Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

12 février 2014

Toute une aventure...

Toute une aventure...

Je remontais encore une fois ce fameux vent du nord... Il me semble que je le remonte depuis mon départ de l'Indonésie. Cette fois-ci, c'était durant la journée de dimanche le 9 février 2014. Je me perds un peu dans les jours et dans les dates, c'est pour cette raison que je suis bien spécifique. Voyez-vous, juste en l'écrivant j'écrivais le mois de janvier... mais, à moins que je me trompe nous sommes en février...

Je suis parti de mon accostage la nuit. Je me disais en moi-même, je vais me faire une mission de nuit! Ça va être terrible, il me semble que ça fait longtemps que je n'en ai pas fait... Parfois je ne me comprends même pas moi-même, il me semble que je navigue toutes les nuits, presque depuis deux ans... Mais cette fois-ci, partir d'une baie durant la nuit, je trouvais la mission spéciale. Effectivement très spéciale, j'avais tôt fait de heurter une bouée de pêcheur. Je ne sais pas par quelle chance, je suis passé du bon côté, le filet se trouvait de l'autre côté de la bouée. Quelques minutes plus tard, j'en croisais une autre, cette fois-ci, je me suis servi de la lune pour éclairer mon chemin. J'ai fait un détour, mais combien payant au bout du compte. Sur mon chemin pour rejoindre l'autre baie, celle de l'autre côté de la montagne, j'ai appris encore plus à naviguer à travers les cargos. Pourtant, j'avais déjà eu ma leçon en arrivant.

Finalement, j'avais dû hisser ma grand-voile à la dernière minute pour faire face au vent afin de m'éclipser de la route de l'un d'eux... J'avais bien failli y passer cette fois-là. J'ai vu un mur noir avec une petite lumière en haut... Je l'avais vu s'approcher, mais sans grand-voile il était difficile de faire une route convenable pour m'éloigner de son chemin. Des cargos, il y en a au pied carré. Je suis persuadé qu'ils les empilent un par-dessus l'autre dans les ports. Ou bien, ils sont vraiment très efficaces pour les chargements.

Alors, ma mission de nuit fut extraordinaire. Encore une fois, remplie d'apprentissage. Suite à divers changements de route afin de sauver ma peau à travers les cargos. Impossible de fermer l'oeil 15 minutes, sinon je suis cuit. J'arrivais dans la nouvelle baie au petit matin, le soleil allait se lever. La légère brise que j'avais, qui m'avait poussé vers le centre de la baie, est devenue inexistante. Mer de deux mètres. Le moteur ne peut pas être vraiment efficace. Les cargos sont partout. Je tiens à rester en vie, je fais mon possible pour rejoindre le bord si possible, il devrait y avoir moins de vague si je suis chanceux. Le vent reprendra son quart de travail vers 8h. Très bien, merci, je reprends la route. Je tirerai des bords toute la journée. Pas le choix, seulement un cargo déviera sa route pour m'aider durant la journée. Alors, ma progression est lente et parfois je dois perdre du terrain pour rester en vie. L'un d'entre eux m'intriguera beaucoup. J'ai dû abattre, et abattre pour passer sous son vent. Mais, il était arrêté. À la dérive... Je m'en suis rendu compte en m'approchant, de loin je ne pouvais pas être certain. Je le trouvais lent, mais comment être vraiment certain. J'apprends à user de prudence.

