Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

14 avril 2014

Trouver l'équilibre

Trouver l'équilibre

Jeudi soir, je me suis couché sous la lumière de la lune. Et ça, ce sont des images vraiment très belles. Car on voit la mer. On voit la ligne qui sépare l'horizon du ciel, de la mer au loin. La mer est foncée, le ciel est plus clair. Il y a comme une lumière allumée au plafond. La lune commence à être plus grosse que la moitié. Les étoiles étaient aussi au rendez-vous. Je ne suis pas sorti beaucoup durant la nuit. J'ai vraiment bien dormi. Avant de me coucher, je jette un oeil par le hublot qui donne dans mon petit coqueron où je dors. Ça me donne envie de veiller un peu, mais je dois dormir. La mer est confuse, j'ai des problèmes pour m'endormir. Je me fais brasser de temps en temps à gauche et à droite. Il faut que je m'étende dans une position pour ne pas bouger, une jambe d'un bord et les fesses de l'autre. Comme ça, mon corps est stable malgré le roulis et je m'endors finalement. Pas pour bien longtemps, mais c'est mieux que rien.
Durant la nuit, le vent se calme. Je ne le sens pas, je dors. Je me réveille, notre vitesse est un peu médiocre, 2.5 noeuds. Mais, j'ai bien dormi! Il fait clair vers 1h15 heure du Japon! On approche de chez nous! Il y a de gros nuages gris avec des averses en dessous, on les voit de loin. Un arc-en-ciel à travers tout ça! J'ai envie de donner de la toile. Mais ces nuages me laissent perplexe... J'attends un peu. Une fois les nuages passés, j'envoie la grand-voile avec 3 ris, bientôt je largue un autre ris. Les 4.5 noeuds au loch me satisfont. Le vent diminuera encore aujourd'hui et demain. Un anticyclone nous passera encore une fois au sud. Notre position n'est pas si mal pour l'éviter. Encore un albatros ce matin, il nous frôle...

La connexion électrique de mon GPS commence à rendre l'âme, mon petit Garmin. Ce n'est pas une connexion à toute épreuve, elle pourrait être améliorée. Je lui organiserai peut-être le portrait un de ces quatre. Peut-être que je surutilise mon matériel aussi, c'est possible. Et j'aime ça!

Je suis un peu mêlé dans les jours depuis que j'ai passé la ligne de changement de date. Je ne sais plus très bien quel jour je suis. Un détail dans ma vie actuelle. Ça me fait rire quand même. Sauf pour envoyer mes carnets de bord. J'essaie d'être régulier, mais j'en manque des bouts parfois... La mer ne nous permet pas d'être régulier en solitaire.

Le vent diminuait au fur et à mesure que la journée de vendredi avançait dans le temps. J'avais Spi derrière la tête. En plus que je l'entendais crier. Mais la mer persistait, il y avait du vent. Avec une houle très irrégulière, il est un peu mal aisé de jouer avec un tangon sur le pont avant. Je laisse la journée passée. Le ciel bleu, quelques nuages, des cumulus passent. Certains tendent à bourgeonner. Mais ils ne sont pas malins. Pas de coup de vent. Mais la mer toujours chaotique m'empêche d'élever mon besoin de Spi assez haut pour l'envoyer. Nous frôlons 3.0 noeuds sur le loch, mais on avance. La lune est toujours au rendez-vous bien avant le superbe coucher du soleil, elle grossit. La nuit tombe en douceur. Le soleil nous envoie ses derniers rayons à travers les nuages. Les étoiles prennent la place. Je vais au lit par la suite.

Mais je ne dormirai pas de la nuit. Le vent tombe encore davantage. Nous ferons des ronds dans l'eau. Une bouffée de vent de l'ouest, une autre de l'est... C'est la valse des vents. Je diminue la voilure pour empêcher de tout briser. J'essaierai de dormir tout habiller à l'intérieur. J'ai froid aux pieds. Loréline n'a pas fini de faire n'importe quoi. Une vague résiduelle ne l'aide pas à se tenir tranquille. Je perds patience. Je dois veiller, je tiens la barre de temps en temps. Je me fais du gruau, mange un peu de céréales. Je suis fatigué.

