Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

11 avril 2014

Comme de fait, la météo avait tout a fait raison.

Comme de fait, la météo avait tout a fait raison.

Le vent est tombé complètement à rien juste avant le lever du soleil mercredi. Je me suis réveillé en même temps bien sûr. La vague continue de nous basculer, elle ne nous berce d'une façon assez irrégulière. Elle vient d'un peu partout, alors elle n'a pas de rythme. Loréline essaie de se mettre de travers à la vague. Le confort n'est plus de notre monde. Les voiles claquent violemment. J'affale légèrement la grand-voile afin de la faire taire et de l'économiser aussi. Cet intermède me donne le temps de récupérer de l'eau de fond de cale. Dans le compartiment moteur, je crois que l'eau rentre par l'arbre de transmission de l'hélice. Il y a un peu de matière sale au fond. Je ne sais pas quel produit. Et un peu parait beaucoup. Alors, je récupère dans un bidon de diesel écrit diesel sale. Je laisse le liquide à la prochaine marina. Elles ont toutes des bacs de récupération. Je fais mon possible.

Le vent reprend ses fonctions juste après que j'aie terminé mes opérations. Affale le yankee et déroule le génois, hisse la grand-voile au complet, on avance, 1.5 noeud!! On entend l'éolienne dire son mot!

Christian Dufour est un ami rencontré comme ça par hasard dans la rue. Il a travaillé longtemps au ministère des transports Québec. Aujourd'hui, je crois qu'il se réoriente. La soirée que l'on s'est rencontré, on a discuté tout en refaisant le monde un peu ensemble. Et depuis nous allons prendre des cafés de temps en temps. Et il a écrit un livre. Ce gars-là, c'est tout un écrivain! Moi, je ne fais que raconter ce que je vis, je n'ai pas trop le temps et la tête en navigation pour bien écrire. Mais lui c'est un poète en plus d'être pince-sans-rire. Tout un cerveau en tout cas. Il a vécu 10 jours sur un voilier dans des conditions très particulières. Je vous suggère fortement son livre, Cap sur L'atlantique. Je me suis procuré un 2e exemplaire pour l'offrir à un ami chez Renaud et Bray à Québec. Il doit être disponible probablement ailleurs aussi. C'est un petit bouquin, très bien écrit et facile à lire. Qui peut aussi vous faire réfléchir et faire un parallèle sur notre monde. En tout cas, il m'a fait un bel effet. Vous n'en ferez qu'une bouchée! Christian, je ne sais pas si j'ai bien dit, tu peux rajouter ta touche. Merci d'être là...

Bref, le vent ne nous a fait qu'un tout petit cadeau. Une heure au plus de son souffle. Et ensuite, claque, claque... Les voiles en coeur tout bonnement. Nous avons eu une autre toute petite puff en après-midi, avec le passage d'un nuage gris. Quelques grains de pluie... Le silence par la suite. La nuit est tombée. Le tôt d'humidité était au plafond. Les nuages nous ont tombés dessus. J'ai pris le temps de rincer quelques pièces de linge. Je me suis ramassé en petite tenue, un manteau sur le dos. J'étais détrempé à la lavette. J'ai réussi à bien mouillé l'intérieur de Loréline. Pas de chauffage, je fais dur un peu. J'ai coupé l'humidité avec des chandelles. Je ne sais pas si c'était seulement psychologique. Mais avec deux chandelles allumées, je sentais une différence d'humidité à l'intérieur... Hi! Hi! Du moins, je me séchais les mains en revenant de l'extérieur. J'allais tordre de temps à autre mes vêtements étendus en dessous de la bôme, à plat sur la cabine. J'ai toujours bien réussi à rincer mes vêtements principaux.
Le vent a repris ses fonctions vers minuit. Enfin! J'ai trouvé la journée longue un peu. Je vous jure que je me suis juré certaines affaires...

La météo était bonne, mais pas tout à fait. Elle indiquait seulement une baisse du vent pour quelques heures. Et la bouffée de vent d'une heure en avant-midi, elle venait du sud-est. Il n'y avait aucune prédiction de ce vent. Le vent devait reprendre au sud-ouest. Ce n'est pas pour me plaindre, juste pour dire qu'il y a une différence parfois entre la théorie et ce qu'il y a sur le terrain... Le vent a repris durant la nuit en provenance du nord-ouest, normalement il devait venir du sud-ouest et tourner par la suite. Je deviens de plus en plus maniaque de mes prévisions météorologiques. Cette attitude m'a aidé d'ailleurs samedi dernier à passer au nord du centre de l'anticyclone et faire 80 miles, lorsque j'aurais dû manquer de vent et faire peut-être la moitié de distance.

