Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

16 avril 2014

Faut regarder en avant

Faut regarder en avant

Ce n'est pas tout d'être en extase devant la nature, les oiseaux, la mer, les étoiles, la lune, le soleil. J'ai décidé de commencer à regarder un peu par en avant. Des fois qu'il y aurait des cailloux. Et bien oui, devant nous l'Amérique! C't'un gros caillou pas mal. C'est rassurant, d'un coup que mon dernier GPS ferait défaut, je suis sûr d'arriver quelque part un moment donné.

On avance bien. Nous avons fait environ 3384 miles nautiques en 32 jours. Tout de même une bonne moyenne, mieux que celle pour se rendre au Japon. Il fallait que je change carte de navigation. Une autre carte de passé au travers! Alors là, j'aperçois la côte américaine au loin. À travers les trous qui se forment dans mon génois. Lui, il commence à avoir hâte de donner la main à son successeur. Jecrois que je vais être obligé de le changer pour mon vieux afin de finir la route pour chez nous. Dire que les jeunes se fatiguent plus vite que ceux qui ont l'expérience!

Je commence à étudier un peu mieux où je m'en vais. Je crois que je vais avoir besoin d'un pilote automatique pour le pot-au-noir qui semble être immense à l'endroit où je m'apprête à le passer et aussi pour le canal de Panama. Il risque d'y avoir des cargos comme je n'en ai jamais vu auparavant et si je veux revenir vivant, je devrai motoriser et ne pas trainer dans le coin. Donc le plan de match évolue avec le temps. Il ne semble pas y avoir ce dont j'ai besoin au Mexique. Alors, je pense rentrer aux États-Unis, à San Francisco. C'est parfait pour moi. On se trouve presque à la même latitude que cette ville actuellement. S'agit de faire un peu de nord.

Alors, je déballe mes cartes et je fais des découvertes. Tant mieux. Des cartes que je ne me souvenais plus que j'avais. Il risque de m'en manquer tout de même quelques-unes. Si je trouvais une boutique, ce serait vraiment bien.

Il nous reste environ 1600 miles à faire pour San Francisco. 3200 ensuite pour Panama et 2300 pour Halifax. Le plan de match, c'est de faire une étape à la fois.

La navigation ces jours-ci est stable. Les conditions météo ne varient pas beaucoup.
Durant la nuit de dimanche, j'ai pris deux ris dans la grand-voile. Quelques tours dans le génois. Il devait venter jusqu'à 25 noeuds. Mais il n'y a pas vraiment de rafale. Je dors vraiment bien, profondément. Je me lève tout de même quelques fois. Je fais le point. Je me recouche sans avoir à toucher au gréement. Tout le monde sait ce qu'il a à faire.

On mange des miles ces jours-ci, 126 pour samedi et 131 pour dimanche, 138 pour lundi, c'est vraiment inespéré. Ça fait du bien pour le moral. Il reste de moins en moins de miles à faire et on avance bien.

Malgré que la mer est devenue douce. Il y a toujours des vagues qui viennent balayer le pont, c'est inévitable. Quelques une sont tout de même solides. Des coups de masse par-ci, par-là. Je commence à savoir détecter lorsque la mer devient moins forte un peu, les bancs du cockpit commencent à avoir des coins secs par endroits. Rien à voir avec ce qu'on vivait en partance du Japon. Les dépressions ne viennent pratiquement pas aussi loin dans la mer ou bien lorsqu'elles nous parviennent, elles se sont un peu essoufflées rendues ici. Nous entrons dans une zone où il y a prédominance d'anticyclone. Je devrais faire du nord un peu afin d'éviter leur centre.

Mardi matin, il y a tellement d'humidité. Le ciel est couvert au complet. Les vêtements sont très humides. Leur taux d'humidité est le même que celui ambiant, près de 100%. Le plancher à l'intérieur est détrempé. Tous mes vêtements que je n'utilise pas sont soit dans des sacs au sec ou bien dans des ziplocs, je leur économise l'humidité ambiante. L'eau coule sur les parois par endroits. Alors, imaginez les vêtements inutilisés après quelques semaines la moisissure s'y forme. Mais pour les vêtements que j'utilise chaque jour, je n'ai pas trouvé de truc encore. Je devrais probablement les entreposer pour la nuit dans un sac au sec. Je n'en ai plus de disponible pour le moment.

Alors, je me lève le matin. Mes vêtements sont imbibés d'humidité. La meilleure méthode pour les sécher c'est de les enfiler. Je les enfile donc! C'est froid sur le coup, mais après 15 minutes la chaleur du corps gagne sur l'humidité. C'est pour cette raison que parfois la nuit, je vais manoeuvrer en petite tenue.

Les journées se réchauffent tranquillement, le mercure atteint 170C le jour.
Il y a un article paru dans une revue nautique, L'Escale Nautique. Elle est disponible dans les boutiques ou directement sur internet. J'ai eu la chance de parler avec le rédacteur au Japon par skype. Je crois que l'article est vraiment très bien écrit. Et ça me permet un peu de voir que lorsque je prends le temps de m'exprimer, les gens vont finir pas comprendre un peu le but de mes démarches. En même temps, la revue vous permet de prendre contact avec le monde de la navigation au Québec. C'est tout un monde. Et pour vraiment l'apprécier, il est préférable de commencer par le commencement. Quel est le commencement... bonne question! Pour ma part, j'ai commencé en lisant. En arrivant dans l'eau, il ne me restait plus qu'à appliquer la théorie apprise. Il va sans dire que c'est un monde sans fin d'apprentissage.



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 24 novembre 2017