Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

7 avril 2014

La fin de semaine des deux samedis

La fin de semaine des deux samedis

Celle-là, on l'aime!

Durant la nuit de vendredi, notre ascension vers le nord est amorcée. Le vent qui devrait diminuer a plutôt tendance à augmenter. Les rafales rentrent sans même demander la permission. Le sommeil est difficile à trouver et ne peut pas être profond. Le même manège que régulièrement, sauf que les rafales sont d'un air un peu plus vicieux. Loréline part au lofe solidement. Nous avons toujours trois ris dans la grand-voile. Je sors habillé très légèrement, toujours nu pied, enroule un peu de génois. J'ai beau dire qu'un enrouleur ne vaut rien s'il est utilisé trop longtemps au risque de le briser. Mais il est donc bien pratique. La réparation que je lui ai faite, je lui fais confiance. Je n'ai rien fait d'autre que ce que la compagnie prétend devoir faire pour assembler les différentes parties de l'enrouleur. Mettre une jonction. On va en avoir passer des heures dans l'atelier chez Philippe. Mais les compagnies rendent les pièces obsolètes. On n'avait pas le choix, on s'en ait fabriqué des jonctions. Par chance, on en a fait de plus. Merci Phil! Je suis peut-être très fort, mais j'ai des chums très fort aussi. Dire qu'on s'aime à cause de nos outils...

Samedi le lever de soleil, il est très beau. Viennent par l'arrière des nuages très gris foncé. Il y a des bons rouleaux sur la mer, elle est très forte d'ailleurs. On se fait ramasser parfois. La vague nous prend et nous pousse... On fait un bruit spectaculaire. La vague nous déplace et en même temps, nous déplaçons l'eau de l'autre côté. Ce mouvement nous procure toute une gîte, tout en lofant. Ce n'est pas la première fois que nous le vivons, mais c'est la première fois que j'essaie de le décrire, je crois. Et le voilier se redresse par la suite. La mer vient du nord donc elle nous prend presque parallèlement à notre course. Loréline joue au petit galop à travers les vagues.
3 à 4 m de creux, rafales de vent parfois à 25 noeuds. il fait 13.20C La mer se calme rapidement en matinée. La mer devient chaotique. Comme si les restes des grosses vagues se défont et se séparent d'un bord et de l'autre dans une totale confusion. Mais le voilier ne le ressens pas tant que ça. Loréline, elle est faite pour tracer son chemin. Elle est petite, mais confortable. Merci Geneviève! J'avoue qu'elle m'avait tapé dans l'oeil la première fois que je l'avais vu au fond du stationnement. Loréline... pas Geneviève...

J'ai écrit trop vite, les rouleaux recommencent leur activité et on se fait frapper de nouveau vers midi. L'eau balaie le pont allégrement. Les rafales deviennent plus sérieuses, je rentre de la toile un peu. Merci aux concepteurs des enrouleurs. Pourvu qu'il tienne la route.

Je crois que j'ai oublié de mentionner que j'ai croisé des cargos, l'un jeudi et l'autre vendredi durant le jour. Mon radar répond bien depuis que j'ai dû changé la fusible. Le premier était à 5 miles et demi et l'autre à trois miles et demi. J'allume le radar pour vérifier qu'il fonctionne bien et aussi pour me donner une idée de la distance visuelle des navires qui m'entourent. Le jour il est très facile de dire que nos routes ne risquent pas de se croiser. Du moins, nous sommes plus assurés de ce que nous voyons. La nuit, les lumières indiquent tout de même bien, mais le doute persiste. Vaut mieux avoir un doute, je crois.

J'ai vu aussi quelques objets de plastiques flottés ici et là. Du styromousse, une bouée de pêcheur, des objets non identifiables aussi. Pas beaucoup, mais un objet de temps en temps depuis le Japon.

La soirée de samedi nous offrira un autre beau coucher de soleil. Nous passerons le 1800 de longitude cette nuit. J'aimerais être réveillé. Je veux voir ce que le GPS va dire. Je n'avais pas réussi à entre 1800, il voulait savoir W ou E, donc le 180e il se situe où?? Entre les deux? J'ai donc dû entrer 179059 minutes Est par exemple dans le GPS pour faire mon point. Mais je suis curieux de le voir passer cette ligne. On avance vraiment bien alors, il ne sera pas trop tard. Je me coucherai deux heures de temps. Et je me lève ensuite pour voir le GPS passer la ligne. Eh oui, nous étions du côté est, alors il a indiqué 180000.000E. Pour ensuite tomber de l'autre côté, W. Je suis donc convaincu qu'en sens inverse, ça aurait été le contraire. Je l'ai filmé parce qu'il reste en place qu'une fraction de seconde, trop rapide pour que mon oeil soit persuadé de ce qu'il a vu.

