Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

2 décembre 2013

Le monde... je fais de belles rencontres! Et je commence à comprendre des choses.

Le monde... je fais de belles rencontres! Et je commence à comprendre des choses.

Samedi matin j'avais du travail à faire. Deux arbres à planter. Et comme je fais ça à l'incognito ici, à 5h j'étais debout en prenant mon café. Je les plante l'autre côté de la rive, je dois traverser à marée haute. J'avoue que ce n'est pas la seule chose qui me réveille tôt. Il y a un nouveau visiteur sur Loréline. Sa première visite remonte à mercredi soir. J'ai entendu quelque chose bouger. Une bibitte quelconque s'est approchée de mon visage durant la nuit, je l'ai entendu. Elle m'a réveillé. Sur le coup je croyais à un petit lézard. Je me suis levé et j'ai regardé un peu partout. Mais je n'ai rien vu. J'ai essayé de dormir de nouveau. Mais dans ces circonstances, je trouve ça un peu difficile de fermer l'oeil. Dans la nuit de jeudi, je l'ai vu. Il est revenu, c'est un rat. J'étais couché et il a descendu l'escalier qui mène à l'intérieur du bateau. Je me suis levé et je ne me suis pas rendormi de la nuit. Un rat. Je me suis déjà fait mordre par une souris, alors je n'ose pas imaginer un rat. En plus des maladies que je pourrais avoir par ici.

Vendredi j'ai donc réussi à trouver une trappe à rats. C'est pas mal plus impressionnant qu'une petite trappe à souris. Je l'ai apprêté avec un bon biscuit, comme il s'était gavé l'autre nuit. Mais il a réussi à manger le biscuit sans déclencher la trappe dans la nuit de vendredi. Samedi matin, après avoir planté mes arbres. Je suis retourné au magasin me procurer des collants à rat. Semble-t-il que c'est ce qui fonctionnerait le mieux. Sur mon chemin, j'ai croisé le jardinier de la marina. Je l'ai regardé faire quelques minutes. Je lui ai demandési je pouvais le filmer. Je n'avais jamais vu ce genre de technique pourtant bien simple. Les plantes qu'il plante, même sans racine. Il les met en terre comme ça avec sa faux qui l'aide à débroussailler la terre, la rendre plus meuble. Et il fait ça tout bonnement comme ça.

Il m'a fait beaucoup réfléchir sur notre méthode américaine que l'on a de gratifier certaines vedettes chez nous qui au bout du compte ne produisent rien pour notre société. Elles ne font que travailler pour leur image, nous divertir. Comme ce qui est le plus important, c'est d'avoir l'air de faire quelque chose pour nous, bien paraitre. Mais en fait, elles ne font qu'attirer l'attention médiatique, parce que c'est ce qui vend le plus. Je lisais en attendant à une caisse pour payer ma nourriture hier. Je lisais un journal qui parlait des amours des vedettes. Vous imaginez, si nos vedettes peuvent se permettent d'avoir plusieurs amours... comment nos jeunes peuvent se permettent de rêver en avoir plusieurs aussi... Ce n'est pas drôle du tout. Louanger des gens qui ne s'engagent que pour le moment de la chose, que pour l'éphémère, les apparences. Comment pouvons-nous avoir des gens qui s'engagent pour vrai? Nos modèles ne sont que des gens d'apparence. Nous produisons une société d'apparence. Comment faisons-nous pour s'en sortir?

Ce que je réalise à travers tout ça. C'est que les vraies personnes qui travaillent pour le maintien de l'humanité, je parle d'une humanité humaine. Pas une humanité sauvage et instinctive où seuls l'argent et le sexe compte... Mais une humanité qui aime l'humain. Et bien les personnes qui travaillent vraiment pour la vraie humanité, on en entend pas beaucoup parler. Et ceux que vous voyez le plus dans les médias, vous ne voulez pas tout savoir les dessous. Parfois ce n'est pas beau pantoute.

Alors, je vous présente Koutouk! Le jardinier de la marina. Lui il plante de la vie, il travaille pour l'humanité. C'est un frère de sang. J'étais vraiment très impressionner de le rencontrer. Vous le connaissez maintenant. Mais son nom m'échappe. Koutouk, si je l'écris bien, veut dire le 4e de la famille. Donc, il y a plusieurs Koutouk ici. Tous les rangs des enfants dans la famille portent un nom, et au 5e on recommence le même nom que le premier. Ce que j'ai pu comprendre, ils ont 4 noms par personne, dont le rang dans la famille. Et bien lui, passé sous silence, contrairement à nos vedettes qui parlent plus que de véhiculer des vraies valeurs humaines, il travaille pour notre vrai bien-être. Il ne brûle pas du carburant pour son plaisir et sa gloire personnelle, il plante de la vie. C'était un honneur de le rencontrer.

