Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

16 décembre 2013

Navigation difficile

Je le savais depuis longtemps, mais pas à ce point. Lorsque je regardais les fichiers météo en Afrique du Sud pour la météo d'ici. Il y a avait du bon vent entre les îles. Mais, c'était il y a deux mois. Les saisons changent. La zone de convergence inter-tropicale bat son plein. Rendu à Bali, j'en avais fait mon deuil. Mais pour moi, avancer au moteur c'est très difficile.

Je calcule que depuis Bali j'ai parcouru 393 miles nautiques. Donc 233 miles au moteur et 160 à la voile. Le nombre d'heures à la voile est vraiment plus grand. 90 h de voile pour 56h de moteur. Ça me donne une moyenne de 4.16 noeuds à moteur et 1.7 noeud à voile. Sérieusement, j'ai hissé le spi plusieurs fois. Et la vitesse sur l'eau variait entre 0 et 1 noeud. J'ai vraiment été chanceux, j'avais la plupart du temps un courant qui me poussait. Parfois il atteignait deux noeuds de force. Et entre les cailloux de Bali, il atteignait 3 à 4 noeuds. Et mon millage à voile n'est pas exact. J'ai tiré des bords de temps en temps. J'ai eu quelques bons cumulo-nimbus qui m'ont bien soufflé. Mais ils ne durent jamais plus de 15 minutes ces coups de vent.

Surtout pour sortir d'entre les îles en partant de Lombok, mais aussi dans la mer de Flores. Un vent m'a conduit un peu trop vers le nord, mais que pouvais-je faire. Je faisais mon possible pour être le plus silencieux possible. Chose pas facile à faire.
Maintenant que je suis sur l'île de Flores. Quel est mon but? Me procurer du carburant. Malgré que j'en aie utilisé que 64l. Mon moteur est très économique. Et l'autre mission qui me semble impossible est de prolonger mon visa. J'espère qu'il y a un bureau d'immigration. C'est un peu pour ça que je me suis arrêté dans cette ville, Waipare! Elle me semblait la plus grosse de l'île, il y a un aéroport. Il devrait y avoir un bureau d'immigration. Je vais essayer de ne pas faire mon entrée sur l'île. Question de sauver du temps. Je voudrais repartir mardi matin... Une autre mission impossible...

Nous sommes lundi midi actuellement. Je suis arrivé dimanche matin. J'ai eu le temps de visiter la ville en vélo. C'est tout une job de sortir son vélo dans une annexe qui est très petite... Je ne prends pas le moteur, c'est plus léger pour sortir l'annexe de l'eau pour la mettre en sécurité, même si la sécurité est précaire. Il y a beaucoup de gens qui me regardent faire mon manège. Dimanche, c'était des jeunes qui se baignaient nus dans la mer. Eux ils ne me font pas peur. Malgré qu'ils finissent par être agressants. Il n'arrêtent pas de crier, MIster, Mister,Mister... alors, je leur fais chut... avec ma bouche et mon doigt. Ils finissent par comprendre que je préfère la douceur. Finalement les premiers mots qu'ils apprennent en anglais c'est money, money... alors là, ensuite, il est difficile de garder ma patience. Mais, ils veulent bien m'aider. Mais, ils sont sans pitié avec mon annexe gonflable. Ils sautent dessus, ils grimpent dessus avec leurs pieds pleins de sable... Alors, je leur explique, je leur montre les grafignes qu'elle a déjà. Ils comprennent et font attention par la suite. Certains ont nagé jusqu'à Loréline. Le plus vieux voulait mon collier. Celui que j'ai fait. C'est mon seul et je n'ai plus de pendentif pour en faire un autre, j'y tiens. Ils ont visité Loréline.

J'ai eu le temps de faire deux voyages de carburant avec mon vélo dimanche. J'ai eu la chance de rencontrer un monsieur en mobylette qui parle anglais. Il a déjà aidé Nationale Géographique. Alors, il m'a indiqué à peu près où se trouve le bureau de l'immigration. Lundi matin je me dirige vers l'aéroport, normalement le bureau est sur le chemin. Absoluement, il n'était pas loin de la ville! Il sera possible de renouveler mon visa, peut-être demain ce sera près... Je me croise les doigts. On verra bien. Durant ce temps d'attente je fais le tour de la ville. J'essaie de trouver un endroit pour mettre mes déchets. Je rencontre un autre monsieur sur sa mobylette lui aussi. Il parle anglais. Il me demande ce que je cherche. Et il m'explique. Il n'y a pas vraiment quelqu'un qui s'occupe de les ramasser. L'opinion du public envers le gouvernement est très basse. C'est presque gênant de laisser des vidanges sur ces îles paradisiaques. L'endroit où je mettrai mes trois sacs de vidanges déborde. Les vidanges sont éventrés et se retrouvent depuis des semaines voir des mois dans le ruisseau adjacent.

Je continue mon chemin. Les gens sont aussi très sympathiques. Je me suis fait klaxonné vraiment sévèrement. Je me suis arrêté devant lui et je suis allé à sa fenêtre. Je lui ai simplement dit tout doucement. Take it easy sir. Take it easy sir. Ensuite, j'avais comme un sentiment d'accomplissement. Une sensation de libération. Dire à quelqu'un la vérité sans perdre patience, ça fait du bien. Je ne sais pas pourquoi ensuite, je me sentais léger sur mon vélo. Et je crois que les gens m'ont vu faire. Les gens dans la ruelle levaient le pouce lorsque je les regardais en passant.

Je ne crois pas qu'aucun n'être humain n'ait vraiment plaisir à vivre de la façon que les gens vivent ici. Leur terrain privé reste relativement propre, du moins pour la plupart. Mais lorsque les déchets s'entassent depuis des années dans les ruelles un peu partout. Qu'est-ce qui se produit ensuite? Je continuais mon chemin tranquillement. Car je vais de plus en plus lentement. J'arrivais où la rivière, qui maintenant n'est plus que lorsqu'il y a pluie. La rivière qui se jette dans la mer. C'était fatal... Tout finit par se jeter dans la mer. Malgré qu'ils sont professionnels dans le tri des déchets. Mais quelles conditions dans lesquelles ils le font... C'est l'enfer! J'ai visité un centre de tri. Les hommes arrivent avec leurs charrettes pleines. Et ils trient simplement. Tous les types de vidanges sont ensemble. Ça ne sent pas la rose fiez-vous sur moi. Il faut être fait fort. Mais, il y a toujours bien des limites. Nous les tuons à petit feu. Certaines personnes trient directement dans la rue. Il y a parfois un tas de vidanges avec les mouches en prime, elles sont gratuites. Et on voit les gens sortir de ce tas un paquet de plastique incroyable. Je ne sais pas ce qu'ils font avec ça.

On a oublié la responsabilité des individus, des gouvernements et des compagnies face à l'humanité.



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