Durant la nuit, je me suis réveillé bien sûr, le vent du nord-ouest tournait à l'ouest. Je n'aime pas beaucoup les voiles en ciseau la nuit. Mais le vent était tellement faible, je n'avais pas le choix. Le tangon?! Je ne joue pas avec lui la nuit, désolé. J'envoie un peu moins de génois. On fait la vitesse qu'on fait, mais on avance. Environ 3 noeuds.
Au matin de jeudi, la mer a gonflé. On roule en s'il vous plait, un peu trop d'ailleurs. C'est un peu difficile affaler cette grand-voile lorsqu'on avance à 5.5 noeuds, le vent provient d'en arrière. Je fais de mon mieux. Il ne me reste presque pas de toile. Seulement le génois enroulé à moitié. Je vois des rouleaux de mer passés... Je reste la bouche ouverte en admiration, ils sont vraiment gros. La mer doit creuser de 4m environ par endroits. La mer est forte.

Merci Jean-Denis, ma copine m'a partagé ton message. Parfois, je doute que les gens comprennent vraiment ce que je fais dans la vie. De mon côté, ça fait plus de 20 ans que je réfléchis sur les mêmes sujets assez intensément d'ailleurs. Je partais planter des arbres à travers le monde, mais surtout rencontrer l'humain. Tout comme j'ai rencontré mes amis au Québec, les uns sur un chantier de construction, d'autres simplement dans la rue, d'autres dans un cours de sociologie, d'autres à la marina, un autre faisait du roller blade (lui c'est Francis, Alex!!), d'autres au travail... L'humain, il vaut la peine qu'on s'y arrête. Et celui ou celle qui fait son chemin sans prendre le temps de prendre soin des gens autour de lui, et bien il est malheureux et en plus il fait du mal en s'en allant. Et moi, je l'ai vécu. Et j'avais besoin de recul, me recueillir et voir l'humain, toucher l'humain, prendre soin de l'humain. Parce que ce qui se passe sur la planète actuellement, ce n'est pas beau pantoute à plusieurs endroits. Et nous, on ferme les yeux. On joue à l'autruche. Je les ai prises en photo d'ailleurs en Afrique du Sud. Mais l'humain, il a besoin qu'on lui donne confiance en lui, il en a assez de recevoir des coups. On perd tellement du temps à se battre les uns comme les autres, on en oublie de construire notre avenir. En ne pensant qu'au moment présent, on abuse et on détruit plus que l'on ne construit, on perd du temps. Pourtant, tout le monde court partout... Pendant que certaines grosses têtes pensent encore que nous irons aller habiter ailleurs, sur une autre planète... Ben voyons dont, commence à être temps que l'on se sorte la tête du sable. J'arrête ici, parce que je vais m'emporter et en ce moment, j'essaie de trouver la paix. Et si je la trouve, j'essaie de nous la rapporter. Je suis sur le chemin.

Je sais que mes amis rencontrés, ici et là, on a tellement discuté, je crois qu'ils me comprennent. Et ça, ça vaut de l'or. Merci Jean-Denis... Je nomme Jean-Denis parce que le commentaire vient de lui, mais il y en aurait plusieurs... merci à tous... Et moi, je ne peux pas faire autrement que de continuer mon chemin toujours de la même façon, je vais m'arrêter pour l'humain...

La journée de jeudi, pleine de soleil, parsemée de cumulus. Superbe journée! Le vent souffle de l'ouest entre 20 et 25 noeuds. Il vient de loin. Les vagues ont tôt fait de devenir des murs. Loréline se sent légère à travers ces monstres. Les éléments nous poussent vers chez nous.

Quelle est la finalité de l'homme?! Et ça, c'est un ami d'origine sénégalaise qui m'a fait réalisé ça un jour... Merci Moussa... Mais je ne vous dit pas toutes mes réflexions, j'en garde pour plus tard... De toute façon, ce n'est pas un secret pour personne. Sagit d'y penser un peu. Mais dans notre monde actuel, nous en avons fait le nous-même... Et ça, c'est le désastre humanitaire.

En fin de journée jeudi, la mer devient croisée. On se fait brasser les fesses. Loréline dérape d'un bord et de l'autre. Mais maudite marde, elle tient bon! Le soleil se couchera derrière les nuages. Bonne nuit! On se voit demain.

L'oiseau qui vole à travers les vagues en surgissant de nulle part... ne s'accumule pas 100 poissons... Il n'en a pas besoin. Il sait que la mer est là pour le nourrire lorsqu'il en aura besoin...



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Imprimé le : 17 octobre 2017