Le vent reprend ses activités quelques heures avant de voir les premiers rayons de soleil à l'horizon. La nuit n'aura pas été très sombre. Sans trop de nuages, et toujours des étoiles. On recommence à faire de la vitesse, j'attache ma tuque. 0.5 noeud sur le loch. Je tiens la barre, j'essaie d'installer le régulateur. Malheureusement à quelques reprises, il perd le cap, car le vent nous abandonne. Cap au nord... Je dois sortir afin de rassurer l'équipage. Je remets les affaires en marche. Attention, on fait 1.0 noeud maintenant, il ne fait pas chaud sur le pont, à peu près 11.50C... Tout le monde est bien habillé. Le soleil se lève au loin. Il est très loin! Mais je sens sa chaleur. Je vois bien la mer maintenant. Il reste des vagues. De très longues houles. Une fois au-dessus de l'une d'entre elles, la sensation est incroyable. On a l'impression, en regardant l'horizon, au loin, que la mer est plane. C'est très beau à voir. Tout autour de nous. La terre, la mer donne l'impression d'être aplanie, comme si on avait raboté le cahot produit par les vagues d'hier. Je crois que je délire un peu là.

Il ne peut pas y avoir d'équilibre sans avoir des hauts et des bas. La vie veut que nous trouvions l'équilibre à travers ce mouvement inéluctable. Mais ce n'est pas tout de dire de belles paroles, il faut aussi donner une petite poussée dans le bon sens!

Et là, samedi, le vent reprend bien progressivement. Et le sentiment est très spécial toutes les fois. Il y a toujours de la vague bien sûr. Alors, Loréline se fait tout de même aller d'un certain roulis, mais pas trop, juste un peu. En même temps, elle avance bien, elle trace son chemin à travers les vagues. Et ça, c'est une sensation tout à fait incroyable. On a l'impression que toutes les forces s'équilibrent pour donner l'impulsion vers en avant. Tiens donc, c'est l'effet souhaiter qui se produit. La vie est belle et tout le monde est heureux à bord! Je suis un peu philosophe sur les bords, je fais des parallèles dans ma tête, j'espère que vous les faites vous aussi... merci !! j'arrive, je m'en viens tranquillement, mais sûrement.

La nuit de samedi est douce. Loréline file bien. La lune toujours au rendez-vous grossit à vue d'oeil à chaque jour qui passe. La mer est belle. Je me couche, mais j'ai de la difficulté à m'endormir. Malgré la fatigue accumulée de la nuit d'hier, l'envie de vivre cette superbe navigation de nuit semble vouloir l'emporter. Je ferme l'oeil finalement. Je dors profondément. Il n'y aura pas de coup de vent. Quelques heures plus tard, je me réveille et je fais le point. Rien n'a changé, on fait 6 miles par heure. Merveilleux, je retrouve mon lit.

Au matin de dimanche, j'entends des bruits dans mes songes. Le génois qui faseye légèrement de temps en temps. L'équilibre est rompu momentanément. Je sais bien, je n'ai pas besoin d'ouvrir les yeux. Loréline part au lofe, le vent a augmenté de quelques noeuds. Ce n'est pas critique, je peux continuer à dormir un peu. Une demie-heure, une heure plus tard. Rien ne presse, mais le soleil veut que je me lève il y a longtemps. D'accord, j'ouvre les yeux. Je saute dans mes gougounes, le plancher est froid, il fait tout de même 140C. J'enfile mon 2e gilet, ma tuque et je vais voir dehors. C'est gris, humide. Je pourrais prendre un ris, il semble y avoir trop de toile. Loréline lofe toujours. Je choque simplement quelques pouces de l'écoute de génois. Loréline abat tout de suite, un peu trop. Elle se replace et prend une route d'environ 50 plus au nord. Vous aurez compris que le vent vient du sud, nous sommes tribord amure et exactement de travers. Nous filons 4.7 noeuds sur l'eau. Le barreur est fou comme un balai! L'équilibre est de retour.

La journée de dimanche s'annonce de la même manière que celle d'hier. Des vents variant entre 15 et 20 noeuds. Une mer de 1 à 2 mètres. On mange des miles.



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Imprimé le : 18 août 2017