Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

13 décembre 2013

Je suis reparti !

Mercredi matin, j'ai pris le temps de bien caréner la coque. Il y avait du coquillage là dessous! La dernière fois remonte en Afrique du Sud. À Bali, l'eau est tellement polluée que je ne me suis pas risqué. Mais où je suis ancré à Lombok, l'eau est tellement limpide que c'était le meilleur endroit. Je prends toujours environ deux heures pour le travail avec palmes masque et tuba. Je gratte avec un grattoir en métal comme pour tirer des joints. Rien ne semble briser dessous la ligne de flottaison. Il reste de la peinture antisalissure. Mais les coquillages et les algues trouvent le moyen de pousser. Après le grattage, je me lave à l'eau de mer. Shampooing pour les cheveux, savon ordinaire pour le corps. Je me rince directement dans la mer, je saute à l'eau! Hop! Beaucoup plus rapide qu'à la chaudière.

Je vais à terre pour saluer la communauté. C'est vrai, j'avais oublié. Mardi après-midi, après avoir mis en marche le moteur. Je suis allé sur terre pour leur dire que tout fonctionnait bien. J'ai invité deux d'entre eux pour venir faire de la voile. Il y en a au moins un des deux qui a aimé l'expérience, le pêcheur! Lui il aime pêcher et être sur la mer. Sans pratiquement aucun mot, juste avec des gestes et des démonstrations, il comprenait comment faire fonctionner un voilier.

En saluant la communauté mercredi matin, je leur laisse une carte d'affaires et des graines de papaye. De cette façon, je crois qu'ils comprennent que je plante des arbres. Je les remercie, même celui qui m'a escroqué. Ce dernier me montre les bonsaïs qu'il fait pousser! Je les salue encore et je retourne sur Loréline à la rame. Je prends le temps de tout ranger comme d'habitude. Il ne vente pas, je démarre le moteur comme jamais il n'avait démarré auparavant. J'avais fait ma route la veille. Je me suis résigné, je suis dans une zone de convergence. Le vent est quasi inexistant. Il pratiquement impossible d'en sortir sans moteur. Ici, il y a des îles et des cailloux partout. Cette navigation risque d'être assez compliquée. Et bruyante...

Je fais trois heures de moteur pour commencer. Finalement, je me suis aidé avec les voiles, car il y a eu un peu de vent. Entre les îles, le vent devient plus intense, je peux éteindre le moteur. On progresse bien avec un noeud de courant qui nous aide. En sortant des îles, le courant est devenu plus fort, il frôle parfois 2 noeuds. Je tire des bords pour m'extraire comme il faut d'entre les îles. Le vent vient du nord-nord-est. Environ 5 à 8 noeuds, au près c'est mieux que rien. Il diminuera par la suite. Le moteur entre en marche vers 17h20. Tout un coup de vent de l'est nous frappe pendant 15 minutes avec une pluie torrentielle. Je garde le moteur. Mais lorsque la nuit tombe, je commence à être vraiment fatigué. Je lève les voiles pour voir ce qui se passe, car je sens une brise adonnante. Et je fermerai le moteur vers 21h30. Je nous laisse dériver avec le courant et une petite force des voiles. On fait une vitesse de deux parfois 3 noeuds sur le fond et dans la bonne direction. Je me couche pour dormir à l'extérieur avec une petite couverture très légère. Il fait froid la nuit comme ça, il faut se couvrir au minimum. Avec mon oreiller je dors mieux. Le sommeil est léger. Je me réveille de temps à autre pour regarder les instruments. Tout semble sous contrôle, je donne parfois un petit coup de barre et je laisse aller pour voir ce que ça donne.

Comme d'habitude, je n'ai pas assez de carburant pour rejoindre le port voulu. Alors, je dois faire avec les éléments et les conditions qu'ils m'amènent.

Jeudi matin, j'ai bien dormi somme toute. Au réveil, il n'y a plus de vent du tout. Nous dérivons à vitesse de 1.5 à 2.0 noeuds avec le courant. Quelle chance nous avons! Je déjeune et je prends un café. Le vent semble vouloir me dire quelque chose. Il me siffle à l'oreille... Le spi... Le spi... je n'ai pas le choix de l'écouter. J'ensache le spi que je n'avais pas rangé la dernière fois, car il était mouillé. J'enroule le génois et envoies le spi! Et voilà! Nous faisons parfois un noeud de vitesse sur l'eau. Parfois elle diminue à 0.0. Le spi se tient, parfois il ne se tient pas. Mais il y a toujours le courant qui nous pousse. Il faut que je profite de tous les petits souffles de vent.

