Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

15 novembre 2013

L'histoire de mardi se répétait

L'histoire de mardi se répétait

Mercredi matin des cumulus de basses altitudes, enlignés perpendiculairement à l'est. Des vents d'est nous pousse en fin d'après-midi. Au matin, nous avions un vent du sud. Il est même passé un peu à l'ouest pendant une heure environ, il venait du sud sud-ouest.

Durant la journée nous faisons des pointes de 5.7 noeuds sur l'eau. Assez trippant merci! Ça fait du bien d'avancer.

Je vois un autre petit bateau transporteurs de passagers, je crois. Il ressemble aux lignes de celui d'hier, mais il est plus loin. Donc, je ne l'entends pas.

J'avais oublié un autre de ces bruits, mardi j'ai entendu un avion... Je me demandais qu'est-ce que ça pouvait bien être, ce bruit du tonnerre. Il semblait foncé sur nous. Mais je n'ai rien vu sur mer ou à l'horizon. Le bruit a continué son chemin vers le nord en se dissipant lentement. On aurait dit un avion de brousse.

En fin de journée, le ciel est plus dégagé, les cumulus sont plus clairsemés et moins aplatis. Le vent entame sa descente vers le néant. Le coucher de soleil est tout aussi extraordinaire. Ses rayons orangés percent les nuages. L'étoile du berger traine en arrière, mais il finit par suivre. Pendant que la lune qui devient pleine tranquillement éclaire notre navigation nocturne. De toute beauté. Mais le vent ne me laissera pas bien dormir. Même le spi me fait la gueule. Il a la misère du monde à se tenir debout. Je décide donc d'établir mon campement pour la nuit à l'extérieur. Je sors mon sac de couchage pour dormir dessus et une serviette pour m'abrier. Ma tête repose sur mon oreiller, du moins, ce qu'il en reste.

Au début, je n'ai juste pas envie de dormir, je regarde les étoiles. Oups, une étoile filante.. Par ici et une par là... Mais par la suite le vent continue sa descente aux abîmes. Il meurt. Et les voiles frappent dans tous les coins, de temps en temps. Je ne pourrai pas fermer l'oeil de la nuit. Et nous ferons une piètre distance aujourd'hui, peut-être 45 miles.

Jeudi matin, ce n'est pas diable mieux. Je suis fatigué et le vent ne vient pas nous rendre visite. Il fait chaud, il fait très chaud. En plus sans vent... Des nuages passent, des cumulus comme les derniers jours. Il devrait y avoir du vent durant la journée. Mais quand... une puff rentre vers 5h UTC, je l'ai écrite, elle me donnait espoir. Mais ce n'était qu'une puff... La journée est vraiment longue à s'écouler. Ces moments me font penser à notre bon Dédé Fortin dans une de ses chansons, qu'il écrivit pas très longtemps avant son décès, je crois. En rencontrant un sans-abri, une de ses phrases dit : la vie est courte, mais elle est longue par ti-boute...

Le vent nous arrivera que vers la fin de l'après-midi. Mais sa provenance laisse à désirer. Je risque de devoir affaler le spi plus tôt que prévu... J'y réfléchis actuellement. Que vais-je faire... Je ne pourrais pas fermer l'oeil un peu... Je vais sur le pont et je regarde les éléments en cause. Et je me demande, est-ce possible de remonter le vent un peu avec le spi? Je suis bien mal pris pour essayer. Je donne quelques degrés sur le régulateur. Oups, Lorélline commence à bien répondre, les voiles aussi. Je redonne quelques degrés sur le régulateur, pour finalement arrivé au près bon plein. Et on avance bien avec ce petit vent apparent là, la vitesse grimpe à 4.0 noeuds. Notre cap a du sens aussi. Il y a quelques relâchements parfois, mais somme toute, le moral des troupes refait surface. Même l'éolienne recommence sa douce symphonie.

