Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

6 février 2014

Le vent du coq à l'âne

Le vent du coq à l'âne

Je suis tout près du but. Mais le vent ne veut pas me le donner facile. Suite à la pétole de lundi. Le vent du nord-ouest creuse la mer de 4 mètres très tôt mardi matin. Il s'est levé tranquillement en fin de journée lundi. Ce qui m'a permis de dormir un peu malgré tout. Je m'approche des côtes. Il y a toujours de cargos. Je vois des lumières, mais je ne vois que les lumières. Des cargos bien sûr. Où vont-ils? Je veille, j'essaie de faire un somme dehors. Il fait froid, de plus en plus froid. Je me lève, oups... je vois une lumière juste en arrière! Elle clignote. Voyons donc, ça ne peut pas être un cargo... Il me semble bien trop proche, je cligne des yeux, essaie de de me réveiller mieux. Bon Dieu! La lumière s'éloigne finalement. Je vais à l'intérieur voir le radar, rien du tout... Je ne comprends vraiment rien. Je sors sur le pont... Une autre lumière, celle-ci je la vois bien. Elle semble être une lumière de bouée, pas le choix. Elle est trop proche. Ce doit être des bouées de pêcheur. Elles sont tellement loin de la côte. Je ne comprends pas comment ils peuvent faire pour les maintenir en place.

J'ai croisé trois ballons noirs lundi. Le premier, je me dis, je vais me rapprocher pour voir. C'était un simple ballon flottant noir. Il y avait du cordage en dessous. Je ne me suis pas approché trop près. Je n'ai pas envie de m'emmêler dans ce gréement là. En continuant, il y en avait un autre, du même type. Et encore plus loin, il y en avait un autre identique. Les trois semblaient être en ligne. Ils étaient sur mon chemin. Nous sommes loin de la côte à ce moment-là, il y a plusieurs milliers de pieds d'eau. Peut-être étions-nous sur un monticule, je ne sais pas. Ces trois-là étaient sans lumières, sans drapeau, sans bâton pour les identifier de loin. J'ai de la difficulté à comprendre comment ils font. Je ne suis pas pêcheur.

Il y avait aussi plus loin quelque chose de rouge, je me suis approché de plus près. C'était un ballon en forme de fraise, de ceux qu'on voit dans les foires. Je l'ai ramassé. J'en ai vu un autre semblable mercredi. Il était trop loin, j'ai continué mon chemin. Je me rapproche d'un endroit où il y a de la vie, il y a de plus en plus de plastique en mer. Des bouteilles et autres objets flottants non identifiés, mais il n'y en a pas autant que lorsque j'arrivais en Indonésie.

Donc je me suis fait laver dans tous les sens et tous les côtés mardi. Des vents d'environ 30 noeuds nous ont donné de bons creux, mais ils étaient rapprochés. La mer pétait de tous les côtés. Impossible encore une fois d'être au sec où que ce soit. Je ne suis pratiquement pas sorti sur le pont. Les voiles étaient déjà prêtes pour les circonstances. Je n'avais qu'à m'accrocher et à admirer le spectacle, de toute beauté! J'ai remarqué une nouvelle sensation à travers toutes les forces qui s'exercent sur l'embarcation. Lorsque le voilier descend une vague. Parfois bien sûr il n'y a pas beaucoup d'eau, il descend alors comme dans une chute libre, ça cogne. La gravité. Mais d'autres fois, le voilier est tellement bien accoté dans l'eau, il ne décolle pas. Alors cette journée-là, j'ai bien senti la force du vent qui l'accote dans la vague. Le vent qui le fait gîter bien sûr, cette force l'accote encore mieux dans la vague. Pas toujours, mais lorsque le vent accote le voilier comme il faut dans la vague, c'est sublime! Le vent et la mer sont trop forts.

C'était seulement un coup de vent finalement, une journée. On s'est bien amusé. Les éléments se sont calmés pour la nuit. Nous avons fait 95 miles dans notre journée. Vous avez remarqué je parle presque uniquement des bonnes journées...
Et la journée de mercredi, j'ai rongé mon frein. Je cherchais une solution pour réparer mon enrouleur. Je l'ai trouvé. En y réfléchissant bien, je me suis dit qu'au près, c'était impossible d'avoir une solution temporaire qui tiendrait le coup plus que quelques heures. Alors, j'ai oublié l'idée. Je rongeais mon frein encore. Nous avancions à 1.5 parfois la vague nous ralentissais à 0.5... ouais.... nous faisions cap à 900... je rongeais mon frein...

