Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

3 février 2014

Une île flottante droit devant

Une île flottante droit devant

J'avais l'impression d'entrée dans un autre monde en fin de semaine. Après tout le mauvais temps et la grosse mer que j'ai eus pour parvenir jusqu'ici. Le calme de la mer, le souffle du vent qui semble régulier et doux. Il pousse tout de même bien. On fait de la belle vitesse et on progresse vraiment bien. Mais nous n'aurons pas fait notre 100 miles, 88 miles pour vendredi. J'ai droit à un autre superbe coucher de soleil, il n'y avait aucun nuage dans le ciel aujourd'hui non plus. En fin de journée, je dois m'habiller, une tuque, un gilet à manches courtes, un gilet long. Le froid tombe la nuit tombée et l'humidité sort. Je mets même des pantalons, espadrille et des bas. Je prends le temps de m'asseoir pour contempler les dernières lueurs du soleil. Il se couche tranquillement, je me fais à manger. Je regarde l'horizon...

Il fait vraiment très noir. Il n'y aura pas de lune cette nuit encore, je crois. Je vais à l'intérieur et je ressors avec ma crêpe pour la manger en plein air. Je jette un autre coup d'oeil sur l'horizon avant de m'asseoir... Bon Dieu, que se passe-t-il? Il y a des lumières partout en face de moi. Une douzaine environ, difficile à compter, elles clignotent. Je sais qu'il y a une île pas loin, il me semble que je ne suis pas sur le chemin. Je ne peux pas être rendu au Japon tout de suite, ça pas d'allure... C'est une meute de cargos. Pas le choix, c'est la seule possibilité. J'allume le radar. Il ne voit rien du tout. Malgré qu'il n'a jamais vu plus loin que 6 miles. Normalement, selon la théorie, l'oeil devrait voir jusqu'à 15 miles à cause de la courbure de la terre. Je ne les voyais pas avant qu'il fasse noir, alors ils devraient être plus loin. C'est donc normal que le radar ne voit rien. Je le laisse en veille. Et je reste en veille aussi.

J'examine ce qui se passe avec tout ce beau monde. Les lumières clignotent vraisemblablement à cause des vagues entre nous. Je les vois tranquillement, il y en a une qui disparait par l'est, une autre la suit. J'ai vu une lumière verte à l'ouest, lui il doit descendre au sud. Finalement, après une demie-heure, ils ont tous fait leur chemin. Mon radar n'a rien détecté. C'est ben pour dire. Il y a du cargo en ciboulot par-ici. Et on ne les voit pas tous,malgré qu'ils passent assez proches tout de même.
J'ai pu dormir en paix.

Samedi matin le vent tourne au sud tranquillement. C'est un peu déprimant aujourd'hui, il nous manque de toile... J'ai l'impression de tourner en rond, on fait 3.2 noeuds lorsqu'on devrait faire plus de 5.0 noeuds à cette allure là. Le vent est plutôt d'est. Pas le choix, je fais du ménage pour passer le temps. Le dessous du plancher, la cuisine et certains racoins de la salle de toilette, ça fait du bien à l'esprit. Le coucher de soleil est encore sublime. Après tout ça, j'ai chaud, je suis en bedaine pour l'admirer.
Ennuagement particulier ce soir, cheveux d'ange accompagnés de cirro-cumulus.... en provenance de l'ouest, sud-ouest peut-être, ils nous passent vers le nord.
Le nouveau quartier de lune apparait juste après le coucher du soleil.

Samedi matin, la misère noire... Les nuages nous ont envahies. C'est presque du brouillard. Il pleut, mais il vente tout de même légèrement. On avance un peu. L'atmosphère se dégage finalement des nuages très bas. Je peux voir les nuages de haute altitude. C'est vraiment très beau, ils sont ramagés avec différentes teintes. J'ai l'impression que ce pourrait devenir un dégagement pour la journée. Depuis que je sais qu'aujourd'hui, le vent devrait être du sud et faible, je me suis mis un peu dans la tête de hisser le spi... Je reste toujours craintif avec cette voile. Le vent semble diminuer. Je décide de le hisser. À toutes les étapes de préparation, je jette un oeil à l'horizon, rien ne change... je continue... oh! Il y a une puf de vent qui rentre... Mmmh... j'arrête, je la regarde passer... bon d'accord, je hisse sinon je vais passer la journée à trainer de la patte, faut que j'avance.

La pluie recommence une heure après. Le vent va finalement tomber. Il y a du vent du nord qui devrait s'en venir d'ici la fin de la journée. J'ai bien peur que ce soit le moment. Souvent lorsque le vent tombe, il se prépare quelque chose de l'autre bord... J'affale le spi et le range mouillé.

Le vent jouera au ping-pong toute la journée. Il viendra tantôt de l'ouest. On en profite un peu. Mais trente minutes plus tard, il nous a déjà largués. Les voiles ne savent plus où tirer de la tête. Je fais un test moteur. Si un cargo surgi dans ce genre de simili brouillard, je suis cuit, je n'ai qu'une chance c'est de brûler un peu de carburant, faut qu'il démarre.

Le vent reviendra plus tard du secteur est. Nous ferons quelques miles vent de travers. J'étends mon spi sur le pont pour le faire sécher un peu. Toutes ces manoeuvres tiennent occuper. J'ai même réussi à me rincer à la pluie à travers tout ça. Le vent jouera au ping-pong avec les voiles toute la journée. Un petit coup de vent à l'ouest, un petit coup à l'est. Parfois, il semble venir plus du sud. J'affalerai la grand voile à certains moment pour la hisser certains autres pour vérifier si cette brise de vent là serait la bonne... Patience...

J'ai brassé beaucoup de toile pour pas grand chose finalement, encore une fois j'aiguise ma patience... Dans la nuit de dimanche, la pétole nous amène au diable aux vaches. On dérive d'une drôle de façon. Je dormirai finalement malgré tout. Il y a toujours un vague qui nous roule. Lundi matin c'est la même chose. Pétole, on dérive vers je ne sais trop où... On suit le courant. Je croyais qu'il aurait dû nous amener au nord, mais on va plutôt vers l'ouest.

Les fichiers météo changent de prévisions tous les jours. Ce fameux vent d'ouest retarde à venir gonfler nos voiles. En fin de journée lundi, il semble y avoir des rides sur l'eau pour la 20e fois depuis hier. Je vais essayer de ne pas trop espérer.

Fait cocasse. Hier, j'ai récupéré un petit poisson, environ 1 cm. Il a atterri sur le pont par hasard. Je l'ai pris dans mes mains. Il était déjà mort. C'était la première fois que j'avais un aussi petit poisson dans mes mains. Je l'ai examiné de près dans tous les sens, je l'ai senti... Et je dois vous dire que déjà petit, ils commencent à sentir le poisson!



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Imprimé le : 22 novembre 2017