Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

20 décembre 2013

L'entonnoir

L'entonnoir

J'arrivais au sud-est de l'île de Sulawesi. Le premier point GPS que je m'étais fait me situait afin d'éviter un banc de coraux qui se trouve au large d'une autre petite île proche de Sulawesi. En fait, je devais passer entre ces deux îles. Et surtout faire attention à ces coraux, qui ne se voient pas à la surface de l'eau. De toute manière, j'arrivais de nuit. Je ne voyais pas la petite île qui n'était pourtant pas si loin lorsque j'ai commencé à voir celle de Sulawesi à l'horizon. Il y avait des lumières sur cette dernière. Mais les lumières qui devaient être sur la petite île n'y sont pas. La lune était presque encore pleine cette nuit-là. La route pour éviter les coraux se situaient au début à 190 et plus j'avançais vers le goulot d'étranglement, elle devenait petit à petit 20, 21... Je me permettais de fermer l'oei et je réussissais à dormir entre chaque coup d'oeil sur mon GPS et l'horizon. Je savais qu'il n'y a pas tant d'espace pour le passage. Je voulais avoir toutes mes énergies pour les quelques heures les plus critiques de cette navigation. Je devais dormir 15 minutes chaque fois environ. Mais mon cerveau se réveillait systématiquement. Et mes yeux faisaient leur travail. À peine si je me réveillais. Je faisais le tour des instruments et de l'horizon. Puis je me rendormais pour quelques minutes.

C'est à trois heures du matin que le seuil critique de tolérance me réveilla complètement. Nous n'étions plus qu'à quelques miles de Sulawesi. Les bancs de coraux étaient pratiquement évités. Toujours à 640 de route, tandis que notre route était dorénavant à 260. Le courant nous portait à 2 noeuds. Quelle chance nous avions. Le vent ne nous a pas lâchés de la nuit. Nous faisions jusqu'à 7 noeuds sur le fond. Comme sur un tapis roulant. Mais l'entonnoir rétrécissait et je croyais bon de rester l'oeil ouvert pour de bon. À cette vitesse, les récifs arrivent vites et nous sommes de plus en plus proches d'eux. À l'approche de Sulawesi, le vent tend à changer de direction. J'en avais bien peur. De l'autre côté, il ne nous en restera pas beaucoup. Nous passons près de quelques bouées de pêcheurs, je crois. Elles ont une forme de pirogue et avec un épouvantail au centre. Au matin, je verrai un pêcheur tenter sa chance auprès de l'une d'entre elles.

Finalement, nous sommes dans le col du passage et le soleil se lève tranquillement. Mais c'est très nuageux. Je vois enfin la petite île au loin. Elle est vraiment très loin. Mais pas les coraux, ils sont à mi-chemin! La vie des habitants commencent à se voir. Quelques bateaux naviguent. Un pêcheur qui fuit ma course. Je m'approchais un peu trop près de son point de pêche. Je m'excuses. J'aurais aimé le voir de proche. Les pirogues ont l'air encore une fois différentes. Lui, il tire sur sa ligne constamment. Je commence à comprendre certaines méthodes de pêche. De quelle manière un calmar nage-t-il? Pareil comme le pêcheur tire sur sa ligne!

Je regarde l'île de Sulawesi. Je constate que sa formation géologique est différente de celle des autres îles précédemment visitées. Il n'y a pratiquement pas de volcan sur celle-ci. Je vois une soufrière au loin, mais c'est tout. J'avais lu que certaines îles et pays du sud-est de l'Asie avaient étaient formées en grande partie par les sédiments transportés par les rivières qui s'écoulent de ce continent. J'aimerais avoir plus de temps pour faire des recherches là dessus. J'avoue avoir plusieurs intérêts ou passions personnels. L'humanité m'intrigue, mais aussi la géomorphologie. Et en foresterie à l'université nous avions un cours de géomorpho, alors l'intérêt est resté avec une bonne base pour analyser les reliefs.

Peu importe. Le vent nous lâchera au matin. Une fois que nous aurons mis dans notre sillage cette petite île avec ses bancs de coraux. Justement, une fois que la source du vent d'ouest aura été complètement cachée par l'île de Sulawesi. Cette dernière l'aura ralenti et complètement arrêté par friction. Ne nous laissant rien sous son vent. Au moteur encore une fois. Je montre des signes de fatigue. Je ne suis pas sous le stress comme vous avez au travail. Ça non, mais je suis continuellement sous tension d'une façon ou d'une autre. Toujours à la recherche de la petite brise, faire attention aux cailloux qui sont possibles sur ma route... Je n'ai pas de douche, je me sens sale rapidement. La vie à terre, ici, est plus stressante que la vie en mer, en traversée océanique. Ici ou ailleurs, j'ai l'impression...

