Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

17 février 2014

Mon arrivée près des côtes japonaises

Mon arrivée près des côtes japonaises

J'ai affalé la grand-voile la journée avant de toucher terre. Les conditions étaient vraiment trop mauvaises. Je n'étais pas en fuite, mais pratiquement oui.

Suite à la dépression qui m'avait levé une mer de 6m, la première. J'ai eu une accalmie d'environ 24h. Ce qui m'a permis de me reposer. J'ai pu dormir un gros 5-6 h je crois. Par chance, car le vrai gros temps s'en venait. Il y avait une autre dépression sur le chemin qui venait à ma rencontre. Celle-ci un peu plus déchaîner que la première. J'étais toujours au près bien sûr. Le vent ne cessait d'augmenter. J'ai même eu besoin de troquer mon yankee pour ma voile tempête, un foc de 7m. Probablement que j'aurais besoin de plus petit encore, je m'en doutais. Mais là, je l'ai vécu. À force de souffler, la mer s'est encore creusée de 6m. Toujours avec sa beauté incroyable, lorsque l'on voit le souffle de la mer être aussi puissant, on ne peut faire autrement que d'être en contemplation. Mais je ne suis pas sûr que mon gréement disait la même chose. Le dessus de l'eau finissait par voler au vent. Sa vitesse a donc dépassé les 35 noeuds. Et je ne peux être sûr, mais probablement dépasser les 40 noeuds. Nous étions toujours au près du vent. Mais je sentais bien que j'avais trop de toile encore malgré mes trois ris et mon foc tempête. Nous faisions des pointes de vitesses de 4.4 noeuds. C'était tout de même assez incroyable. Avec toujours cette gîte qui frôlait parfois le 400. J'ai enduré la navigation comme ça un certain bout de temps, je ne voulais pas perdre d'eau à parcourir. Mais les éléments qui circulaient autour de moi, les vagues qui balayaient le pont régulièrement, me faisaient réfléchir. Et plus le temps avançait, je me disais que je devais me trouver un plan B. J'ai pris la barre, malgré que le Cap Horn faisait son travail très bien. Je voulais sentir toutes les forces qui agissaient sur ma coque. Eh bien, j'avais mal au bras après quelques minutes, j'ai dû prendre les deux mains pour barrer et parfois je m'accotais sur un genou. Juste pour vous dire à quel point mon régulateur, il est fort. Je suis peut-être fort, mais lui il est infatigable. Cet essai me confirmait que je devais affaler la grand-voile quitte à perdre de l'eau à parcourir. Non pas parce que je ne pouvais plus faire route, mais parce que j'étais encore surtoilé avec le minimum que je pouvais avoir en place afin de remonter le vent.
Une fois la grand-voile affalée, les éléments ont complètement changé. La mer s'est aplatie complètement. Le vent s'est calmé. Il n'y avait plus d'eau qui balayait le pont. La gîte avait pratiquement disparu. Je me demandais si j'avais rêvé tout ce que je venais de vivre. Est-ce que j'avais vraiment vécu tout ce qui venait de se produire... J'avais maintenant un doute. Mais la chose certaine, à partir de ce moment, je naviguais des eaux qui semblaient tranquilles. Je faisais fausse route, mais bon, le gréement lui, il se reposait un peu.

Je faisais cap vers l'île de Shikoku, là où j'ai fait la rencontre de plusieurs cargos. Dont, celui qui m'a fait hisser de nouveau la grand-voile pour sauver ma peau.

Depuis mon entrée au Japon, la garde côtière m'a pris sous son aile. Elle veut que je navigue sécuritairement. Elle m'a rencontré mercredi et jeudi. Des réunions privées. L'officier qui est responsable du trafic maritime étudie avec moi mon plan de navigation. Est-ce que je vais à Osaka? De quelle façon? Par où est-ce que je passe... à quelle heure je vais y aller...

Alors, il me règlemente ma navigation. Je ne peux pas naviguer de nuit. Je ne peux pas m'ancrer où je veux. Parfois, pour ne pas faire peur aux résidants japonais. Pour ne pas semer la confusion. Alors, ça peut devenir un peu pesant comme sécurité. Je dois aussi me reporter à toutes les heures. Et ce, aux trois bureaux de la Garde côtière des eaux dans lesquelles je naviguerai.... ouf... un peu essoufflant, rassurant, mais essoufflant...
Mais par contre, ils m'ont fourni toutes les cartes des environs, les tables de marées... Ils me trouvent même les marinas dans lesquelles je pourrais séjourner. Je ne réussis pas à trouver d'internet, c'est très compliqué par ici. Tous les panneaux publicitaires sont écrits en japonais, je n'y comprends absolument rien. Et à peu près personne ne parle un mot d'anglais. Alors, les recherches sont très difficiles. Même toutes les personnes que j'ai pu réussir à leur demander ne savent pas où je pourrais trouver de l'internet.

Un navigateur japonais est venu me voir à mon bateau. Il m'a amené prendre une bière et depuis, il vient me voir une fois de temps en temps. Malgré que je ne suis pas souvent présent, je suis toujours parti pou r essayer de trouver divers endroits. J'ai trouvé une place pour me doucher, mais lorsque j'ai voulu y aller, elle était fermée. Quelques jours de plus ou de moins... Je commence à avoir très hâte par contre. J'ai aussi trouvé un endroit pour laver mon linge. J'ai profité des quelques épiceries que j'ai pu rencontrer. Je me suis dit, tiens, je vais manger une pizza. Ça va faire changement, et ça va être bon... Bon, je n'en ai pas trouvé. Je me suis résigné sur les sushis.
Et je n'ai pas trouvé d'alcool pour mon poêle. Même dans un magasin grande surface, une quincaillerie. Je me suis dit, coudon, il faut bien que je sois en Asie pour m'apercevoir qu'ils ne savent pas c'est quoi la fondue chinoise. Je me demande ce qu'ils mangent pour la St-Valentin. Encore des sushis ?

Malheureusement, je ne pourrai pas appeler ma valentine. Comme je disais, je n'ai pas trouvé de moyen de communication. Mais simplement de savoir que finalement, j'ai trouvé une femme avec qui je suis sur la même longueur d'onde, ça fait vraiment du bien. Malgré la distance, elle est vraiment très importante pour m'aider à garder le cap. Mais elle, Ana, je saurai comment la remercier...



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Imprimé le : 24 novembre 2017