Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

19 mars 2014

Le passage des îles

Le passage des îles

Ce passage m'inquiétait un peu. Mais depuis mon départ, ce sont des vents favorables qui me poussent. Mais à cet endroit, il est bien indiqué que la hauteur des fonds peut variée dû à l'activité volcanique dans ce secteur. Mon ami m'avait d'ailleurs envoyé un article qui soulignait l'apparition d'une nouvelle île, mais plus au sud. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé cet autre archipel, probablement dû à la différence de langue inscrite sur les cartes. Alors, j'étais tout de même inquiet un peu de passer à un endroit où il y a une activité volcanique. Il faut bien qu'il y ait une première personne à trouver la formation d'une nouvelle île. Et on ne sait jamais, ce pouvait être moi cette fois-ci. Je m'imaginais finir mon périple échouer sur un cran de roche volcanique nouvellement apparue, donc ne figurant sur aucune carte. Il y avait un certain stress à bord. Mais comme tout bon capitaine, je ne devais pas laisser paraître mon stress. Afin que l'équipage reste tranquille et heureux. Mais au fond de moi même, je m'apprêtais à faire rapidement demi-tour, si je voyais le fond s'élever rapidement sur le profondimètre.

Je me suis donc tracé une première route. Le vent était faible et je ne voulais pas me retrouver à travers les îles au cas il me lâcherait définitivement. Il devait tourner dans les prochaines heures, mais auparavant il devait se taire presque complètement. Au début, je faisais cap pour passer au sud du caillou de Inanba. Mais au fur et à mesure que le temps s'écoulait, le vent nous lâchait. Nous devions faire cap plus vers le nord afin de prendre un peu de vent apparent. Finalement, notre cap indiquait que nous allions passer entre l'île de Mikura et le caillou. Et finalement, le vent trop faible ne nous poussait presque plus, nous devions faire cap à 50 degrés. Et ainsi passer au nord de Mikura shima. Si je ne me trompe pas, entre Miyake shima et Mikura shima. Ce fut tellement une belle navigation. Elle se déroulait tranquillement. Sans trop de vent. Mais notre vitesse sur le fond restait environ de 5 noeuds. Il y a vraiment beaucoup de courant dans le coin. Mais je me suis bien positionné entre les îles et je me suis pratiquement laissé dériver. Les voiles restaient tout de même gonfler un peu. Elles devaient nous donner un noeud de puissance. Je n'ai pas travaillé tant que ça. Simplement en suivant le vent, le courant a fait le reste. Et c'était magnifique de passer entre ces îles la nuit sous la pleine lune. J'ai vu Inanba. C'est simplement un caillou abrupt, c'est une simple poussée de lave qui a dépassé le niveau de la mer. Pas tellement gros. Mais assez pour couler un bateau. Quant à Mikura, j'ai commencé par voir que ses lumières. Elle n'est éclairée qu'au nord-ouest. C'était parfait, sinon j'aurais peut-être été un peu plus stressé de m'approcher. Mais ensuite j'ai vu la forme de l'île j'étais rendu à 5 miles environ. C'était de toute beauté voir ce gros caillou volcanique apparaitre. Et en même temps, je voyais apparaitre les lumières de Miyake shima. Cette île semble être plus plate. Mais je n'ai pas vu sa forme, elle était trop loin pour apparaitre à travers la noirceur. Mais elle semblait avoir des lumières un peu plus aux alentours. Si il y a une route praticable autour, il doit y avoir une montagne moins escarpée... C'est encore drôle?! J'aurais été curieux de voir sa forme.