Pour ceux qui ne me connaissent pas bien ou si vous êtes nouveau sur mon site internet. Procurez-vous le Géo plein air de ce mois-ci, il y a un bon article à mon sujet. Vous risquez de finir par comprendre mes idéologies.

Ce matin, j'ai ramassé quelques plastiques dans l'eau de la marina. J'espère faire un peu boule de neige. Bon je le fais régulièrement. C'est mieux que de jeter des mégots de cigarettes par terre. Il faut renverser la vapeur.

Mon histoire de pilote automatique me fait penser à une histoire au Sénégal...
J'avais réussi à réparer le lit d'une madame handicapée des jambes. Son lit articulé ne fonctionnait plus pour lever le haut de son corps. J'avais pris le moteur pour lever les jambes et je l'avais mis à l'endroit pour lever le haut du corps. C'était un lit donner par la croix rouge. Mais jamais un technicien ne pouvait se rendre dans un endroit pareil. J'avais fait une heureuse cette fois-là. Toutes les fois que je passais dans le coin, je la saluais. On discutait. Et une bonne foi, elle m'a parlé de son lit. Je suis donc revenu la fois suivante avec un outil. Il m'a fallu combien de fois pour réussir à réparer son lit... j'ai réussi juste avant mon départ du Sénégal. Donc il m'avait fallu quelques mois. À chaque fois, j'amenais un outil pour défaire une pièce et rendu un peu plus loin, il me manquait un autre outil... Je n'avais pas envie d'amener un coffre au complet, sinon les gens auraient pensé que j'étais riche. Ça ne finissait plus. Je revenais le lendemain avec autre chose. Après quelques mois, j'ai réussi. Elle mangeait beaucoup de fruits pour ses intestins, elle m'en offrait. Personne n'arrêtait pour essayer de l'aider. C'est vrai que ça ne sentait pas très bon dans sa maison. Elle avait un sac pour faire ses besoins. Je prenais le temps de ne pas trop respirer par le nez. Et je lui montrais des images avec ma caméra. Décidément, elle ne pouvait pas sortir de chez elle. Alors, je lui montrais la plage. La cour d'école dans laquelle je travaillais, où j'ai planté mon premier arbre.

Si chacun d'entre nous s'occupait de quelqu'un qui a besoin, personne ne serait dans la rue. Mais non, non sommes occupés à faire notre petit exploit personnel pour impressionner la galerie et récolter la petite gloire qui va avec...

Parce que les gens font des vedettes avec des gens qui ne font que parler et qui ne travaillent que pour leur apparence, les gens les idolâtrent, ils ne connaitront jamais les vraies personnes qui travaillent pour eux... ils sont partout dans le monde...

Samedi après-midi, je me suis trouvé un petit coin de verdure. J'avais besoin de toucher au sol, à la terre dessous un arbre. Pas très exotique, sur un terre plein entre deux voies de circulation, mais je suis en dessous des palmiers. Il y a du bel ombrage. Je regarde le trafic passé. Ils sont parfois quatre sur une mobylette. Papa conduit, parfois il a un enfant debout entre ses jambes et maman à l'arrière avec un autre enfant sur elle. Parfois maman a les deux enfants dans ses bras lorsqu'ils sont plus petits. Il est régulier de voir les enfants dormir. Même ceux qui sont debout dorment parfois, le cou cassé, la tête accotée sur le guidon par exemple. Vous pouvez imaginer toutes les manières et positions possibles. C'est vraiment très drôle à voir.

Dimanche, j'ai fait le tour de la ville en vélo. Maintenant je peux dire que je suis capable de me repérer sans carte. Du moins dans le périmètre que je connais. Je suis allé voir si je ne trouverais pas des feuilles plastiques collant pour protéger mes cartes papier. Mais ils n'avaient pas de rouleau et c'était trop dispendieux. Je m'en passerai cette fois-ci. J'ai essayé de voir si mon fournisseur de tube d'aluminium était ouvert. Mais non, c'est le jour du repos. Moi, je fais le tour de la ville pendant ce temps-là. Je découvre! Je mange dans un petit restaurant. Je ne sais pas lire le menu! Une femme m'aide, elle fait le choix pour moi. Du riz avec du porc, des oeufs et je ne sais pas trop. Mais c'est tellement bon, pour 1,50$! Décidément, même chose pour les restaurants. Ce n'est pas ceux que vous voyez le plus qui sont les meilleurs. Il faut s'enfoncer légèrement dans une ruelle. Et là, c'est de la vraie nourriture indonésienne. À moins qu'ils essaient de faire meilleur que d'habitude pour bien servir l'étranger, ça ne me surprendrait même pas. Ils sont vraiment trop sympathiques et reconnaissants. Nous aimerions tellement pouvoir discuter.

