Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

31 mars 2014

Rira bien...

Rira bien...

Après avoir ri dans ma barbe vendredi. Je riais un peu moins la journée suivante. J'avais eu le temps de me préparer durant la journée. Je vivais le centre de la dépression. Un vent léger, à peine 15 noeuds. Il y avait des percées de soleil un peu partout de temps en temps. Je me faisais presque chauffer la couenne. J'avais le temps de me préparer suffisamment pour écoper de l'autre côté de la dépression. Les prédictions changeaient d'une journée à l'autre, parfois 25 noeuds, d'autres fois je m'attendais à 30 noeuds. Le message était clair, j'aimais mieux être préparer pour plus que moins. Je commence à savoir que 30 veut probablement dire des rafales à 35 noeuds. Je sors donc les grands moyens, les petites voiles.

Samedi en fin d'avant-midi, mon foc tempête est hissé. J'ai trois ris dans la grand-voile. Mon yankee est bien rangé. Pour le moment la vitesse est bonne. Mais plus tard le vent diminuera et je donnerai plus de grand-voile pour finir la journée, je laisse un ris. La nuit approche, je me suis dit, quelle belle journée. Ce serait plaisant que le vent prévu oublie de me passer dessus... ou s'esquive vers le nord, ni vu ni connu... Tu peux bien rêver jeune mousse...

Tôt en soirée, la mer s'est gonflée. J'ai pris mes ris comme convenu. J'ai affalé la grand-voile au complet, le vent commençait à être vraiment fort et la mer aussi. Mais sans grand-voile, il manquait un peu de toile pour avoir une vitesse convenable. En bas de 4 noeuds, il manque de manoeuvrabilité. Dans cette mer là en plus, Loréline se faisait ralentir à moins d'un noeud parfois. Mauvais choix, je me suis dit. Merde. Faut bien apprendre quelque part. Mais je m'en doutais. Il m'aurait fallu une voile intermédiaire. Une 11 mètres par exemple. Je n'ai pas le choix, je décide de dérouler le génois, juste un peu. Je prends de la vitesse convenablement. Le loch indique 4.0, 4.5... C'est bon! Le tour est joué. Je me trouve pas mal intelligent... Je me lance des fleurs... Je me dis qu'en plus la force est répartie sur deux voiles, deux étais. Rien ne devrait casser...
Le pot est venu quelques heures plus tard. La mer devenait vraiment méchante. Les coups de masse à profusion de partout sur ma petite coque. Les rafales de vent incroyables n'en finissaient plus. Tout d'un coup, vlan! Une vague déplace Loréline d'un coup. Les objets volent dans la cabine. Par chance je suis assis, je ne bouge presque pas. Je reste un peu confus. Je replace la poêle à sa place, la tasse de plastique, le pot de farine. Quelques minutes plus tard, une vague jumelle fait la même chose. Ce sont des durs coups que reçoit Loréline. Le vent n'est pas si fort, il na pas dépasser 35 noeuds en rafale. Mais la mer vient de loin et sa force est incroyable. Il m'en ait parvenue au moins trois autres comme celles-là. À un moment donné j'arrêtais de compter. J'espérais juste que ça cesse. J'étais chanceux, toutes les fois, j'étais assis. Je ne me suis pas blessé.

J'ai sorti le bout du nez quelques fois pour m'assurer que les membres d'équipage étaient bien en place. Les cordages changeaient de place de temps en temps, je les replaçais, mais ils ne voulaient pas rester en place. Un moment donné, il y avait l'écoute du foc tempête qui était molle. Il n'y avait plus de tension dessus. Force est de constater que le foc n'était plus à son poste, il se reposait sur le pont. Il a cassé sa drisse. Ce doit être le mousqueton qui a manqué. Bon, de cette façon, il y a moins de force dans le gréement. La vitesse est toujours bonne. Le vent avait augmenté suffisamment. Je me rends compte qu'il y a un poteau en inox de crochi par la vague. J'ai pris l'habitude de mettre le yankee sur la filière, il est bien ficelé... La mer aura eu raison de ce membre d'équipage. Les vagues qui déplaçaient Loréline d'un coup étaient vraiment puissante.