Il y a une dépression qui s'en vient. Et elle semble avoir du nerf, j'aimerais bien être ailleurs qu'en mer. Je dois avancer. J'ai finalement sorti mon foc tempête que j'ai mis sur l'étai largable. Ça l'air de rien, mais 7 mètres de toile de plus c'était suffisant pour calmer son homme. Peut-être que le vent donnait un petit coup, c'est bien possible. Mais j'ai l'impression de sentir des nouvelles sensations. Un voilier plus pesant à l'avant cogne moins. Oui, avec le yankee, c'était définitif. Le près était beaucoup mieux amorti qu'avec l'enrouleur. Mais là, la vague qui cognait malgré la force du vent, car il y avait toujours une petite résiduelle d'hier qui venait nous taper dessus. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas fait de nord, la vague se prenait mieux sous cet angle, en faisant route vers l'est. J'ai même fait un essai durant la journée. Le vent nous fuyait tellement que notre cap se sauvait avec vers le sud... J'ai essayé de tirer un bord vers le nord... Je devais l'essayer, mais je savais déjà la conclusion. Le cap était encore pire que pire en personne, je suis revenu vers l'est.

Bref, journée où... Je me suis dit coudon, il me faudra peut-être une semaine pour franchir une distance qui pourrait me prendre deux jours dans de bonnes circonstances. Il me reste que 230 miles à faire pour arriver à Osaka. J'ai décidé d'arrêter ici. Mon supposé contact à Tokyo ne me donne pas trop de nouvelle. Je trouverai tout ce dont j'ai besoin ici. Et j'irai faire mon tour à Tokyo peut-être en passant.

Toute la journée de mercredi, j'étudiais la meilleure route d'approche pour la côte. En vainc, cette fois-ci les vents sont continuellement contre nous et jusqu'au bout. Que je fasse route vers l'ouest ou vers l'est, au fur que j'avancerai le vent nous refusera... Je devrai jouer de patience et tirer des bords jusqu'à la dernière minute. À moins que la météo tourne de mon bord, je me croise les doigts. Si au moins, il pouvait continuer à souffler. Est-ce que je pourrais dormir alors... Seulement lorsque tu seras à quai mon jeune moussaillon. Il me semble que toutes les fois que je me prépare pour un petit roupillon, le vent est bon, les voiles sont bien tout semble sous contrôle... J'enlève des pelures et je me tire dans mon lit... le vent nous fausse compagnie, je dois me lever pour regarder tout ça.

Je perds patience contre le vent mercredi soir, je crois que je suis épuisé. Il m'a amené au bout du rouleau. Je lui dis simplement que je veux dormir, je n'en peux plus. Le vent vient par petite rafale. On avance quelques minutes... et oups... les voiles flacottent une fois sur deux... C'est dur pour les nerfs. Vers 22h, je lui dis que ça suffit, je dois dormir. Eh bien, je me suis préparé pour dormir, j'ai fermé l'éolienne pour qu'elle reste silencieuse même s'il y avait une légère brise. J'ai même fermé la porte de la descente, ce n'est pas dans mes habitudes lorsque c'est tranquille. Et j'ai fermé l'oeil vers 22h. Je me suis réveillé à 4h du matin. J'ai peut-être été somnambule, ça, je ne saurais pas. Mais j'ai vraiment dormi profondément. Je n'ai rien entendu.

Au matin de jeudi, le ciel était couvert. Il y a une légère brise. Le loch indique parfois 0.5 noeud parfois 0 noeud. Mais le Gps semble indiquer que nous avançons toujours. Et le vent qui devait tourner semble tourner tranquillement. Nous faisons cap vers le nord!! Hou! Hou!

Il y a deux cargos à l'ouest. J'allume le radar pour vérifier leur distance par rapport à notre position. Le plus près se trouve à 3.5 miles de nous. Sa ligne de flottaison semble être sur l'horizon. Le plus loin est à 10 miles. Je ne peux pas voir le pont de celui-ci, je ne vois que sa passerelle. Lorsque le premier s'éloignera, je l'examine pour me donner une idée visuelle de leur distance avec mon oeil. C'est très difficile, car finalement, à 6 miles je pourrais aussi dire que sa ligne de flottaison semble être sur l'horizon. Mais je me fais tout de même une idée avec leur grosseur apparente. Et je constate aussi que mon radar détecte jusqu'à environ 12 miles de distance. Dans des conditions de mer exceptionnelle, le bateau droit, sans gîte et pratiquement sans vague. C'est un peu normal, l'oeil voit aussi loin que le radar.

Si je regarde les fichiers météo pour les prochains jours... J'vais finir cette navigation-là comme je l'ai commencé, avec du vent dans le nez...

La journée de jeudi se passe un peu comme mercredi, avec des puffs de vent de temps en temps. Nous n'avons pratiquement pas. Nous croiserons plusieurs ballons de pêcheurs noirs. Ils sont de la grosseur d'un ballon de soccer.

Le vent se lèvera, je crois pour de bon... en fin de journée, ver 16h locale. Une dépression nous amène ce vent. Il y a déjà des vagues qui cognent sur la coque, l'eau balaie parfois le pont.



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Imprimé le : 22 novembre 2017