La nuit tombera et malheureusement, je tire encore des bords pour remonter cette baie qui me conduira peut-être, un jour, à Osaka. La progression est lente. Durant la nuit, les cargos sont visibles. C'est toujours bien un avantage. Le jour, il est plus facile de voir rapidement leur course. Mais la nuit, leur lumière est visible de plus loin. L'avantage, je commence à m'inquiéter plus tôt! Mais au fur et à mesure que j'avance. Je me rends compte qu'il y a des ports partout dans la baie. Les cargos se perdent progressivement à travers les montagnes. Pratiquemenent, il n'y a presque plus de cargo au centre de la baie. Je navigue vraiment bien. Depuis que j'ai pris le 3e ris, ce matin, je n'y ai pas retouché. Deux mètres de mer balaient le pont régulièrement. Je suis encore au près. Toujours au près. Et je navigue de nuit. Avec toutes ces lumières autour, de plus en plus je reconnais les cargos au loin et je commence à être capable de voir leur course de plus en plus rapidement. Je vois le goulot d'étranglement arrivé au bout de la baie. Je vois les phares qui le délimitent. Je les reconnais, ce sont eux. Il y a 11 miles nautiques entre eux. Moi, je tire des bords, je ne suis pas inquiet. Mais il me semble que ça risque de passer serrer un peu avec ces cargos qui risquent de surgir au dernier moment. Eux, ils sont très rapide. Je dois naviguer pour chacun d'eux pour sauver ma peau. Je suis fatigué, très fatigué. Je me permets de légers sommes, assis, la tête accotée quelque part, je reste dans le cockpit en dessous de ma cabine, la mer et le vent me laissent au sec. Et moi, je reste tout habiller avec ma grosse combinaison, c'est l'hiver, il fait froid. Mais je réussis à être bien, j'aurai mon hiver moi aussi.

Et je réfléchis. Je réfléchis tous les jours, mais cette nuit-là je commençais à réfléchir autrement je crois. C'était mon rêve de naviguer en hiver sur le fleuve. J'ai fait quelques fois du canot à glace avec des amis hors compétition. Et là, il me semble que ça fait longtemps que je navigue comme ça. Presque deux ans déjà. Parfois je me sens seul. Mais je sais que je suis bien entouré. J'arrive au Japon, c'est l'hiver. Je suis au près du vent, il y a des cargos, c'est dangereux. Mais je suis bien en navigation. J'aime naviguer. Il y a des gens que j'aimerais être près d'eux, mais je suis ici. Je suis vraiment chanceux d'avoir certaines personnes près de moi malgré la distance. Cette dernière navigation pour arriver jusqu'ici a été, je crois, la plus difficile que j'ai faite depuis mon départ. Très exigeante pour Loréline, mon voilier. Et mentalement très difficile aussi. J'avais un ange gardien gardé un peu secret, mais ce fameux loup de mer que j'avais rencontré aux Açores en 2008. Il m'aide beaucoup dans mes navigations. Par sa présence quotidienne via ma radio Hf. Il m'aide pour la météo, sa présence est réconfortante. Mais finalement, il navigue presque autant que moi. C'est très spécial. Moi je navigue et lui il est comme en haut et il regarde ce qui se passe, parfois il me conseille sur quelque chose à faire. Jamais que je ne saurai comment le remercier vraiment. Merci Richard, j'essaie vraiment d'arrêter au Mexique en passant, prendre une bière... Il le faut.

