Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

20 novembre 2013

Une autre traversée dans la poche

Une autre traversée dans la poche

Je crois que je commençais à être un peu fatigué de ne pas dormir ces derniers jours. Malgré la bonne nuit de dimanche où j'ai bien dormi quelques heures je crois. Je me sens encore empoté, le visage boursoufflé. Peuit-être aussi le manque de café? La journée s'annonce bien. Faut être positif n'est-ce pas... Le vent commence à diminuer sérieusement, jusqu'à mourir complètement. Je dérive vers le sud-est légèrement. Je calcule combien de temps il me reste pour arriver à destination et à quelle heure dois-je pénétrer l'anse avec la marée montante. Je décide donc que s'il n'y a pas de vent, je démarre tout de même à onze heures. Choses promises, chose due. Nous sommes partis à 10 heures finalement. Les voiles toutes rangées sans espoir pour elles, pour le reste du chemin. On avance bien, je ne me permets pas plus de 3.5 noeuds avec ce vieux moteur. Mais le courant nous pousse parfois, nous faisons 4.0 noeuds sur le fond. Mais pas pour longtemps. Trois heures plus tard, je vois la mer s'agiter, je sors la tête de dessus la toile pare-soleil, comme une marmotte de son trou. Ah ben, j'ai mon voyage! Il semble y avoir un vent de l'ouest. Je déroule le génois. La vitesse grimpe à 4.0 noeuds. Je remets en place l'aérien de mon régulateur. La vie est bien faite! Je n'ai pas le choix, je hisse la grand-voile. J'installe mon régulateur et voilà. Le moteur se fait silencieux. Et nous naviguons à 4.0 parfois 4.7 noeuds... oui monsieur, nous somme parti pour terminer ça en beauté.

Le ciel est vraiment couvert, mais pas au complet. On distingue ces gros messieurs. Ils sont tout autour de nous. Ils foncent sur nous un après l'autre. Des bons coups de vent, je dois prendre jusqu'à deux ris et enrouler le génois. Je suis aux oiseaux. J'adore faire de la voile. Je peux même aller faire une sieste, l'équipage se débrouille sans moi. Je dors au moins une bonne heure. Le corps se sent reposer enfin. La vitesse a diminué, mais le courant est toujours aussi fort. Et il nous pousse vers la destination. Je calcule que nous faisons trop de vitesse. C'est de valeur à dire, pour une fois qu'on fait de la vitesse. Je devrai probablement ralentir. Je ne peux pas rentrer là de nuit. Mais à ce rythme-là, je devrai m'ancrer en avant de la passe.

Plus la journée avance, il me semble que le ciel s'assombrit. Les nuages sont de moins en moins beaux, très denses. il y a toujours un coin du ciel, celui à l'est, qui reste clair. Si je suis chanceux, il le restera et la lune pourra éclairer mon chemin.
Finalement, je ne verrai la lune que quelques fois durant la nuit. Mais elle n'est pas loin derrière les nuages, donc la mer reste passablement éclairée. Il n'y a aura pas de coup de vent cette nuit-là. En échange, il diminuera. Merde... Je devais ralentir de toute façon. Ça y est. Je suis vraiment proche, je vois les lumières de l'île de Bali. Je vous le confirme, ils ont l'électricité ici aussi. Je suis à 20 miles. Je rangerai les voiles définitivement à 12miles de terre. Petit train va loin. J'arriverai entre les îles épuisé vers 4h du matin. Je décide de laisser dériver le bateau. Aller dormir un peu. Je vérifie au préalable le cap que le courant nous donne, s'il y en a un. Avec le vent. Excellent, nous allons vers la mer. Je me permets de dormir une heure. Wow, ça ravigote son homme. À force de naviguer, je le sais que je pourrais naviguer longtemps en dormant que quelques heures par jour, espacé entre chaque moment. Ça me suffit.

Il est maintenant le temps de rentrer au port. Impressionnant, il y a du courant par ici... On n'avance presque pas. La marée est supposée être montante. Mais elle monte vers où? Voilà une ligne de cisaillement... Je devrais être bon de l'autre côté. Mais non, c'est seulement mieux, mais je suis encore contre légèrement. Ah une autre ligne de cisaillement. Alors là, ça ne finit plus le courant est n'importe quoi. Il y a des lignes de cisaillement partout. Le courant va dans tous les sens. J'essaie de parler avec un pêcheur. Il me fuit. Un autre... il me fuit aussi. Après plusieurs essaies, l'un d'entre me porte attention, mais je comprends qu'ils traînent long en arrière. Nous sommes parallèles et il m'explique par où passer, il n'y a pas 56 solutions. Le courant de marée arrive de l'est. Probablement selon la direction de la lune. J'ai réfléchi beaucoup à ça, il doit y avoir des livres là dessus. La lune attire la mer, mais deux fois par jour. Alors, il me manque des détails pour vraiment bien comprendre les marées. Un jour je saurai. Il me reste encore un paquet d'affaires à apprendre dans ma vie.

Les bateaux de pêcheur sont magnifiques. Les pêcheurs qui ne traînent pas de ligne en arrière sont souriants, ils me saluent. Vraiment très accueillant. Je comprends des choses. Il me semble que je faisais attention. Mais bon. L'eau est remplie de débris de toutes sortes. Déprimant. Mais où est-ce qu'on s'en va... Les bateaux à moteur de toutes sortes sont par milliers dans le port. Moyen de transport, divertissement, cambuse oubliée au bout d'une corde prête à coulée... Aucun bateau à voile d'antan ou autre. Tout est à moteur. Il y a du monde à la messe. Je suis comme dans un monde où je ne suis jamais venu auparavant. C'est beau, mais horrifiant en même temps. Le sourire des gens et leur pouce dans les airs, leur signe de main me fait tout oublier les perversités... Encore une fois, l'humain est humain égal partout... Seulement les traits du visage qui changent... et la couleur de la peau!

Je continue à croire que d'arriver comme ça par la mer, reste une méthode extraordinaire. L'angle sous lequel on arrive est complètement différent. Et ce n'est pas comme ça que nous avons peuplé la planète étendue nos échanges commerciaux... La vie vue de la mer...

Un autre 6000 miles nautique d'accomplis en 63 jours cette fois-ci.

L'océan Indien a été difficile par bout. Mais il a tellement été merveilleux, je ne peux pas lui en vouloir, il voulait me tester. Je l'aurai chevauché avec la plus belle monture! Merci Geneviève. J'en prends soin du mieux que je peux.



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Imprimé le : 24 juin 2017