plus au nord. Nous devrions être tranquilles de ces dépressions pour la prochaine semaine.
Dans le ciel, des cirrus viennent accompagner le coucher de soleil. Je vois aussi des nuages de basse altitude se déplacer très rapidement. Le vent s'en vient. Je rentre de la toile un peu tout de suite. C'était juste une petite rafale. Il y en aura d'autres.



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 17 octobre 2017