Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

18 novembre 2013

Coup de vent! Et malgré toutes nos bonnes intentions, je dois lâcher prise...

Coup de vent! Et malgré toutes nos bonnes intentions, je dois lâcher prise...

Durant la nuit de jeudi, je voyais des éclairs à l'horizon. Il y en avait beaucoup, un éclair environ à tous les 5 minutes au plus. C'était vraiment intense. Mais que pouvais-je bien y faire, j'allais dans leur direction.

Vendredi matin au lever du jour, je voyais les nuages. C'était une ligne de nuages bourgeonnants avec la base très sombre, probablement que la plupart devaient être des cumulonimbus. Mais je ne voyais pas leur tête. Mais je voyais encore les décharges électriques se rapprocher tranquillement de notre position. Je filmais la scène en réalisant qu'ils me faisaient penser à ceux qu'on voit près de Dakar. Et que parfois, ils passent gentiment sans trop souffler, mais que parfois, j'en ai vu écorner des boeufs. En refermant ma caméra. Je continue de regarder l'horizon, mon compas, le GPS... qu'est-ce qui se passe? Je pers du cap, le vent vire tranquillement, les nuages s'approchent, des moutons blancs de forment de plus en plus... Le vent augmente, je prends un ris. Il continue à virer. Je tire un bord, parce je faisais cap à 3300, avec le courant 270, il faut que j'aille à 260. Juste après avoir effectué mon virement de bord, vlan! Le vent rentre d'un coup, la mer se lève. C'est la galère. Le temps de prendre un ris, enrouler le génois comme il se doit. Je relaxe dans le cockpit en regardant la scène, toute chose étant relative à chacun. Loréline s'est faite rincée solidement à l'eau de mer.

Il faut dire que c'était un vent du nord. Depuis que le vent s'est calmé ces derniers jours. Je vois une vague de fond faire surface, un mètre et parfois deux de hauteur. C'est vraiment beau. Cette vague toute paisible et longue de quelques centaines de pieds provenant du sud. Elles défilent par dessous la coque lentement, rythmées par le temps qui passe. Alors, ce vent du nord, qui nous frappe sévèrement ne devait pas dépasser 25 ou 30 noeuds, mais il levait une de ces vagues violentes, mises pêle-mêle à travers la vague de fond, parfois nous étions soulever de l'eau retombant bang! sur la vague suivante. Tellement les vagues étaient rapprochées et désordonnées. Ce n'était qu'un coup de vent, les vagues suivaient la tendance. Elles ont passé, d'un coup, mais tout un coup. Loréline rentrait sa proue dans la vague suivante pour y pelleter toute l'eau de la mer qui s'abattait sur son pont intensément. De toute beauté, lorsque ça ne dure qu'un moment...

Par la suite, le vent s'est complètement tu. Nous dérivions avec le courant. Celui qui sort de la mer de Timor au nord de l'Australie et qui se jette vers l'ouest dans l'océan Indien. Et nous avions une vitesse de 2 noeuds vers l'ile de Noël qui se situe justement à l'ouest. Alors, j'ai commencé à étudier la situation sérieusement. Normalement, je dois passer Noël au Japon...

J'en ai conclu que je suis dans une zone de convergence, à moins que je me trompe, mes cours de météo n'ont peut-être pas été assez assimilés. Je viens juste de terminer mon cours sur la formation des ouragans 101. Mais mon prof est au Mexique, alors les cours à distance parfois ne sont pas toujours aussi efficaces. Mais j'ai un bon prof. Et je suis directement sur le terrain, alors je crois que je commence à comprendre des affaires.

Une zone de convergence , il n'y a pratiquement pas de vent, ou encore il y a des coups de vent comme je viens juste de vivre. Si je me fais dériver comme ça, je vais peut-être attendre des semaines... Je ne peux pas me permettre ça. Je serai trop loin en mer et je ne pourrai plus revenir. J'ai donc démarré le moteur après quelques heures de dérive et de réflexion intense, je devais lâcher prise sur la situation. Oui, c'est pour ne pas brûler du carburant, mais le moteur m'énerve, il fait du bruit, il pue, il vibre, il fait tous les temps sauf être paisible. Contrairement aux voiles que je n'entends pratiquement pas gronder. La nuit se passe tant bien que mal, je n'ai pas de pilote automatique fonctionnel, je me sers d'une corde pour tenir la barre. Elle tient 5 minutes parfois 10, le cap change par lui même, une corde ne suffit pas. Je n'ai pas dormi beaucoup. Mais j'ai avancé. À pas de tortue contre ce courant. Mais il faut que j'en sorte, ensuite, il y aura un contre-courant m'amenant à destination. Ce devrait être mieux.