Des nuages nous arrivent, une rangée de cumulus de basse altitude. Normalement le vent devrait tourner complètement à l'est. Actuellement, il vient un peu du sud, donc du sud-est. Par la suite, on voit des cumulus épars dans le ciel. Le soleil se couche à travers toutes sortes de cumulus un par dessus l'autre avec en tête des cirrocumulus qui lui provenait plus du sud. Une fois seul avec la lune très vive, le vent ne valait plus rien. Je décide d'affaler le spi avant que le vent d'est se lève. Le tour était joué lorsqu'une fois adosser sur mon radeau de survie, assis en arrière de Loréline, je contemplais le ciel. D'autres cirro-cumulus qui étaient plus à l'est durant l'affaissement de l'astre céleste commençaient à recouvrir totalement le ciel. C'était d'une beauté à couper le souffle. Le vent d'est se levait en même temps que ces rangées bien alignées de cumulus de haute altitude défilaient au-dessus de nous. Malgré l'absence de lumière directe, la lune éclairait parfaitement bien tous les détails de ces nuages. Maudite marde, y'as-tu de quoi de plus beau à voir que ça? Excusez-moi, je retourne voir ça...

Mais il y a toujours l'endos de la médaille. Et la nuit de jeudi n'a pas été des plus productive. Le spi affalé et remplacer par le génois. Nous faisions route auprès du vent le plus possible. Mais le vent n'a poussé que quelques noeuds. À peine pour nous faire avancer de un noeud sur l'eau, mais pas tout à fait sur le bon cap. Il est vrai qu'une fois ici, il devrait y avoir un courant qui nous pousse vers l'ouest. Donc, notre cap final nous portait vers le nord nord-est, un cap d'environ 3500. Nous n'avons pratiquement pas progressé durant la nuit. Le vent provenait de 450 à 700. Même auprès du vent, il n'y avait rien à faire.

Vendredi matin, on espère un autre jour. Mais au matin, la tendance se poursuit. Je vois des dauphins s'amuser au loin. Pas de danger que la vitesse de Loréline les attire par ici. Et je vois aussi des déchets flottés de plus en plus. Il y en avait ces derniers jours, mais pas autant. J'avais vu quelques bouteilles de plastique ici et là. Mais ce matin, ce sont des sacs ziploc, des bâtonnets de bonbon, des sacs plastiques de pâtes chinoises... Je n'avais jamais vu autant de déchets sur l'océan. De tous les miles nautiques que j'ai faits jusqu'à maintenant. Depuis 2008 que je navigue sur l'océan du Canada au Sénégal... au Brésil et J'en passe. Je n'avais jamais vu autant de déchets flottés à la surface. Et je commence à avoir un peu de millages marins, j'arrive en Indonésie et je franchis mon 31 000e mile nautique en haute mer. Et c'est la première fois que je suis dégoûté à ce point de la bêtise humaine.

J'ai entendu par mon bon vieux sociologue rencontré en Afrique du Sud avec sa femme, que d'ici quelques décennies nous mangerons notre poisson avec des boules microscopiques de plastique à l'intérieur. Je n'ai pas de misère à le croire...
Le vent devrait tourner aujourd'hui vers le sud-est. Il devrait prendre de la force aussi,, quelques noeuds de plus. J'espère qu'il fera tourner un peu plus mon éolienne parce que présentement je ne suis même pas capable d'envoyer de message. Je n'ai pas assez de charges dans mes batteries.

Il me reste 150 miles à faire. Hier, nous avons progressé de 48 miles. Donc, j'ai espoir d'arriver d'ici 3 jours. Mais, je dois avouer que le moral des troupes n'est pas à son meilleur. Malgré notre piètre performance de ces temps-ci, j'ai réussi à bien dormir la nuit passée. Et ça, ça fait du bien.

J'ai vu une ligne de grain à l'horizon... Des rafales de vent nous sont tombées dessus. Des vents du nord. Sacrebleu! Je vous raconte lundi prochain.



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 24 juin 2017