Je crois que si j'étais plus près de l'île j'aurais plus de vent. Mais je me garde une petite gêne. J'ai une phobie des cailloux. C'est vraiment le pire ennemi d'un marin. Et si à la place il n'y avait pas de vent du tout. Je préfère garder le courant que j'ai ici.
Le vent ne dure pas toute la journée. Et il tourne aussi. Il n'a aucune stabilité. J'ai donc affaler le spi après quelques heures, déroulé le génois. J'étais au près du vent, un vent du nord. Malheureusement, il m'a écarté de la côte. Ensuite le vent tombe complètement et j'ai presque perdu le courant. J'essaie de revenir plus près de la côte. Deux noeuds de courant, peu importe les conditions de vent, on avance tout de même. Faut en profiter!

Ja,i fait un peu de moteur durant la soirée. Mais pour dormir, je l'éteins. Il y a un petit vent qui se présente, il gonfle les voiles à peine. Malgré que je ne ferai pas beaucoup de miles cette nuit, je dormirai en paix, sans bruit. Je me réveille tout de même régulièrement. Je regarde les instruments, un peu les horizons autour. Il y a deux bateaux bien en vue. Ils ne sont pas sur mon chemin... si chemin il y a, car notre vitesse ne dépend presque juste du courant... Mais on avance!

Lorsque je suis parti de Bali, j'avais un chemin en tête. Après mon bris au moteur, mon chemin était plus vague un peu. Maintenant, j'ai deux options en tête. Mais le peu de vent annoncé par les fichiers météo n'est vraiment pas très présent. Alors, je devrai faire deux arrêts pour faire le plein de diesel. Je n'ai pas une grande autonomie en carburant. Mais j'ai toute une tête de cochon pour essayer de prendre le moindre petit souffle de vent. Malheureusement, la tête dure ne suffit pas par ici.

Je m'excuse. En fin de semaine passée, je ne pouvais pas écrire. J'étais perdu au fond de la brousse. Je m'en suis sorti avec une belle expérience. Je ne peux pas envoyer de photo. L'antenne qui me servait bien en Australie semble être en réparation ou bien elle simplement fermer sa connexion winlink. Les autres antennes disponibles ne sont vraiment pas très puissantes, il est donc impossible d'envoyer d'image.

Le plastique se retrouve partout. Il ne semble pas y avoir de collecte. On marche sur la plage, et il y a du plastique sur le bord dans l'eau. Chaque petite communauté possède son site d'enfouissement à ciel ouvert en dessous d'un cocotier. Vous vous imaginez qu'avec le vent où ces déchets se retrouvent... Mon chauffeur quant à lui jette ses bouteilles de thé vert par la fenêtre. Ses mégots de cigarettes aussi.

En sortant d'entre les îles, j'ai frappé une nappe de déchets de plastique. Ce n'est pas plaisant à voir. Et parfois, j'en croise un peu partout dans la mer, certains flottent à la surface, d'autres sont à 3 ou 4 pieds dans l'eau.

Chez nous on commence à peine à être conscient et de commencer à agir. Alors qu'est que l'on peut attendre d'un peuple qui lutte pour son développement avec un gouvernement pratiquement inexistant, sauf pour la corruption.

J'ai vu des horreurs de pollution. Par exemple, déverser du diesel directement dans la mer. Mais si nous remontions une génération ou deux par chez nous. Probablement qu'on entendrait des histoires de changement d'huile directement dans le bois.
J'avance, il n'y a pas une goutte de vent. Le lac est miroir. Des bandes de dauphins s'amusent un peu partout. Certains s'approchent de nous. Ils sortent de l'eau. Je remarque que deux d'entre eux sont plus gros, ils n'ont pas la même figure. Ce doit être des bicéphales. Je n'ai pas assez de connaissances dans ce domaine.

Actuellement, je navigue vers l'île de Flores. Il y a une baie qui s'appelle Pulu Besar. Mes cartes comportent beaucoup de noms et c'est un peu confu. Je jeterai l'ancre aux environs de 8o37.4 S 122o14.3 E.



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Imprimé le : 22 novembre 2017