J'avais oublié de raconter ma course avec un bateau moteur lors de ma sortie de la baie mardi dernier. C'était vraiment très drôle. Je tirais des bords. Je voyais bien que nous avions possiblement le même cap. Mais moi, je tirais des bords. Et plus de m'approchais de la sortie de la baie. Le vent tournait tranquillement en ma faveur. Donc, notre cap devenait sensiblement semblable. Mais nous nous sommes croisés une première fois, les mains dans les airs, nous nous sommes salués. Autant intrigués l'un comme l'autre de l'embarcation de l'autre! C'est là finalement que j'ai décidé de passer définitivement entre les îles. C'est un peu spécial à dire, car ici, on passe toujours entre des îles de toute manière. C'est lui qui m'a donné l'idée. J'ai vérifié sur ma carte électronique, et c'était possible. Alors, j'ai pris un meilleur cap. Le vent me poussait dorénavant vers son cap à lui. Alors, je me rapprochais encore une fois de ce bateau très spécial. Comme un catamaran, mais c'était une coque traînant vraiment lui d'elle une autre coque. Elles étaient reliées ensemble par des bambous d'environ 20 pieds. Au milieu, il y avait une rangée de décorations quelconques difficilement identifiables, il y avait une cloche au centre. Le tout s'en allait chambranlant à travers les vagues tant bien que mal. Un peu plus et j'allais plus vite. Je me rapprochais tranquillement. Finalement, son cap était plutôt vers le centre de la plus grosse île, tandis que moi, je voulais passer à l'est complètement. La pirogue indonésienne m'a passé à deux longueurs de bateau de ma proue. Il s'en fallut de peu que la voile eût raison sur le moteur. Ils étaient deux à bord. L'un qui écopait et l'autre qui barrait. C'est à ce moment que j'ai vu le nuage d'orage au dessus du volcan qui a foncé sur moi. Merci pour l'orage!

Jeudi après-midi, nous avons croisé une famille de dauphin! Je les ai vus de loin. Certains tournaient en rond. Un rond très petit, mais ils tournaient très rapidement. Et ils ont commencé à sortir de l'eau. Ils s'amusaient. Et enfin, nous sommes passés à côté de la troupe. Ils se sont amusés un peu avec Loréline. Mais pas trop. Elle n'était pas très vigoureuse. Ils ont continué à s'amuser au même endroit. Il y a aussi des poissons volants un peu partout qui nous fuient.

Toujours est-il que le vent a repris son travail un peu le soir et dans la nuit de jeudi. De toute façon, j'avais des signes de fatigue évidents et j'avais décidé de me laisser dériver advienne que pourra afin de pouvoir bien dormir. Je tombe toujours malade de la même façon, j'ai les oreilles fragiles et lorsque j'ai mal aux oreilles, c'est mauvais signe. J'en avais vraiment besoin. Les voiles hissées, je sens une légère brise, je dérive avec tout ça entre 1.0 et 1.8 noeud dans la bonne direction. Je laisse les éléments faire leur travail. Je dors. Ouf... Je me réveille. Tout va bien. Je me rendors. Et je me réveille quelques fois. Mon corps a toujours son petit nerf sensitif brancher. Et il doit se réveiller pour vérifier. Finalement, je fais route vers l'ouest, vers la côte. Ce n'est pas bon du tout. Je démarre le moteur. Seulement pour 30 minutes. Le vent reprend son souffle. Notre vitesse suit la tendance, 1.2 noeud. Nous sommes auprès du vent. Le cap est bon. Le jour se lève à l'horizon et le vent souffle plus fort. Nous faisons 3.0 à 4.0 noeuds. La mer s'agite en même temps, deux à trois pieds de vague. C'est bon signe, mais auprès du vent, elle réussit à nous bloquer un peu. Peu importe, je peux m'endormir de nouveau quelques minutes. Le courant ne semble plus sur notre route. Au moins, on avance.

Le ciel est toujours couvert lorsque je me lèverai définitivement. Il fait gris, mais j'ai beaucoup plus de chance d'avoir du vent plus longtemps. Il y aura un cargo sur ma route. Il y a possibilité de collision. Je suis moins stressé qu'avant. Et je le vois bien, ainsi que sa progression. Il est vide de matière, il est très haut sur l'eau. Je nous regarde progresser. Je crois qu'i m'a vu, sa moustache d'eau en avant semble avoir augmenter d'intensité. J'étudie la possible collision. Toujours près à abattre d'un coup, il n'y a pas de danger du moment que je reste aux aguets. Je le vois finalement il me passe comme il faut. Et voilà!

Je vois au sud de nous une voile bleu clair. Sans nul doute, une pirogue. Malheureusement, je ne vois pas la coque. Les pirogues que j'avais vues dans le coin ne semblaient comporter de mâture. Mais je commence à savoir que leur mât est souvent amovible. Les pirogues à Bali, on pouvait voir exposer leur mâture et leur voile allongé au dessus de leur tête sur des supports. Mais ici, il n'y a pas de support. Du moins, pour ce qui est des embarcations que j'ai vues de près. Le vent semble vouloir nous porter encore un bout. Je sors l'ordinateur pour écrire. Ça fait du bien cette relaxation. Je me fais un café. En même temps, je lave mon mouchoir à l'eau de mer. Il sèchera rapidement au vent.

Notre cap n'est pas extraordinaire. Mais c'est toujours plus plaisant à voile. Vitesse de 3.8 à 4.2 noeuds, cap de 400, nous devrions faire route vers 120. Notre but est de passer entre les cailloux qui se trouvent juste en face de nous à pratiquement 130 miles. C'est une barrière naturelle, mais il y a un endroit où l'on peut passer. Selon les cartes de pilotage, le courant passe par là. Mais actuellement le courant a repris et il nous pousse plutôt vers l'est à la place. Oups, un verre de styromousse nous passe à tribord! Une petite bouteille de lubrifiant en plastique...

Durant la journée, le vent diminuera considérablement. Je croise des pêcheurs qui font toute une prise! Je vois leur méthode pour ramener le poisson à bord.
Le vent tombe par la suite. Une ligne de nuages noirs nous arrive du sud, et voilà une brise du sud qui8 nous porte en fin de journée. Je hisse mon spi question de le faire sécher une heure environ. La suite continue, le vent tombe de nouveau. Il se lève du nord encore une fois. Retour auprès du vent. Nous allons direct à la bonne place. En espérant qu'il tienne un peu. Il ne faut pas trop rêver en couleur...



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Imprimé le : 25 juin 2017