Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

29 janvier 2014

Y'a toujours des choses pires que ça...

Dimanche, il restait encore des gros nuages dans le ciel. L'un d'entre eux qui s'avance sur nous change le vent de directions de 400 environ. Notre cap change trop à mon goût et nous nous dirigeons presque vers l'ouest. J'effectue un virement de bord. Une fois le nuage passé le vent reprend sa direction initiale. Je revire de bord. Nous faisons un cap compas d'environ 3500. Avec la dérive environ 3400. Je crois que nous sortons tranquillement du courant qui pousse vers l'ouest. Du moins, il devrait commencer à s'incurver bientôt vers le nord, il me semble qu'il perd de son intensité à nous déporter vers l'ouest.

Lundi, nous entrons dans une zone de haute pression. Comme l'indique le baromètre. Les gros nuages noirs ont quitté les lieux, par ici, les petits cumulus sont partout. Le fond du ciel est bleu. Les vents sont assez stables, varient entre 15 et 20 noeuds. La mer est moins brutale. Elle ne dépasse pas plus de 2.5 mètres de haut. Ça cogne encore parfois, mais beaucoup moins. L'ondulation de la mer provient plus de l'est maintenant. Il nous arrive tout de même parfois de descendre la vague solidement et de cogner durement. Et là, l'eau de mer revole à des mètres de distances... Loréline travaille encore dur. Mais moins souvent.

Nous avons droit à un superbe coucher de soleil lundi soir.

Nous avons croisé des cargos lundi. L'un qui passait à l'est de nous et l'autre à l'ouest. Tous les deux semblaient avoir une route vers le sud-est, en provenance probablement de la Corée. C'est un peu particulier de savoir l'Asie pas si loin de nous à bâbord.
Je ne parle pas des oiseaux que nous rencontrons. Il y en a presque tous les jours. Je ne connais pas les espèces. Hier, c'était un couple, aujourd'hui ce doit être un vieux loup de mer solitaire. Mais qu'est-ce qu'il fait dans le coin seul?

Il commence à faire moins chaud lorsque le soleil se couche. J'ai sorti ma tuque. Je pense me mettre quelque chose sur le corps. Il le faudra bien un jour. La soirée avance et je mets un gilet. Si je veux rester dehors, je dois mettre des pantalons. C'est la première fois depuis quelques mois que je m'habille en navigation. Ce soir j'essaierai de dormir dehors avec un manteau une pièce. Je n'ai pas le choix de me mettre des sandales fermées dans les pieds pour les habiller un peu, le vent est froid. Je ne trouverai pas le sommeil. J'aboutirai dans mon lit à l'intérieur.

Je croyais être tranquille, le vent perd de l'intensité. Je vais voir. Je dois larguer de la toile. C'est deux ris ou rien du tout. Je largue tout. Je retourne me coucher. Le ciel semble beau, rempli d'étoile partout à l'horizon. 30 minutes plus tard, coup de vent... Je me lève rapidement, je vais me faire rincer les fesses sur le pont. Je reprends les deux ris. Malheureusement, de cette façon, deux ris à la fois, il y a trop long de bosse de ris qui traine. Elles s'emmêlent les unes aux autres et le temps de revenir prendre le mou dans le cockpit. Il y a des noeuds dans les bosses de ris emmêlées, il est très difficile de démêler le tout. Je me suis déjà fait fouetter le visage par l'une, et ça fait mal. Je devrais apprendre à faire comme d'habitude, prendre mon premier ris sans trop l'étarquer et passer au suivant. Les bosses ne se mêleraient pas. Mais cette fois-ci, c'est l'enfer. Lorsque je réussis, j'étarque le 2e ris... Ça y est,j'ai déchiré la toile au 2e ris aussi... Il ne me reste plus que le 3e en fonction. Je ne sais pas ce que je vais faire avec ça. S'il y a une accalmie qui se présente, je vais peut-être changer la voile et attendre pour la faire réparer convenablement.

Mardi, la mer s'était plus ou moins calmée. Mais pas tout à fait. Il y a des gros nuages dans le ciel aussi parsemé de cumulus. Je vois des vagues de 4 mètres défilées de temps en temps. La mer reste forte. Le vent provient de plus en plus de l'est, il doit souffler depuis longtemps. La mer cogne solidement encore aujourd'hui, nous n'avons pas de répit. Le soleil est au rendez-vous. Un cargo rempli de conteneur jusqu'à la passerelle nous passe au nord, il va vers l'est. Je rencontre un baril noir. Il doit provenir d'un conteneur échappé... J'aurais peut-être dû arrêter, mais la mer ne m'inspire pas pour faire demi-tour. Mais s'il y avait eu un trésor?!

