Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

19 février 2014

Mon séjour à Komatsushima

Mon séjour à Komatsushima

Je suis arrivé au port commercial de Komatsushima le lundi 10 février. En moins de temps qu'il me faille pour me retourner de bords. Tous les agents de tous les services avaient passé à mon bord. Et j'avais même fourni mes empreintes digitales à l'immigration. Avant de me coucher lundi soir, j'étais en règle et mon passeport avait l'estampe japonaise. Mais j'étais loin d'en avoir terminé avec les autorités durant mon séjour. Les premiers jours, j'avais du plaisir avec la garde côtière qui m'indiquait les règles à suivre, les dangers, les courants, toutes les indications nécessaire pour naviguer avec prudence et en connaissance de cause. J'avais déjà pris connaissances de certaines choses avant mon arrivée, mais me le faire répéter n'était pas une mauvaise chose non plus. Je les trouvais tellement serviables de me fournir toutes les cartes de navigations, ainsi que certaines cartes indiquant les zones de filets de pêche et d'autres dangers imminents.

Mais par la suite, les choses se compliquaient un peu. J'avais l'interdiction de naviguer de nuit. L'interdiction de rentrer dans certaines zones. Il commençait à y avoir plusieurs règles à suivre, ce qui alourdi le plaisir de la navigation sans stress. Je prenais plaisir à discuter de la méthode que j'allais prendre pour rejoindre Osaka. Car les agents de la garde côtière ne connaissent définitivement pas ce que c'est que la navigation à voile. Mais par la suite, justement, les choses se compliquent. La navigation vers Osaka commence à être difficile avec toutes les indications à suivre. Je regarde la météo et je dois les avertir avant mon premier départ pour rallier Wakayama. De toute façon, je dois passer par cette ville en premier. Et si j'y trouve tout ce dont j'ai besoin, j'y resterai quitte à rejoindre le consulat canadien à Osaka par train. Je commence à être un peu essoufflé avant même de naviguer. De plus, ils souhaitent que je me reporte à la garde côtière toutes les heures. Je leur explique mon système de communication qui n'est pas très efficace en tout temps. Je ferai mon possible. Ils ne savent pas du tout ce que comporte tirer des bords dans une baie à travers les cargos. En plus de devoir ouvrir l'ordinateur pour essayer d'envoyer un message par radio onde courte... Il fait chaud, tant mieux j'en ai besoin, c'est l'hiver et mon chauffage ne fonctionne toujours pas. J'ai trouvé le problème électrique, mais il reste un problème d'alimentation en mazout. Mais lorsque je me couche, j'ai toujours mon sac de couchage d'hiver. Ma mère me l'avait procuré l'année où j'ai traversé le Canada en voiture en hiver. Je dormais dans la boîte arrière de mon pick-up, recouverte d'une boîte de fibre de verre. Sans chauffage, en fin janvier avec des -30, il fait pas chaud. Il y a de cela plus de 15 ans. Qu'est-ce que je ferais sans ma mère?! De toute façon, je lui dois à peu près tout. En commençant par la vie. Ensuite, ma vision de la vie que je le veuille ou non vient en grande partie de mes parents. Ma mère a su résister aux pressions de la vie. Elle vous dira qu'elle a eu de bons enfants... Mais pour ma part je crois définitivement que lorsque la semence a été semée dans un terreau fertile, il pousse bien... et si jamais il perd son chemin un jour ou l'autre, il a de bonnes racines pour revenir à la source... Ma mère, je l'aime beaucoup.
Je voyais donc une belle journée de navigation dimanche. J'essaie de leur faire part de la situation de mon départ pour dimanche matin, le vent vient de l'ouest. C'est parfait pour me rendre sur l'autre rive de la baie sans tirer de bord. Mais, le bureau de la garde côtière du port de Tokushima est fermé. Nous étions samedi bien sûr. J'envoie un courriel réclamant l'autorisation pour partir au bureau central de Kobe qui lui est ouvert 24h sur 24. En leur expliquant la situation. Je reçois une réponse négative de la part du bureau de Tokushima, me disant qu'il y a un avertissement de tempête en vigueur jusqu'à dimanche matin et des possibles vagues de 4m. Ils ne sont pas ouverts, mais l'officier est toujours en veille. Vu de mon côté, je sais bien qu'il y aura des vents forts, mais au moins ils seront du bon bord pour me rendre du côté est de la baie. Mais ce sont les autorités. Je suis mieux de les écouter. Mais ils ne comprennent pas que pour le reste de la semaine, les vents seront du nord, parfois avec un peu d'est. J'aurai de la misère à me rendre. Avec beaucoup de difficulté, je décide de les écouter. Mais j'avoue que ça boue un peu par en dedans, car je sais que je n'aurai pas de plaisir cette semaine à m'y rendre, mais que dimanche il m'aurait fallu à peine 6h pour faire le trajet sans tirer de bord, d'un seul coup.