Vers minuit, la mer et le vent se calment. Je peux aller me coucher, malgré que les coups assénés ne cessent pas encore. Je dors relativement bien malgré tout.
Dimanche, la force du vent diminue à 20 noeuds environ pour toute la journée. Je décide que je grimperai au mât seulement lundi pour vérifier la drisse du foc. Il y aura encore moins de vent. Le poteau en inox se redresse un peu facilement à la main. Même chose, je terminai demain l'examen plus approfondie. Il faudra que j'essaie de sceller sa base pour éviter une trop grande infiltration d'eau. Le soleil semble vouloir se montrer. Je le vois environ 30 minutes, il est gêné un peu, retourne en arrière des nuages rapidement. Il fait froid un peu. C'est très humide par ici.

La journée se déroule lentement, la mer est tranquille. Mais Loréline file en s'il vous plait. Je ne sens presque rien et elle file 4.5 à 5.2 noeuds. Ni vu ni connu... En plus, nous sommes dans le courant. Sur le fond, nous faisons parfois 6.5 miles par heure. La mer nous envoie tout de même des vagues allant jusqu'à 3m parfois. Ma planche en arrière fait du bruit, elle cogne sur le poteau d'inox de l'éolienne. J'aurai cherché le bruit une bonne heure. Voyons donc, d'où est-ce que ça vient ce bruit-là... J'approche l'oreille, je scrute les différentes pièces possibles. Jusqu'à ce que j'entende le bruit de nouveau... Ah oui... Je l'attache encore mieux... jusqu'à la prochaine fois. Jusqu'au prochain bruit. Je tendrai l'oreille de nouveau.

Je verrai de nouveau le soleil avant qu'il se couche. Mais son coucher, il le fera derrière les nuages. La nuit sera bonne. Je me lève quelque fois. Il y a des étoiles. Il est bon de renouer avec un ciel étoilé. Je respire la paix.

Lundi matin, le vent nous lâche tranquillement. Je grimpe au mât pour récupérer la drisse de foc. C'est seulement le mousqueton qui a ouvert. Celui-ci est bon pour la casse. J'utiliserai le noeud de chaise pour le reste du voyage. En examinant de plus près la filière tordue. Merde, le balcon avant aussi a mangé son coup. Je ne redresserai pas au complet le poteau, sinon j'ouvre de l'autre côté de la base. De toute façon, je refais les joints d'étanchéité de sa base et de celle du balcon avant. Un petit tube de scellant marin trainait dans une boite. Toujours pratique, le petit tube, on en perd moins. D'ici quelques jours il sera probablement durci.

J'ai du temps aujourd'hui. Il n'y a plus de vent vers 8h. Je décide de laver mes bas et caleçons à l'eau de mer. Cette fois-ci, je les rince à l'eau douce. Le premier essai, seulement à l'eau de mer, avait tout de même bien fonctionné. Mais ce sera définitivement mieux rincer à l'eau douce. Je me paie du luxe! En plus de me laver les cheveux, l'eau est froide. Mais le bonheur ressenti par la suite. Ils ont le temps de bien sécher au soleil qui réchauffe l'atmosphère. Je suis complètement nu et je suis vraiment bien.

J'ai aussi le temps de remarquer un léger problème d'assemblage de mon enrouleur. Je sors les outils, la scie à métaux, perceuse... Je lui fais le travail. Ça passe le temps. Je regarde aussi le moteur. Tant qu'à faire. Vers midi, le vent n'est toujours pas revenu. Je le démarre... Il est vieux. Et ça fait deux semaines... Il est encrassé... Après quelques essais... Il tourne!! Il faudrait que je le démarre plus souvent. Mais nous ne sommes pas de bons copains. J'apprends à l'apprivoiser tranquillement.

Ouf! le vent nous parvient vers 14h. Légère brise... Je hisse la grand-voile, je laisse un ris. Le génois est à moitié déroulé. Je m'apprête à hisser le yankee lorsque le vent se décidera à nous pousser un peu plus.

Ce soir, 28 noeuds de vent du sud au menu. Yankee fera l'affaire je crois. Le gros du vent ne durera pas tellement longtemps. La mer ne devrait pas être si grosse non plus.
C'est bien beau ce qui se passe sur papier, voyons voir ce qui se passe dans vraie vie...



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Imprimé le : 20 août 2017