Je vais prendre mon sundae quotidien. C'est une excuse pour faire un peu d'internet. À la marina l'internet me coûtait plus de 10$ par jour. J'ai décidé de couper dans les dépenses. Le sundae me coûte 0.80$ Et je limite mes recherches et mes communications.

Je me retrouve ensuite à l'endroit où je me procure mes arbres. Je m'en procure deux autres. Et je retourne en direction de Benoa, où se trouve la marina. Je pousse tranquillement sur les pédales. Je rencontre toujours toute sorte de monde. Au minimum nous nous saluons. J'aime les gens... J'aime le monde... Ça paraît-tu... J'ai croisé mon plus beau monsieur de ma vie. Il était en vélo et il trainait ses plantes dans son panier en arrière. Je l'ai dépassé. Je suis quand même américain! Eux, ils n'ont qu'une vitesse. Moi, j'en ai plusieurs! Le vieux sage pédalait tranquillement, il avait les cheveux et la barbe blanche... Un autre frère... Lorsqu'il m'a vu avec mes arbres dans mes sacoches à vélo... Comment exprimer le sentiment, on travaille pour la même chose.

Dimanche soir, c'était le moment de prédilection. La marée s'en venait haute et je voulais commettre le crime avant la tombée du jour. J'ai donc mis mes quatre passagers à bord de mon annexe et nous avons traversé vers le lieu du crime. Il y avait du monde. Je me suis demandé. Je ne suis pas chez nous. Et s'ils n'en veulent pas de ses arbres là? J'ai regardé leur réaction en me voyant arriver avec mes arbres. Ils n'avaient pas trop l'air agressifs. L'enfant me regardait faire, les adultes aussi. Personne ne disait rien. Ils devaient se demander qu'est-ce que l'américain faisait ici à planter des arbres? J'entamer mes trous un après l'autre. Et les passants en mobylette, car il y a une route qui s'y rend. Ils me regardaient et m'envoyaient le pouce en l'air. Je me disais qu'ils ne devaient pas être fâchés. Il y a même une mère qui est descendue de son véhicule avec son enfant. Elle lui parlait à l'oreille en me regardant. Ils me saluèrent en s'éloignant avec le sourire. Alors, j'imagine que je ne dois pas faire de tort à personne en faisant ce que je fais. Je rentrais à la maison en laissant derrière moi, en espérant que les animaux ne les mangent pas trop, une mini forêt plantée de mains québécoises. Une dizaine d'arbres poussent maintenant en terre indonésienne en l'honneur de la postérité humaine.

Lundi matin, je prends mon café. J'ai moins de stress que j'avais en arrivant. Mon pilote automatique fera le travail le temps qu'il le fera, ensuite je me débrouillerai comme j'ai toujours fait. Mes arbres sont plantés. Les dons que vous m'avez faits sont comblés. Dès que je pourrai, je vous enverrai des photos personnelles aux diverses personnes. Le soleil se lève et je peux écrire tranquillement, je ne sais pas trop ce que je fais aujourd'hui. Une chose est certaine, je ne courrai pas aujourd'hui. Parfois les gens me disent, j'espère que tu prends le temps de te reposer lorsque tu es à terre... Je me demande bien comment je peux me reposer? Je suis toujours en vélo. Il fait chaud ici comme ce n'est pas possible. J'ai 56 000 missions à faire. Ce n'est pas facile trouver des aiguilles dans une grosse botte de foin. Je visite, mais tout en faisant mes commissions. Je ne peux pas me permettre de me prendre une journée à ne rien faire sinon je ne repartirai jamais. Alors, me reposer... en revenant!

Franchement le café est bon! Et le lever de soleil est magnifique. Il y a tout un banc de sable entre nous et la rive où j'ai planté. Les poissons sautent partout, ils déjeunent aux moustiques! Il commence à en avoir pas mal, ils piquent. À marée basse, il y a moins de plastique et il n'y a pas de tâche de carburant... Tout est parti à la mer comme par magie!



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