Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

24 mars 2014

Une autre dépression s'en venait

Une autre dépression s'en venait

Les prévisions ne se trompent pas beaucoup. Mais je les ai à l'oeil. Finalement, la dépression a pris de l'avance sur les prévisions durant la nuit de mercredi. J'ai réussi à dormir dans mon lit cette nuit-là. Je laissais Loréline tranquille, sans trop donner de toile. Nous avancions, mais plutôt comme le vent nous amène que de vouloir braver les éléments.

Depuis mercredi matin, notre cap faisait de plus en plus de sud. Vent de travers simplement. Je me permettais de prendre ce temps pour me reposer de la dépression d'avant. En même temps, c'était bon de faire du sud. Nous nous éloignions du centre dépressionnaire. Nous devrions avoir un peu moins de vent de cette façon. Au centre 40-45 noeuds, par ici, environ 30-35. La différence n'est pas très grande, mais tout de même, on se sauve peut-être de trop gros coups.

De toute façon, le vent passait du nord à l'est tranquillement. Pour ensuite provenir du sud lorsque la dépression s'approchera. Tant qu'à lutter contre le vent, j'ai décidé d'avoir peu de voiles et mieux dormir. J'étais donc en forme jeudi matin. Il était temps de se préparer pour le passage des vents forts. Ils étaient prévus pour 15h. Mais à 8h, juste après avoir envoyé ma position par radio, je commençais les manoeuvres. Prise du 3e ris. J'ai changé le yankee pour le foc tempête. C'est tout de même de l'ouvrage. Alors, aussi bien en profiter pendant que le temps est calme. Le vent ne dépasse pas 20 noeuds. La mer environ 1.5 mètre. Parfois elle nous assène des coups. Je me fais mouiller convenablement, même si je suis habillé pour plus que 5 minutes. Je veux dire que je porte la combinaison de gros temps intermédiaire. J'en ai une encore plus efficace que je garde pour le vrai gros temps. Je transpire beaucoup et je me fais laver aussi à l'eau de mer. Mais à 10h tout est en place. Nous avons aussi effectué le virement de bord. Le cap est mauvais, 450environ. Mais le vent virera encore plus et notre cap sera vers 900 au cours de la journée. Notre vitesse varie entre 1 et deux noeuds. Je ne suis pas pressé de faire du nord. J'espère faire de l'est avant de prendre trop de vitesse.

Pendant que le temps avance, la dépression aussi. J'ai le temps de me faire sécher. J'ai découvert l'utilité du séchoir. Je n'ai pas de l'électricité à profusion, mais avec l'éolienne je me permets un peu. Seulement la basse vitesse du séchoir fonctionne bien, 2-3 minutes d'affilée seulement. Je recommence une fois les batteries rechargées un peu. Je vais être sec!

Nous avançons à pas de tortue. Mais bientôt, le vent sera favorable.
Vers 11h, le ciel semble vouloir s'éclaircir... Des trous dans les nuages...
En après-midi jeudi, le vent se lève. Je garde les voiles jusqu'à ce que le vent tourne au sud. Et ensuite le foc tempête prend bien le vent seul. Le régulateur fait bien son travail. Je commence probablement à comprendre des affaires... La nuit se passera bien. Malgré qu'il y a encore un petit hic, il y a une couture de mon foc qui se découd. J'espère qu'elle tiendra jusqu'à demain. Je dors, mais comme habituellement, à moitié. Le vent tourne, la mer est donc spéciale. Elle n'a pas le temps de se gonfler vraiment bien, elle fait plutôt une mer croisée. Mais les vagues sont moins pervers que lors de la dernière dépression. Malgré tout, le barreur fait son boulot. Je peux être dans mon lit. Mais je me lève pour changer de cap et faire les vérifications de routine, la couture tient bon. Qu'est-ce que je ferais sinon ?

Je suis tout de même fatigué vendredi matin. Il me manque du sommeil. Je me recoucherai durant la mâtinée quelques fois. Merde, je vois de l'eau entrer par mon hublot en dessous de ma cabine, directement sur mon lit. Dédidément, j'ai de la difficulté à me garder au sec. Des cannes de conserves entreposées sur une tablette au dessus de mes pieds dans ma couchette ont l'idée de me tomber sur les jambes. Elles sont cuites, ce sont les prochaines au menu. Elles proviennent du Canada, dire qu'elles ont presque bouclé la boucle. Elles n'avaient qu'à se tenir tranquilles. Des soupes aux tomates !

Vendredi après-midi, à l'heure où j'écris ces lignes, la dépression fait tranquillement son chemin vers le nord. Le ciel se dégage également. Dans ma tête, la pression diminue du même coup. La mer est vraiment très belle. Je reste à l'intérieur, sinon je me ferais mouiller de temps en temps par les vagues. Mais je sors régulièrement voir ce qui se passe. Et la mer, elle est vraiment intense. Les vagues atteignent entre 2 et 4m. Les vents ont atteint certains moments 35 noeuds. Nous avons fait des surfs à 7.6 noeuds, parfois 7.2. Mais en général, la vitesse varie entre 3.5 et 5.5. Une moyenne de 4.8 environ.