Je navigue toujours, c'est un drôle de sentiment, je me sens extérieur à tout ce qui m'entoure, mais pourtant j'en fais parti. Je suis une partie de ce tout. Et j'arrive dans ce goulot d'étranglement, je tire toujours des bords, je vais passer, il reste 10 miles à faire. Le soleil va se lever bientôt, dans quelques heures. Et quelque chose spécial, il n'y a comme plus de cargos qui arrivent pour passer entre les bouées. Finalement, le soleil se lèvera, les bouées dévoileront leur vraie couleur, ce sont des montagnes. Les phares scintillent au-dessus d'eux. Il n'y a pas de cargo à l'horizon, je passe seul tranquillement. La mer est toujours aussi forte. Le vent est très puissant. Je tire toujours des bords. J'aperçois des cargos recommencer à circuler. Je vois mieux leur trajectoire maintenant. La plupart qui passent les montagnes se dirigent vers Osaka ou bien ils en reviennent. Certains font un arrêt ici, tout près sur la côte. Il y a des usines entre les montagnes, de grosses cheminées, de la grosse pollution. C'est frappant. Je me demande bien, je serais curieux de savoir qu'est-ce qu'on produit dans ces usines.
La mer est vraiment forte, parfois il y a des rafales. Il doit y avoir 30 noeuds dans le pire. Finalement, je pense à la prochaine nuit qui s'en vient. Je dois dormir. J'étudie les possibilités. Il y en a plusieurs, on peut trouver un port dans tous les racoins des montagnes. Je commence à calculer pour différents emplacements. Je suis trop optimiste parfois. Je ne veux pas arriver de nuit. Alors, je commence à couper court. Si je veux arriver le jour, je dois arriver en fin d'après-midi au plus tard. Je regarde donc l'endroit le plus proche de ma position actuelle. J'ai vraiment besoin de sommeil, si je m'endormais par ici trop profondément, je risquerais fort d'entrer en collision avec la côte ou bien un cargo. Mon but premier est toujours de ramener mon voilier chez nous.
Le vent commence à refuser. Je fais mon point GPS pour le port le plus proche. Le vent nous amène directement à bon port. J'affalerai la grand-voile une heure avant les bouées. Le voilier abat un peu. La vitesse reste presque la même, il vente tellement fort. Il y a des cailloux, mais je les ai marqué sur mon GPS, je passe à côté. Finalement, ils étaient bien signalés par des bouées. Je les vois au loin, je ne suis pas si près, mais j'use de précaution. Je passerai les bouées du port au moteur, la mer est complètement folle, elle réussit à m'arroser encore. J'avance à travers les bouées. Je réalise que ce n'est peut-être pas un bon endroit pour me protéger, je ne vois pas bien où je vais aller. Je fais confiance, je n'ai pas le choix. Mais lorsque je pense qu'il faudra que je ressorte d'ici, à travers ces vagues, contre le vent... Je pense que j'ai pris une mauvaise décision. Je devrai attendre une journée vraiment tranquille pour en ressortir. Finalement, j'arrive dans un port relativement bien protéger. J'amarre sur un quai public, c'est le seul endroit disponible. La garde côtière m'a déjà aperçu de loin. Des agents se dirigent vers moi. Ils sont plusieurs. Des jeunes, ils doivent suivre un cours. Ils sont environ 8 au total avec un professeur j'imagine. Ils font leur travail. Ils inspecteront l'intérieur du voilier comme je n'aurai jamais eu l'occasion de vivre nulle part ailleurs. Ils sont 3 ou 4 à fouiller partout. Je souris, ils sont drôles à voir faire. Les agents de la douane viendront aussi. Je remplirai les papiers comme il se doit.
D'autres agents de la garde côtière arriveront. Ceux-là ce sont les vrais. Un paquet de questions. Oups, j'ai encore commis une erreur. J'ai violé la loi encore une fois. Je leur expliquerai. Ils essaient de trouver une solution. Un des agents me propose de ressortir des eaux territoriales de 12 miles et de les appeler par VHF pour me régulariser... wo... je lui explique que si je sors, je ne reviens plus... Il m'a fallu 36 heures pour remonter la baie. Je devais les appeller par radio pour avertir de mon arrivée 12 miles avant de rentrer dans les eaux japonnaises. Mais là je leur explique, que j'ai plusieurs bris à bord, mes voiles, l'enrouleur, les connexions électriques, même mes lumières de proue et de poupe ont arrêté de fonctionner. Je dirais qu'ils sont quatre agents réguliers, ils passent sous la loupe mon carnet de bord, ils vérifient ma carte de navigation, ils auraient bien aimé avoir la trace de mon GPS. Mais mon GPS n'est pas extraordinaire. Il n'a pas beaucoup de mémoire. À force de discuter sur ce que je fais, mes raisons pour venir ici. Les agents seront compréhensifs. Ils trouveront le moyen de me régulariser. C'est compliqué, mais ils le font. Je suis encore une fois très chanceux. Ils ne sont pas là pour me donner de la misère. Ils font juste bien leur travail, très bien d'ailleurs. Et je coopère, je n'ai pas le choix, je dois rester pour réparer mes bris. Ils le voient bien, je ne suis pas ici pour faire du mal. Ils jugent que ce que je fais est bien aussi.

Je suis arrivé au Japon finalement, bienvenu chez nous! Finalement, c'était peut-être la meilleur place pour venir me réfugier et faire mon entrée au pays... sinon, va savoir sur quel agent j'aurais tomber...



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Imprimé le : 20 août 2017