Samedi s'est déroulé tant bien que mal. On avance à moteur. J'ai essayé de vérifier mon pilote, mais sans succès. Il y a des déchets dans la mer par-ci et par-là. De toutes sortes, même les algues poussent dessus.

Il y avait trois dauphins relaxant à trois cents mètres de nous. Ils ne faisaient rien. Je voyais leur dos avec leur nageoire dorsale sortir de l'eau de temps en temps. Ils étaient en suspens. Des poissons volants sortent de partout afin de sauver leur peau à gauche et à droite à l'approche de Loréline, ce prédateur!
Le soleil est très chaud, je bois beaucoup, mais je n'urine pas plus pour autant. Je transpire à ne rien faire.

Les cumulus bourgeonnants défilent toute la journée d'un côté comme de l'autre. Mais toujours pas de coup de vent. Ils n'ont pas la taille de ceux qui nous ont frappés. Il y a tout de même des éclairs dans certains, les plus développés d'entre eux, ceux qui renferment et qui dégagent le plus d'énergie.

Je mange vraiment n'importe quoi, je n'ai pas le temps de faire cuire quoi que ce soit... Alors, c'est le moment des cannes de conserves, des biscuits secs avec le petit paris pâté... Quelle gastronomie! Mais où ils sont ces calmars ma foi du bon Dieu!

Durant la nuit de samedi, j'avais coupé le moteur, car je croyais être sorti du gros courant et normalement je devrais avoir un petit contre-courant pour m'aider. Il y avait une petite brise, très légère. Nous avancions à 1.0 noeud environ. Ai-je le choix? Malheureusement pas vraiment. Je calcule ce qui me reste en carburant et il ne m'en reste pas beaucoup, je n'ai jamais rempli de nouveau les bidons de surplus que j'avais amené. Et il faut que je rentre au port à moteur, il y a des coraux partout semble-t-il dans cette anse. Je dois faire des choix judicieux. Et me garder quelques litres pour l'approche finale.

Je dors à l'extérieur afin de sentir le moindre saut de vent. Et lorsque je me réveille après quelques heures environ, nous sommes engloutis par un de ces gros nuages d'orages. Il y a des éclairs sur notre gauche et en face de nous. C'est dangereux pour tout l'équipement, je débranche le plus possible d'appareils et je mets un GPS portable et mon ordinateur dans ma glacière en acier. Je me dis qu'elle doit bien faire une cage de Faraday. Si jamais j'étais frappé par un éclair, tous les circuits électriques branchés ou pas branchés pourraient recevoir une partie de la décharge, sauf ceux qui se trouvent protéger pas une boîte de métal qui servirait de protection contre la décharge. Et ce doit être M. Faraday qui a découvert cela. Alors pour naviguer, il faut avoir une cage de Faraday au minimum pour un GPS de surplus. Ma glacière n'est peut-être pas étanche à 100% contre l'infiltration de la décharge, dans ce cas échéant, je vous le dirai.

Mais, toujours est-il que les fichiers météo annoncent du vent que je ne reçois pas. Le vent du sud parfois du sud-est me parvient plutôt du nord, ou nord-est. En plein à l'endroit où je dois me rendre. Donc, on n'avance pas fort. Et ce contre-courant n'est pas très présent encore. Avec la dérive et toutes les forces sur la coque, le peu de force qu'il y a, dimanche nous faisons cap vers le nord-ouest. Il y a déjà eu des meilleures journées que ça.

Et ces gros nuages qui me passent tout autour ne me donnent pratiquement aucun vent. Il n'y en a eu qu'un, celui de vendredi. C'était le plus gros, je crois.
J'ai finalement levé le spi dimanche en fin de journée. J'ai senti une brise du sud-ouest nous rattraper. Il faut que j'utilise cette brise, c'est peut-être ma seule chance. On avançait entre 0.5 et 1 noeud. Au moins, on avance. Ça prendra le temps que ça prendra. Le seul problème ici, devant ces îles, il n'y a qu'une minuscule place où je dois aller. Donc, je ne peux pas me permettre de trop dériver.

