Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

28 mars 2014

Toujours du vent, des nuages

Toujours du vent, des nuages

Mercredi soir, il fait noir. Ils ont fermé les lumières par ici. Loréline et moi sommes seuls au monde à travers ce pacifique qui semble d'une grandeur éternel. J'aimerais nous voir de l'extérieur. Ce doit être spécial, une lumière verte, à côté d'une rouge, plus loin en arrière une blanche. Et une autre blanche plus haute qui doit se basculer dans les airs, accrochée dans le vide. Je laisse la lumière en tête de mât allumée la nuit. Et de temps en temps, des lumières à l'intérieur qui s'allument, une rouge, celle de la table à carte... et d'autre luminosité plus intense. Parfois celle de la cuisine, et souvent celle de la toilette, celle-ci pour voir le compas de l'intérieur. De l'extérieur, on verrait probablement des hublots s'éclairer de temps en temps. Seuls dans le noir...

Mais vue de l'intérieur, la dimension est tout autre. Je ne voyais même pas les vagues s'approcher. Sauf une, de temps en temps, éclairée par la lumière de poupe. Les lumières de proue et de poupe ont rendu l'âme, il y a longtemps de ça. Je ne parle pas seulement du globe. J'ai dû remplacer la douille où s'installe le globe, des connexions de douille faite artisanale. Finalement, j'ai changé pour des leds simplement en gardant le boîtier. Les boîtiers sont maintenant et de plus en plus blindés de sikaflex dans toutes les craques possibles. Les étanchéités de compagnie sont bonnes jusqu'à ce qu'on tourne le coin de la baie.

Peu importe, lorsque j'ouvre la porte de la descente, il fait noir. Aucune étoile dans le ciel, pas de lune non plus. Je ne peux pas voir si c'est nuageux. Quelques heures plus tard, les étoiles se montrent le bout du nez. Ce soir Orion doit être couché, par contre je vois le Scorpion. Ça faisait des lunes. À mon avis le ciel se déplace donc, on doit avancer vers quelque part!

Durant la nuit, le vent tourne. Je me lève. C'ets tranquille. À peine 10-15 noeuds. Je rétablis notre cap. Je n'ai pas le choix. Tant qu'à le laisser se morfondre derrière la grand-voile. J'affale le yankee. Il a besoin de repos. Deux dépressions s'en viennent coup sur coup. Et je crois que je l'ai choisi pour faire le travail de bras. Elles n'ont pas l'air si intense que ça et la deuxième, si nous sommes chanceux, devrait nous passer plus au nord.

En échange, je hisse la grand-voile au complet. Il n'y avait que le 3e ris en fonction. Mais là, c'est un nouvel essai. Naviguer avec la grand-voile seule. On avance tout de même presque à 4 noeuds. Le vent tourne à l'ouest. On se fait bien pousser malgré tout.

Mercredi après-midi, c'était une petite hirondelle qui est venue faire son tour. Elle est amusante.

Jeudi matin, c'est nuageux. Mais pas très sombre comme nuages. Plutôt léger, des couleurs de nuages ramagés, démontrant bien la légèreté de l'atmosphère. Des percées de soleil très petites parfois. Le vent faible nous pousse tout de même. J'ai mon voyage, nous allons faire plus de miles presque sans vent que nous avons fait la journée d'avant où nous étions dépeignés complètement... Nous avions fait 75 miles, aujourd'hui près de 100... Suis-je supposé de comprendre quelque chose moi là... Pour le moment le vent provient toujours de l'ouest, mais d'ici quelques heures il tournera au sud. Le yankee entrera en scène pour quelques jours par la suite.

En soirée, le yankee est hissé. La grand-voile a 3 ris. On file 5.5 noeuds. Il ne vente pas tant que ça. J'affale d'avance. Je me lèverai vers 22h. Il y a un cargo en arrière. Je vois sa lumière verte. Le MerVeille entrera en fontion. Je le vois, ses lumières indiquent qu'il nous passe au nord. Mais j'ai l'impression qu'il passera proche de nous. Ça m'inquiète un peu, je n'aime pas trop être collé en mer. J'ai des problèmes avec mon radar. De toute façon, j'ai le carfgo bien en visuel. Il se rapproche de plus en plus. Ses lumières indiquent toujours qu'il passe au nord de nous. Mais maudite marde, il s'en vient proche en s'il vous plait. Le cargo allume une lumière de côté, j'ai l'impression pour me signaler qu'il m'a vu. Mais je ne me sens pas mieux. Je lofe de plus en plus. Je suis presque auprès du vent. Le radar n'allume pas, il brûle son fusible à la place. Je serre le vent le plus possible. Le cargo est à notre hauteur. À moins d'un demi-mile, c'est sûr. Sa lumière verte finit par disparaitre, je ne vois plus que sa lumière de poupe. Je suis rassuré. Je rétablis le cap. Je trouve un fusible pour mon radar. Je la change. Le radar donne signe de vie. Juste au bon moment... Une fois que j'en ai plus besoin. Mais je crois que le fusible n'était pas assez puissant. Maintenant, il va mieux que jamais.
Nous faisons tellement de vitesse. C'est incroyable. Sur l'eau, 5.5 noeuds et sur le fond on fait parfois 6.0. Nous sommes directs dans le courant. Nous ferons une journée de 133 miles. Depuis que nous sommes revenus plus au sud du 35e parallèle. Au nord, j'avais l'impression d'être dans un contre-courant. Maintenant un peu plus au sud, nous sommes sur un tapis roulant.

J'affalerai la grand-voile définitivement au complet avant de retourner au lit pour avoir la tête tranquille. Le vent augmentera encore et nous faisons en masse de vitesse. Si je peux bien dormir, il faut que j'en profite. Effectivement durant la nuit, la mer me laissera dormir paisiblement. Toujours faut-il que je me lève pour vérifier que tout le monde est heureux quelquefois, et je me recouche.

Vendredi, le ciel toujours grisâtre. Des rafales de vent varient entre 25-30 noeuds possiblement. 133 miles au compteur durant les 24 dernières heures. Ça fait du bien. Parfois le vent se calme. La tentation de mettre plus de toile ne me vient même pas à l'esprit. De cette façon Loréline est bien et moi aussi. De la pluie passagère toute la journée. Je passe la journée sans mettre le nez dehors. La mer parfois brutale cogne la coque et balaie le pont. Les vagues ne dépassent pas 3 m, mais elles sont très puissantes. Je n'en reviens toujours pas. Les éléments qui se déchainent tout autour et le voilier qui continue son chemin. J'ouvre la porte parfois pour sentir les éléments, les voir, les admirer. C'est complètement fou. On se fait tout de même brasser. Et Loréline ne dit pas un mot. Elle galope, saute une vague, descend l'autre, part au lofe, tangue d'un bord, brusquement de l'autre. Bang! Elle reçoit un méchant coup de masse sur le nez, un autre sur les fesses... Le yankee toujours à poste. Le régulateur tient bon la barre. Toute une équipe... Moi, je ris dans ma barbe... La sensation d'avoir les pieds en équilibre sur à peu près rien et de voir tout ce qui est autour de nous, bouger constamment parfois à des vitesses vertigineuses. Je suis chanceux les éléments sont de mon côté pour le moment.

Est-ce que ça parait que je suis bien... merci...

Bientôt le soleil reviendra!



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