Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

20 janvier 2014

L'heure du départ avait sonné

J'avais laissé ma marque... J'avais remis en place mon enrouleur de génois. En plus de m'être ravitaillé en eau et en nourriture. La météo semblait bonne pour les prochains jours. J'aimerais bien rester pour découvrir mieux l'île et ses résidants, mais l'heure du départ avait sonné. Je ne dois pas rester ancrer dans ce carré de sable, je dois continuer.

J'ai récupéré la tubulure de l'enrouleur lundi en fin de journée. Je l'ai donc remis en place aussitôt en ma possession. Je prenais le temps, étape par étape afin de ne rien oublier. Seul, c'est un peu compliqué, mais ce n'est pas la première fois que je m'amuse avec lui. Mais là, je ne suis pas à terre, si j'échappais une pièce à l'eau, ce pourrait être fatal pour sa remise en service. Il y a plus de 80 pieds d'eau par ici. Mais, une fois la tubulure en place. Merde! J'ai oublié d'y installer la pièce pour hisser le génois. Étant donné la soudure et le tube rajouté par dessus, je dois mettre cette pièce avant d'assembler le tout, où avais-je la tête? Et bien, croyez-le ou non. Un américain ancré pas très loin de moi, s'avançait tranquillement vers moi avec son kayak gonflable. Il voyait bien le travail que je faisais et effectivement à ce moment-là, je commençais à avoir besoin d'aide. La première fois pour le défaire, la tubulure (coupée en deux) était plus courte, plus facile à défaire seul. Mais là je devais monter au mât... Il arrivait juste à point. Je suis de plus en plus convaincu que l'humain est humain égal partout. Sa façon d'être dépend du bain sociologique dans lequel il a été trempé, la culture dans laquelle il a été élevé. Son attitude dépend autant de sa culture sociale que sa culture familiale. Cette fois-ci c'était un américain qui m'aidait. Très sympathique, il se peut que je fasse un arrêt en Californie. Nous avons besoin des Américains pour l'environnement. Ils servent d'exemple à bien des égards. Malgré qu'ils ne soient pas vraiment aimés partout dans le monde. Si nous les avions de notre bord, le Canada suivrait. En tout cas, il me reste de la réflexion à faire à ce sujet. Et je ne sais pas si j'aurai assez de temps pour arrêter en Californie. Une chose à la fois. Mais si nous n'arrêtons pas de créer les différences, tout le monde se refermera chacun de son bord et ce n'est pas la solution au problème. Il faut cesser les guerres et les batailles de polichinelle.
J'ai finalement décidé de partir jeudi matin le 16 janvier. Je devais appeler les autorités un peu à l'avance, ils doivent me fournir un papier officiel pour ma sortie du pays. Je les ai donc appelés mercredi pour leur signifier mon départ le lendemain. Ils me confirmaient leur présence jeudi matin 8h. Comme de fait, ils n'y étaient pas. J'ai attendu 30 minutes pour les rappeler. Ils sont arrivés vers 9h. En me demandant si j'avais mes papiers officiels pour ma sortie du pays... Tout est à l'envers, je croyais que c'était eux qui devaient me les apporter... Ah, je devais appeler le bureau du transport maritime... Bon, hier j'ai appelé l'immigration, ils m'ont dit qu'ils le diraient au bureau d'à côté, ils sont dans la même pièce du même petit local, j'y ai été, ils ne sont même pas obligés de se crier après pour se parler. Le message ne s'est pas rendu... Maudite marde, parfois je me sens un peu trop américain. Un peu trop stressé. J'aurais dû savoir que je ne partirais pas très tôt ce matin. Si ça n'avait pas été de l'autorité, je serais parti au soleil levant. Mais, je dépends de mon papier de sortie pour pouvoir rentrer dans le prochain pays.

Finalement, j'étais bon pour lever les voiles vers 11h. Pas si mal que ça. Je croyais passer par la passe de l'est. Moins de chemin à faire dans l'atoll que par l'ouest. Une fois sortie de la baie de Sam's Tour. Le vent du sud-est semblait assez fort et une vague semblait vouloir se lever. Ouais, mon moteur n'est pas extraordinaire. Par chance, j'avais aussi tracé ma route par le côté ouest cette fois-ci avec des bons points GPS. Je pris le temps de rouler mon annexe laissée sur le pont pour le faire sécher le mieux possible. J'avais un sentiment particulier. Les nuages semblaient gris, noir... Rien de bon pour sortir le vent dans la face. Je m'enligne dans la passe de l'ouest le vent me poussera plutôt. Je hisse le génois, nous voilà partis. Le vent pousse plus que prévu. On fait du 5 noeuds sur l'eau... On passe les cailloux de cette baie. Les nuages nous courent après, le temps semble devenir mauvais... La pluie nous tombe dessus. La mer commence à se faire rouler par le vent qui ne cesse d'augmenter, je prends de la toile. C'est complètement fou. Tout à fait comme nous sommes arrivés. Le vent nous pousse dans la direction que nous devons prendre. Nous sommes arrivés avec un vent du nord, nous devions aller au sud. Et là, nous devons faire du nord, on a un vent du sud... Y'a rien à comprendre, moi je ne fais que suivre les éléments. Bientôt, les nuages nous couvrent et à peine je vois où nous allons. Par chance, je suis déjà passé par ici, la passe est assez étroite. Mais nous avons la bonne route sur le GPS, par contre je n'ai pas tout entrer les points nécessaires. Il faisait gros soleil lorsque nous sommes partis. Je vois quand même les marques s'approcher, je sais par où aller cette foi-ci. Le vent et la mer ne nous laissent pas de repos. Je vous jure que l'on se faire extraire de cet atoll rapidement. En moins de 3h nous avons parcouru les 17 miles nautiques pour rejoindre le premier point GPS qui nous avait enligné pour nous approcher de l'atoll la semaine dernière.