Dimanche soir, dauphins nocturnes, certains sortent de l'eau... Ils sont toujours plaisants à discuter avec. Ils sont fous comme de la marde. Certains approchent à une dizaine de pieds de Loréline et viennent lui faire la cour. Malheureusement, Loréline a plutôt l'air d'un poisson sans vie. Du moins, pas trop vigoureux.
La pleine lune éclaire très bien toute la mer. On voit parfaitement les nuages et les possibles sauts de vent sur l'eau.

On croise des cumulus bourgeonnants à gauche et à droite. Je ne sais pas par quel hasard, mais aucun ne passe exactement sur notre route. On a eu des brins de pluies. Des éclairs à gauche, en arrière quelques-uns à droite, mais pas en face, donc on continue avec le spi... entre 0.5 et 1 noeud on avance.... un mile à l'heure c'est un mile de gagner! petit vent du sud on se met de travers un peu pour mieux le ressentir. Le cap, je m'en soucie moins que l'importance d'avancer. J'ai dû empanner deux fois le spi. Le vent tourne un peu de temps en temps. Et systématiquement lorsqu'un nuage passe proche, le vent accélère un peu, notre vitesse a monté à 3.3 noeuds momentanément. On garde le spi. Je ne vois pas de mauvaises vagues à l'horizon, je ne vois pas pourquoi je m'énerverais. Et ce petit vent est probablement notre dernière chance, faut que je la prenne.

J'ai vérifié sur mes chartes de pilotage, la zone de convergence à ces latitudes devrait seulement être au mois de décembre.

Donc, l'eau doit être plus chaude probablement cette année que la moyenne, mais je suis définitivement dans la Zone de Convergence Inter Tropicale...
et c'est beau en mautadit.

c'est plein de cumulus bourgeonnants, mais ils n'ont pas tous atteint leur stade de maturité...

j'en ai vu un hier avec un panache, je n'en avais jamais vu un aussi évident, je parle du panache.

Et par la suite le panache s'est comme détaché... et le nuage a comme disparu, je crois, volatisé!

Probablement qu'il ne devait pas avoir assez de chaleur latente qui se dégageait... Mais c'est plutôt son gradient adiabatique humide qui est devenu le même que celui sec des environs.

Ça se peut encore que je me trompe, mais je crois que je commence à comprendre des affaires par petits bouts...

Alors je continue avec spi le plus longtemps possible. Je ne dormirai pas beaucoup. Je dois veiller sur la barre. Mais finalement, le vent tombe littéralement. J'attends, je commence à être patient un peu après tout. J'attends voir si le vent ne reviendrait pas. Mais non... Merde, le spi est mouillé à cause de la pluie. Il sèchera une autre fois.
Il y a un nuage qui fonce droit sur nous. Et je ne l'aime pas. Il y a des éclairs en masse. Je prends des risques déjà assez comme ça. J'utiliserai le moteur pour m'en sauver.
J'affale donc le spi. En l'amenant sur le pont, Loréline change de cap. Je la laisse faire. Il n'y a pas de vent de toute façon. En revenant dans le cockpit, ça parle au diable. Il y a une brise et Loréline s'est mise auprès du vent. Je déroule donc le génois. On fait un maigre 1.5 noeud, mais presque dans la bonne direction. Alors, je garde ça comme ça. Je regarde mon nuage. Il n'est plus comme il était, il se dissipe. Je ne vois plus d'éclairs du tout. On fait route et je peux aller me coucher. Je dormirai à l'intérieur cette fois, confortablement. Ce n'était pas le Diable, c'est sûr. Sinon, il m'aurait bouffé tout cru. De quelle manière puis-je peux passer à travers tous ces nuages avec un spi dans les airs... sans coup de vent rien... juste la brise...

Par la suite, je navigue au près, toute voile dehors j'avance à 1.8 noeud avec un cap presque parfait.

Ce n'est pas une place qu'il faut rester longtemps à travers ces gros messieurs.
J'ai déjà été pas mal chanceux jusqu'à maintenant, il ne faut pas trop pousser sa chance. J'avance les fesses serrées.



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