La cerise sur le sundae. J'avais décidé de passer dimanche et lundi à travailler sur mon bateau, faire des réparations. La météo n'annonçait aucun vent pour lundi. Et vous auriez dû voir la journée de dimanche. Le gros soleil... Le gros vent d'ouest... je rageais par en dedans. Lundi matin, ils sont venus me voir. En me disant, c'est une bonne journée pour vous d'y aller M. Fortier. Ben oui, il n'y avait pas vent, pas une puf... les drapeaux ne bougeaient pas du tout. Je me suis donc un peu emporté. J'ai essayé de leur expliquer calmement, mais j'ai débordé un peu. J'ai essayé de leur faire un cours de navigation à voile rapidement. Mais, je crois que je bouillais un peu trop par en dedans. J'avoue que lorsqu'ils sont arrivés, j'étais à faire de minutieuses petites connexions électriques. Il y a eu une goutte qui a fait déborder le vase. M'envoyer naviguer une journée sans vent... s'il vous plait... ils m'ont demandé si je pouvais le faire au moteur... ouf... Je devais prendre de grandes respirations. Décidément, il est très difficile de nous comprendre. Étant donné la langue. Mais aussi les différences culturelles. Mais j'avoue aussi que je ne suis pas sûr que les gens peuvent vraiment comprendre la profondeur de mon projet... je me questionne beaucoup là-dessus.
C'est complètement une autre culture que la nôtre.

Par contre, je dois avouer que le respect qu'ils ont les uns envers les autres est exceptionnel. Je ne parle pas seulement des autorités. Je parle de tous les Japonais rencontrés. Le respect qu'ils ont aussi envers les étrangers est hors du commun. Peu importe ce qu'ils font au moment où j'arrive. Lorsqu'ils me voient dans le cadre de porte, j'ai besoin d'un renseignement ou de quelque chose. Ils arrêtent tout ce qu'ils font pour se consacrer à ma question. Quitte à ouvrir l'internet pour pouvoir traduire ce que l'on veut se dire. Ou bien faire une recherche d'un emplacement pour me l'indiquer. Dès que quelqu'un a besoin d'aide, ils se consacrent à l'aider. Et croyez moi, ils font tout leur possible pour faire tout ce qu'ils peuvent sur le moment. Et parfois plus! Certains font des détours ou demande l'aide d'une autre personne.

À Komatsushima, Toshi un marin d'ici, est venu me voir presque la journée où je suis arrivé au Japon. Son voilier est juste en face du mien de l'autre côté de la rive. Nous sommes dans une petite rivière. Et depuis qu'il est venu me voir. Il m'amène à gauche et à droite. Il me fait des petits cadeaux. Et le j'ai besoin de quelque chose, par exemple de l'aluminium, il sait bien me montrer l'endroit de prédilection. Il m'a amené dans une cour de récupération. J'ai trouvé plus que ce dont j'avais besoin. Ici, c'est pareil comme chez nous, les gens jettent les choux gras... j'aurais ramené un paquet d'affaires. Je m'excuse, mais la culture américaine abusive est rendue partout. La planète ne peut pas bien aller.

Toshi m'a amené aussi prendre un verre dans un restaurant, ils m'ont offert une bouteille de saké japonais. Et l'autre soir dans un autre petit bistro, toujours à Komatsushima, les proprios m'ont adopté, je suis pris pour y retourner tous les soirs. Ils me donnent à manger, ma première pizza manger au Japon, vraiment très bonne. Ils sont grands-parents à 55 ans. La nourriture japonaise est vraiment succulente. Et je suis un peu trop bien reçu. Il m'était de plus en plus difficile de quitter cette rive pour rejoindre l'autre. Toshi essaie de me rassurer, c'est partout pareil. Une femme rencontrée m'a parlé d'un concept. Je ne l'écris sûrement pas bien, ils l'appellent omoténasi. Je l'ai écrit à peu près comme ça se prononce. C'est un mot japonais, alors il ne doit pas y avoir vraiment une traduction anglaise. Ce que j'en ai compris : c'est que lorsque quelqu'un a besoin d'aide ou de quelque chose, ils doivent l'aider où lui donner ce qu'il a besoin. Alors, tout le monde essaie de m'aider ou encore me donne l'hospitalité...

Un autre exemple, un monsieur échappe sa tuque dans l'eau. Je vois bien qu'il a de la difficulté, je lui prête ma gaffe. Il est tellement heureux de retrouver sa tuque, il court au dépanneur. Je le vois, il est fou de joie. Il revient avec un sac rempli de petite collation.
Leur façon aussi de se remercier. En se penchant un peu la tête. Ils peuvent le faire quelques fois avant de se quitter. Alors, on n'a pas le choix d'adopter leur méthode. Dans les routes, les gens sont très polis. Les gens laissent passer les voitures. Personne n'utilise le criard, personne! Je n'ai pas entendu une fois le criard.