En après-midi, plus aucun nuage. Le vent devient fort. Il pousse. Sa force est incroyable. La mer balaie le pont. J'aime avoir le visage sorti de la cabine pour voir l'horizon, pour sentir le vent, pour être en contact direct avec les éléments, savoir ce qui se passe. Je sens mieux le tout de ce qui se passe et de ce qui s'en vient. Eh bien oui, j'en profite pour manger quelques vagues en passant. Le fond du vent commence à être frais un peu.

Mardi soir le vent refuse. Il devrait adonner. Difficile à accepter, mais c'est comme ça. Je me demande parfois si je ne virerais pas de bord, j'essaie d'être patient et de regarder les choses se dérouler. Pourtant, il n'y a pas de gros nuage dans le ciel. Selon les fichiers, il aurait dû commencer à travailler de notre côté pour quelques jours, il tarde. Sûrement demain, j'ai dû mal regarder les fichiers météo.

Durant la nuit, le vent se calme et la mer suit la tendance. C'est vraiment bon pour le sommeil. Je réussis à dormir profondément. Comme d'habitude je me lève quelques fois, je déroule un peu de génois lorsque notre vitesse devient trop médiocre. Mais je dors tellement bien. On ne ressent presque plus de coup.

Mercredi, ce fameux vent d'est arrivera toujours bien d'un moment à l'autre. J'ai décidé de laisser le génois enrouler d'un tour. Comme régulièrement, je fais le tour de l'horizon, je regarde le gréement en passant. Depuis mon démâtage, j'ai tendance à regarder plus souvent le gréement. Que vois-je? Une couleur grise qui ressort de la toile sur la tubulure de l'enrouleur... Non, je vais voir ça de près... J'ai mon voyage de terre! La réparation a cédé. Le soudeur n'a pas fait gaffe. Il a affaibli la tubulure en soudant et elle s'est rompue et elle est actuellement ouverte. J'enroule de quelques tours immédiatement. Il ne faudrait pas que ça aille plus loin. En réfléchissant, je me dis que si je laisse la voile en fonction de cette façon, l'enrouleur va détruire la voile. Je n'ai pas le choix faut que je range le génois au complet. J'enroule donc le génois au complet avant que je ne puisse plus le faire. Je hisse le yankee. Ce dernier est une voile 100%. Mon génois est 155%. Petite différence. Pas besoin de vous dire que mon yankee manque de toile pour nous faire avancer en ce moment. Il est trop petit pour le vent qu'il y a aujourd'hui.

Ma grand-voile, quant à elle je l'avais examiné ce matin. Et la déchirure au 2e ris est trop importante pour que la réparation que je pourrais faire vale la peine. Je n'ai pas le choix. Je navigue sur le 3e ris. Yankee et 3 ris par 10-15 noeuds de vent... on dérive, actuellement on dérive... nous n'avons pas assez de vitesse pour remonter le vent. On dérive toujours bien à environ 1.5 -2.0 noeuds presque vers les Philippines. J'exagère à peine. Je ne vois qu'une option, faut que je sorte la vieille grand-voile. J'espère que la moisissure ne s'est pas trop prise dedans.

Je sors la perceuse pour enlever les plaques qui retiennent les coulisseaux dans la gorge du mât. Les rivets sont en aluminium, plus facile à enlever. J'enlève la grand-voile neuve qui est maintenant devenue usée et j'installe ma vieille qui est toute déformée, mais la toile est encore bonne... Ça pas de bon sens cette affaire-là. J'organise le tout. Les prises de ris. Je les essaie tous un après l'autre pour être sûr que la journée que j'en aurai besoin, tout fonctionne bien. Elle est vraiment déformée. Je le savais, mais il vaut mieux une voile déformée qu'une voile déchirée.

Notre vitesse est médiocre, elle varie entre 3.0 et 4.0 noeuds. Mais au moins, la quille fait son boulot. On progresse presque dans la bonne direction. La situation pourrait être vraiment pire.

Tout est sous contrôle. Malgré que j'aurais bien aimé que la réparation de l'enrouleur soit impeccable. Là, je suis obligé de retoucher à ça en arrivant à terre. Il me reste environ 800 miles nautiques à faire pour rejoindre Tokyo. Avec ce gréement en place, difficile à dire combien de jours il reste.

On continue tout de même d'avancer. En fin de journée, le vent d'est s'est bien installé, 25-30 noeuds. 3 ris dans la grand-voile. La mer se gonfle, 2-3 mètres... Décidément, nous n'aurons pas de répit. La mer balaie le pont allégrement. Certaines vagues nous frappent solidement, deux d'entre elles nous déplacent d'un coup,elles font ainsi chuter la vitesse. Sinon, je vois parfois des 5.0 noeuds passés sur le loch, les voiles sont impeccables! De quoi parlais-je encore? J'arrive attendez-moi!



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Imprimé le : 24 juin 2017