Je me recouche paisiblement, je me rapproche de chez nous! Le soleil de lève de plus en plus tôt. Il est 2h30 au Japon! C'est mon deuxième samedi. Nous sommes toujours le 5 avril! J'ai rajeuni en vieillissant... Une journée de plus gratuite comme ça dans ma vie. Le ciel est très gris. Il y a toujours des rayons de soleil qui réussissent à percer les nuages par endroits, c'est vraiment très beau. Je suis en éternelle contemplation devant les éléments. Et c'est gratuit... Et c'est réel... Personne pour nous raconter des histoires fausses montées de toutes pièces... C'est la vraie réalité... Tout ça, devant nous. Merci...

Il fait toujours un peu froid, je dirais frisquet. 13.20C au matin, et en après-midi ça ne monte pas en haut de 150C. J'ai réussi à aller assez au nord tout de même, mais est-ce vraiment assez pour l'anticyclone... L'heure approche où je saurai. Il est 11h au Japon. Je suis tannant avec ça. Mais je n'ai pas ajusté mes montres encore... Il est 14h par ici.
Je me rends compte que le vent nous lâche tranquillement, plus tôt qu'il n'aurait dû selon les fichiers météo. Mais je m'en doutais. Alors, Spi me fatigue un peu. Il est au fond de la pince, et je l'entends murmurer doucement! C'est-tu mon tour là... Envoyes dont... Juste quelques heures, et tu me remballes avant que le soleil ne se couche. Pour être franc, il me travaille l'esprit en s'il vous plait. Mais je me sens rouillé, ça fait longtemps que je ne l'ai pas hissé. Alors, comme d'habitude je vais sur le pont. Je commence par identifier sa drisse, je la démêle parmi toutes les autres. Je regarde l'horizon, la mer, les vagues. Il n'y a rien de méchant. Je regarde ses écoutes, elles sont toujours en place, bien à poste, prêtes à se dégourdir un peu. Je les démêle un peu parmi tous les autres cordages. Je sors le sac où Spi se trouve du fond de la pince et je l'amène dans le cockpit, il est humide. Faut qu'il se fasse sécher de toute façon un peu. Au tour du tangon! La balancine, la hale-bas... Tout le monde est prêt. Je regarde une autre fois l'horizon, je sens les éléments tranquillement. D'accord, on y va! J'amène la poche en avant, la fixe sur le taquet. Une fois dans son sac, Spi est toujours prêt. Alors, je frappe les écoutes à leur point respectif et ainsi la drisse. Envoyes en haut! Bien sûr j'avais oublié de fixer le hale-bas en avant sur le pont. Sur le moment, Spi a l'air fou et pas à peu près... Arrivé dans le cockpit, je rétablis un peu la situation avec les écoutes et j'envoie une simple manille en avant sur le pont pour le hale-bas. Et voilà, quelques ajustements... Nous sommes partis pour la balade.

On roule! Parfois jusqu'à 4.5 noeuds. Nous avons gagné jusqu'à 2.5 noeuds. J'en reviens pas toutes les fois. Malgré que Spi ne se tient pas toujours bien. La vague, à peine un mètre, le fait claqué parfois, je m'en doutais, merde. La grand-voile aussi. Ensuite, les choses se tassent. Le vent va tourner. Il est au nord, il passera par l'ouest pour descendre au sud. Mais le vent apparent fait que nous sommes presque au petit largue. Et ce, très longtemps. Le vent devrait tourner en fin d'après-midi. Mais on reste avec un vent de travers. La nuit s'en vient. Je me pose la question. Je décide de le laisser en place. On va trop bien. Je vérifie que la drisse n'est pas prise quelque part simplement en tirant dessus. Tout est beau. Mais je n'i8rai pas au lit par contre. Je m'habille convenablement et je me couche dehors. Je ne dormirai pas, mais je me repose du moins. Il fera trop froid quelques heures plus tard, je m'installerai sur le plancher à l'intérieur, tout habillé prêt à bondir sur le pont s'il y a quoi que ce soit qui arrive. Je ferai mon tour sur le pont tout de même quelques fois pour m'assurer visuellement. Vers 2h du matin, heure locale, le vent vire pour vrai. Je n'attends pas plus, nous faisons cap au nord. J'affale Spi comme si de rien n'était. Je range le tout. Déroule un peu le génois, rétablis le cap. Nous voilà partis de nouveau. Nous faisons presque 3.0 noeuds sur l'eau. En même temps que je manoeuvrais, le centre de l'anticyclone nous passait faisant tourner le vent au sud. Je vais me coucher pour la nuit. Du moins ce qu'il en reste. Un bon sac de couchage!! Merci au fabricant! Merci à la vie de me garder au chaud!

Le soleil se lève et il fait gris, mais le soleil est juste derrière le voile de nuage. À certains endroits des cirro-cumulus, à d'autres des alto-cumulus, des coins de ciel bleu! C'est beau, vraiment beau, je suis toujours autant en extase devant cette splendide nature...

Du vent s'en vient, un front nous amène 25 noeuds lundi soir.



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Imprimé le : 20 août 2017