Alors pour les méthodes des autorités, c'est un peu difficile de juger. Ils ont des règles. Et ils les suivent à la lettre. Et lorsqu'ils font un travail, ils le font très bien. Alors, je crois que l'officier se sent dans l'obligation de m'aider à naviguer en sécurité. Mais, c'est certain par contre qu'il ne connait pas ce qu'est la navigation à voile. Mais son seul but avec moi c'est de rendre ma navigation la plus sécuritaire possible. À la perfection...
On peut penser que la navigation par ici est difficile. C'est bien évident, on ne connait pas les environs. Alors avec ces indications, ça peut m'insécuriser. J'ai des doutes sur la sécurité possible dans cette baie. Mais finalement, il accepte mon départ pour mardi matin, je lui dis pour 5h00.

Je mets mes trois alarmes à 4h. Et je me lève. Je dois y aller. Il fait noir. C'est un endroit que je ne connais pas bien. Il y aura du vent du nord et je sais que pour sortir d'ici ça risque d'être l'enfer avec ce vent contre moi. Un peu difficile de larguer les amarres d'un quai public en solitaire, mais le courant est avec moi, je me fais facilement déporter. Et le courant me pousse vers la sortie. Il est 5h30. Je passe les derniers brise-lames. La mer se lève tranquillement, elle se brise sur nous. Merde, qu'est-ce que j'ai fait de partir comme ça à la noirceur et avec des vents du nord. Par contre si j'avais attendu, je ne serais jamais parti... Mais les conditions m'inquiètent un peu. Il ne fait pas beau, c'est très nuageux, très gris et je ne vois pas beaucoup où je vais, mais j'avance avec le profondimètre et le GPS. Le jour ne tardera pas à se lever, le soleil restera bien cacher. Je verrai tout de même les vraies couleurs du ciel, gris, noir... rien de beau. Il vente, j'ai trois ris et yankee. On avance vraiment bien. Toujours au près du vent. J'ai vu des 5.3 noeuds passés sur le loch, Loréline a des ailes aujourd'hui. Il y a des cargos, mais ce n'est pas aussi pire qu'on peut l'imaginer. La baie est grande finalement. Il y a une autoroute de cargos, elle est facilement visible. Il s'agit de ne pas aller tirer des bords de ce coin là. Sinon, il y a d'autres routes de cargos, mais les cargos sont beaucoup moins fréquent, s'agit de ne pas trop jouer par là. La mer tout de même assez forte, un mètre parfois deux que balaie le pont assez souvent. Le vent change de provenance parfois. Il y beaucoup de montagnes, elles jouent avec le vent. Il atteindra parfois 30 noeuds, d'autres fois j'aurai peur de le perde. Une éclaircie vers 11h! Des beaux petits nuages au dessus de moi, un coin de ciel bleu. Je tire des bords, mais pas autant qu'on pourrait l'imaginer, je progresse bien. Lorsque je serai près de l'autoroute, je tire des bords pour faire du nord afin que lorsque je traverserai l'autoroute je n'aie plus de bord à tirer. Elle est pratiquement collée sur la rive où je dois me rendre. Je tire seulement deux bords pour éviter des cargos descendants. Ces bords ne sont pas contrariants, ils m'aident aussi à faire du nord. Je me pratique en même temps... Je commence à savoir faire... Il est difficile de passer à travers l'autoroute de cargos. Mais pas tant que ça. Il s'agit de tirer des bords et de passer en arrière de l'un d'eux et répéter le manège. Mon officier de la garde côtière m'envoie un message que je ne vais pas à la bonne place... décidément, il ne peut pas me comprendre...

Je tire mon dernier bord. Cette fois, j'ai toute l'eau nécessaire, je suis trop au nord. Mais j'aime mieux ça comme ça. Je peux amplement affaler ma grand-voile, envoyer un dernier message à la garde côtière. J'arrive à la marina il est 15h00. J'essaie d'envoyer un autre message de positionnement. 30 minutes plus tard, ça fonctionne. Je me vois le visage dans le miroir. Soit que la mer est vraiment salée, ou bien que j'en ai eu plein la face! Ou les deux... Il y en a qui se maquille... moi je vais en mer...

Le bureau de la marina est fermé, il n'y a pas âme qui vive... Je commence à comprendre des affaires... De mon côté, ce fut une superbe navigation!

Ce matin, mercredi matin, un monsieur est venu me reconduire à un hôtel pour s'informer du bureau pour la marina. Je lui ai raconté un peu mon histoire, il est venu voir mon voilier ensuite en venant me reconduire. Très impressionné... il est revenu le soir même me porter un sac avec toute sorte de nourriture. Décidément, ils veulent que je reste!



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Imprimé le : 17 octobre 2017