Une fois à l'extérieur, le vent tombe complètement. On dérive vers le nord avec le courant. Quelle chance! Je motorise tout de même un peu. Nous sommes très proches des récifs et je devrai essayer de dormir, la nuit arrivera bientôt. Mais malheureusement, les premières 24h de navigation ou plutôt de dérive, ne m'apporteront pas de sommeil. Il y a une vague, ou plutôt des vagues qui arrivent d'un bord et de l'autre. Une mer croisée sans vent, c'est pire que tout pour le confort. Je ne pourrai pas fermer l'oeil. C'est très dur pour la patience une journée dans ces conditions. Les voiles qui claquent de tout bord tout côté. Parfois il y a du vent qui rentre, mais juste pour nous donner espoir, pas longtemps.
J'aurai tout de même droit à des dauphins qui viennent s'amuser avec Loréline en perdition, aux diables aux vaches... J'aurais le spectacle de l'heure du souper pour les poissons. À plusieurs reprises, j'ai vu l'eau s'agiter... Des poissons sautés pour sauver leur peau... c'est drôle, car on les voit sortir de l'eau. Ils sont petits, 6 pouces environ. Je n'ai pas vu les prédateurs par contre. Mais l'agitation doit cesser une fois les prédateurs rassasiés. Et j'ai aussi eu droit à tout un coucher de soleil. Il faut bien être en mer pour savourer paisiblement ces moments.

Le vent aura repris ses fonctions samedi matin. En provenance de l'est, un vent très doux, peut-être 8 noeuds. On avance bien 3.5 sur l'eau, environ 4 sur le fond. Nous sommes au petit largue. L'éolienne charge les batteries. Les nuages viennent couvrir le ciel lentement. J'essaie de faire de l'est encore, j'aurais droit à du vent du nord-est bientôt.

Lorsque le vent reprend ses fonctions, la vie reprend à bord. Il est très difficile d'être actif lorsque le voilier n'avance pas. Surtout avec une vague qui vient nous perturber. Essayer d'imaginer un manège sans aucun rythme constant qui va de tout bord tout côté selon aucune règle préétablie. En plus, par ici, je transpire à ne rien faire encore. Il fait très chaud et sans vent c'est encore pire. Alors, lorsque le vent reprend, c'est la joie à bord. La stabilité à travers l'instabilité des vagues se rétablit. Ma vie reprend son cours. Nous croisons un cargo d'assez loin, il passe à l'horizon, il va vers le sud. La mer est grosse, tellement grosse. La vague atteint presque 3 m parfois. C'est complètement fou de monter cette vague lentement et de la redescendre, il n'y a presque pas de vent. Elle vient de loin.

Le vent nous faussera compagnie samedi soir. Pour dormir, je décide d'affaler les voiles. De cette manière, le bateau a beaucoup moins de stabilité, je dois dormir à l'intérieur. Il fait encore plus chaud. Mais au moins, je dormirai un peu. Le vent reprend ses fonctions dimanche matin vers 9h. Nous sommes partis, je crois pour de bon cette fois-ci. Il est faible, mais on avance et c'est confortable. On fait environ 3.0 noeuds toute la journée. Notre cap n'est pas mal non plus, mais on commence à sentir le courant nous pousser vers l'ouest.

Il y a des nuages, parfois des arcs-en-ciel. J'en ai vu un seulement dans son nuage, il ne touchait pas à terre, c'était un peu particulier. Le soir il y a des étoiles avant que la lune vienne nous éclairé. La lune est pleine ou bien elle l'était il y a quelques jours. Elle est orange, vraiment trop belle. Il y a souvent des étoiles filantes, j'en vois une presque à tous les soirs. Lorsque le ciel est dégagé.

Dimanche et lundi c'est un peu la même chose. Le vent de lève, parfois il se calme. Il n'est pas régulier. Parfois un nuage passe, je dois prendre des ris, mais pas pour bien longtemps, le temps qu'il passe. La mer devient folle, ça brasse. Je me fais saler le fond de culotte en allant sur le pont. Lundi, il pleut particulièrement. Plusieurs nuages défilent. Parfois entre chacun, le vent tombe complètement et on perd notre cap. Je commence à faire mes sommes à l'Intérieur. Il commence à faire plus frais surtout lorsque c'est nuageux. D'ailleurs, je me rince moins avec l'eau de pluie que je faisais. J'ai recommencé à faire certains étirements, des tractions, le corps commence à s'encrasser. Lorsque c'est nuageux, il fait moins chaud, je transpire moins. Et j'ai décidé un peu d'eau douce de mes réservoirs pour me rincer, cette traversée ne devrait pas être si longue, je me paye la traite.

Lundi en fin de journée, les gros nuages quittent le ciel pour laisser une meilleure visibilité. Je vois les grosses vagues de trois mètres, ce doit être la vague de fond qui vient du nord. Trop impressionnant! Je les monte de face tranquillement et lorsque j'arrive sur le dessus, je constate que je dois la redescendre tranquillement. Elle est longue, elle est belle, elle est douce, elle est impressionnante la mer...

Il nous reste environ 1400 miles nautiques à faire pour rejoindre Tokyo. Des dépressions viennent, s'en vont inonder les Phillipines et parfois reviennent dans l'océan. La dernière semble être devenue une tempête tropicale. En espérant qu'il n'y en est pas une qui décide de devenir un typhon. La saison des typhons, due au réchauffement de l'eau, est devenue annuelle.



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Imprimé le : 20 août 2017