Par la suite, juste après avoir pris position juste à l'est de ces îles, j'ai commencé à penser à dormir un peu. Il était environ minuit. Un simple matelas par terre, je suis resté en combinaison. Le vent allait changer de provenance. Il y aurait des manoeuvres à faire. Comme de fait quelque 30 minutes plus tard, je me levais sans avoir dormi bien sûr. Mais le vent reprenait d'une meilleure façon. Alors, je ne pouvais pas me plaindre. De provenance du sud-ouest. Il était plus vigoureux. Je pris un ris avant d'aller encore une fois au lit. Quelques fois comme ça, je me suis levé pour vérifier que nous quittions bien ces gros cailloux. Nous avons terminé cette nuit avec trois ris dans la grand-voile.
Au matin de mardi, le soleil voulait sortir son nez. C'était un peu difficile à travers ces nuages relativement abondants. Le ciel était gris, avec quelques rayons de soleil. Mais je sentais le vent plus fort s'en venir. Il y avait des petits moutons blancs sur la mer. J'ai donc enroulé le génois et sorti le yankee. Peu de temps après, la grand-voile allait se reposer un peu. J'essaie de faire reposer tout le monde également. Il y a du chemin à faire. Le courant nous pousse toujours bien, lui aussi il est de la partie. Malgré le faible vent. Nous avons parcouru 130 miles nautiques les 24 dernières heures.

Il n'y a presque plus de cargo dans les horizons. Seulement qu'un nous a apparu. Le Mer Veillle aussi avait son mot à dire. Il fonctionne encore, tant mieux. Je l'avais fait silencieux lorsque nous étions dans le gros trafic, sinon il aurait sûrement perdu la voix.

Durant la journée, les éléments allaient dans le même sens. Je me préparais pour recevoir environ 30 noeuds de vent durant la soirée. Le yankee était seul à poste. De cette façon, l'après-midi était tranquille. Nous avancions tout de même bien. J'ai pu pour la première fois depuis le départ, fermer les yeux dans mon lit de quart. Quel confort!
Et puis la soirée arriva, le voile de la nuit nous recouvrait. Avant que la lune ne vienne éclairer notre route. Le vent prenait place. La mer gonflait tranquillement. Je ne trouvais pas le temps si mal finalement, seulement 30 noeuds... J'étais à l'intérieur. Le temps de manger quelque chose. Il y avait un appel dehors. Je devais aller voir. Mais que pour 5 minutes, le temps de vérifier l'état de la situation. Je me suis habillé léger. Et comme de fait, une fois dans les éléments, je m'aperçu que le temps était plus gros qu'espérer. J'étais surtoilé. La mer roulait allégrement. Je me faisais poivrer comme il se doit. Mais maintenant la mer venait par en arrière. J'ai même été jusqu'à barrer pendant trois heures. J'aurais dû changer de voile. Mais normalement, celle-ci faisait pour la météo annoncée. Je me disais que le surplus d'humeur ne durerait que quelques minutes... Il ne faut jamais dire ça... Je faisais des surfs régulièrement à 7.2 noeuds, les plus fameux ont été de 9.4 et de 8.1 noeuds. J'ai réussi par en finir avec la barre. Et remis le régulateur en poste. J'ai même pu, je crois, fermer l'oeil un certain moment donné sur mon matelas dans le carré, le gars tout habillé.

Pour un simple trente noeuds, je crois que le monde s'est excité pas mal. Et j'ai eu droit à ma première vague qui remplissait le cockpit, de ma vie. Je l'ai entendu venir, je l'ai vu se gonfler. C'est vrai qu'elle avait l'air d'avoir du nerf. Elle m'a plongé dessus, balayant le cockpit en entier d'un coup. J'y suis donc passé de la tête aux pieds. J'avais encore les pieds secs par contre. Mais la tuque dégoûtait. Le vent semblait presque chaud. Je n'avais pas encore froid. Mais je commençais à grelotter au moment de rentrer me changer lorsque les éléments furent rassasiés.

J'ai vu deux cargos durant cet épisode. Ce n'étaient pas des très gros. Je les voyais donc jouer au saute-mouton à contre vague. Ils ne devaient pas avoir de plaisir pantoute. Ils s'en allaient vers le Japon.

Mercredi matin, la mer était spéciale. Le vent du nord. Il y avait comme une vague résiduelle de la veille et celle lever par le vent. Même de travers au vent, la progression était difficile. Certaines vagues nous cassaient dessus, nous bloquaient. J'ai finalement hissé la grand-voile avec 3 ris. Pour prendre un peu de puissance. C'était effectivement mieux. Mais nous sommes restés tranquilles cette journée-là. Il y a une dépression qui s'en vient. Pour ne pas trop nous faire brasser, il est préférable de faire un peu de sud.



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Imprimé le : 24 juin 2017