Et vendredi soir, c'était mon premier presque coucher de soleil depuis mon départ. Car je ne l'ai pas vu se coucher encore, mais un éclaircissement me permettait de voir sa lueur. La dernière fois que j'ai vu ses rayons, c'était lors de mon départ. Mais lorsque le ciel se dégage, qu'est-ce qui se passe... J'avais remarqué l'humidité du bateau disparaitre. Quelques heures après, j'ai remarqué aussi une chute de la température... Le point de rosée!! Je commence à comprendre des affaires. Il commençait à faire froid en ciboulot, pas de chauffage. Nous sommes l'hiver. Je me souviens donc un passage de M. Hanada. Il me dit une bonne foi comme ça. Tu sais Sylvain, il n'y a pas beaucoup de marin qui mette les pieds au Japon. Et ceux qui le font nous disent que les conditions pour se rendre ont été difficiles... Alors, bien sûr qu'il n'y en a pas beaucoup qui se pointent ici... Mais toi là, arriver en hiver au Japon, on n'a jamais vu ça!! Hi! Hi! Hi!
Alors, je ne réussis pas à dormir durant la nuit. Des rafales nous perturbent constamment. Je dois me lever à tout bout de champ. J'essaie de faire des sommes sur mon matelas sur le plancher. Mais je suis bien trop dérangé par la mer. Elle ne veut pas que je dorme. Et je me relève constamment.

Samedi matin, les yeux dans graisse de beans. Je dois encore me lever bien sûr. Loréline réclame de l'attention. Prise de ris, larguage de ris, enroule le génois et déroule le par la suite... Et toute la matinée sera pareille. Des rafales. Des gros nuages gris viendront engloutir le mince soleil qui s'était présenté le bout du nez tôt le matin. Avant que les rafales reprennent leur petit jeu, je croyais m'être fait prendre dans l'anticyclone prévu dans les prochains jours, qui aurait devancé les prévisions. Mais non, ces nuages noirs, ces rafales me confirment que non.

La journée sera magnifique par la suite. Le ciel se dégage. Le soleil est seul dans le ciel. La mer s'adoucit... Les vagues deviennent praticables. Wow! Tout le monde relaxe à bord. Mais je n'ai franchement plus sommeil. Je profite donc du moment que m'offre la vie. Je fais de la couture. Enfin, mon foc tempête entre mes mains. Des couturesrendaient l'âme tranquillement. Mes pantalons d'expériences doivent être rapiécer aussi, il me faudrait une fermeture éclaire, mais je mets une ceinture à la place en attendant. Je ne peux pas les perdre. Une combinaison aussi mérite de l'attention. J'étudie un peu ma grand-voile. Une couture semble vouloir prendre congé. Mais vu de plus près, quelqu'un avait déjà remédié à la situation. Il y a deux petits trous que je risque de rapiécer bientôt par contre.

Je ne me souvenais plus qu'il était possible que la mer soit aussi tranquille et favorable. Les éléments semblent vouloir simplement me pousser vers chez moi. C'est vraiment délicieux et apaisant.

Je pourrai dormir durant la nuit de samedi. Je me lève comme d'habitude quelques fois, espacé d'environ deux heures. Tout va bien, je retourne à travers mes sacs de couchage. Merci Doupette pour tes bonnes volontés! Mais j'ai fait d'autre chose avec ton don! Je t'enverrais une photo plus tard après mon arrivée chez nous. J'ai bien réparé mon sac de couchage d'été et j'ai toujours celui d'hiver. Donc, je suis vraiment très bien.

Dimanche, le vent se calme tranquillement. C'est l'arrivée de l'anticyclone. C'est indescriptible la scène qui se dessine. Le gros soleil, la mer longue et douce... Le vent presque chaud... Les voiles en ciseau toute la journée. Le vent deviendra plus fort. Nous faisons parfois du surf à 7.2 noeuds. Je calme un peu la monture. Elle s'excite un peu trop. Mais elle a bien le droit après toutes les aventures que je lui ai fait vivre.
En fin de jour, le ciel se couvre. Des nuages gris, noirs... Ça sent spécial. Je regarde la météo à venir. Le vent changera d'un coup, un front. La pluie commence à tomber pendant que je vérifie le tout. Le vent devrait changer d'ici trois heures. Tout d'un coup Loréline se met à galoper à travers les vagues... Sensation déjà pressentie quelque part dans l'Indien... Un coup d'oeil au compas... On change de course, le vent vient de changer, mais les vagues pas encore, alors on saute par-dessus. Le génois toujours tangonner. Le vent prend de la vigueur. Faut que je me mette des bas et que je m'habille, j'vais me faire mouiller. Une fois dehors, il ne fait pas beau. Le loch montre plus de 6 noeuds. Une chance que je n'avais pas hissé le spi...

On peut voir sur la photo, lors de mon départ de Wakayama. On voit vue de la mer, la baie avec Wakayama Marina City et une centrale énergétique au pétrole.
Et les rayons de soleil!! C'était de toute beauté... merci... beaucoup...



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 17 août 2017