Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

11 novembre 2013

Les nuits sont douces, Mais les derniers miles deviennent difficiles.

Les nuits sont douces, Mais les derniers miles deviennent difficiles.

La journée de vendredi se déroule tout doucement. Le vent a l'air stable et la mer tend à diminuer tranquillement. Curieusement, la provenance du vent ressenti est différente de celle présenter sur le fichier météo. En fait, ce fait est visible depuis quelques jours. Il devrait venir du sud-sus-est. Mais il vient visiblement du sud-est. Je ne m'en plaindrai pas, car sous cet angle les voiles tiennent vraiment mieux. Je pourrais bien hisser le spi. Mais avant la prochaine fois, je devrai monter en tête de mât afin d'organiser la poulie de la drisse comme il faut. Je ne dois pas me faire prendre avec une drisse bloquer en tête de mât. Pour ce faire, j'attends que la mer se calme un peu.

La nuit de vendredi est splendide. Le quartier de lune grossi lentement. La lune est belle ce soir, très lumineuse. Le ciel se couvre presque au complet. Mais seulement pour quelques dizaines de minutes, ensuite les étoiles viennent envahir le ciel. Le vent est faible, environ 8 noeuds. Notre vitesse suit la tendance, 3.5 noeuds environ. On avance toujours, c'est au moins ça de gagner. Hier, nous avons fait 117 miles nautiques. Ce n'est pas comme ça tous les jours, mais ces journées font du bien au moral.

Et ce soir pour faire changement, je réfléchis. J'ai vraiment de la difficulté à aller au lit. Je croyais qu'un jour cet état d'âme s'en irait par lui même, mais je crains être pris avec lui. Et la nuit est belle, alors c'est une belle combinaison pour chasser l'envie de fermer l'oeil. À notre adolescence, lorsque nous réfléchissions un ami et moi. Nous avions une surdose de ce bon vieux Jacques Languiran. Et à force de se demander le pourquoi des choses. Ils nous parlaient, à la radio bien sûr, à propos du ÇA. C'était tout de même une réponse facile et efficace, pourquoi? C'est à cause de ÇA! Le fameux ÇA. Si vous l'aviez entendu parler du ÇA, il vous aurait peut-être convaincu vous aussi. Mais en y réfléchissant plus en profondeur, c'était une réponse bien trop facile, le cerveau, lui, il veut en savoir plus. Il aime se casser les neurones.

Durant la nuit de vendredi, le vent tourne finalement au sud. Je me réveille. Le compas de cloison m'indique un mauvais cap. Je dois aller sur le pont vérifier tout ça.

Effectivement, ce fameux vent du sud arrive à nous. Je dois mettre les voiles en ciseau. Je ne peux pas utiliser mon spi. Je pense que je vais attendre avant de grimper au mât. Je ferai le singe lorsque ce sera vraiment nécessaire. Alors, je mets les voiles en ciseau en tangonnant bien sûr le génois. J'effectue le tout à l'aide de ma lampe frontale. Malheureusement, la réparation que j'avais effectuée sur ses connexions semble être à refaire. Elle me fait l'effet d'une discothèque ce soir, au moins je vois où je m'en vais. Normalement la nuit, je n'utilise pas de lumière, sauf lorsque je joue avec un tangon. L'erreur pourrait ne pas être pardonnable. Malgré qu'à la vitesse où l'on va, j'aurais peut-être le temps de nager pour me rattraper.

Depuis quelques jours, je reçois des petits poissons volants sur le pont. La mer est vraiment trop bonne pour moi. Mais leur grosseur laisse sur son appétit. Le premier d'ailleurs, je m'en suis servi comme cure-dents... Mais je garde espoir, ils grossissent chaque jour. Celui de samedi matin avait une taille de deux pouces de long. Et la pêche est infructueuse. J'ose espérer que les résultats dépendent de notre vitesse. Je ne sais pas exactement.

J'ai trouvé un bon moyen pour manger juste à ma faim. Je me fais du riz. J'y ai ajouté des légumes déshydratés. Normalement, c'est vraiment bon. Sauf lorsqu'on ajoute des épices en trop grande quantité. Le goût devient tellement mauvais, il est facile de limiter nos portions et on mange plus longtemps. Je ne suis pas du genre à jeter de la nourriture. Il traine donc sur le comptoir.

Samedi, la journée est vraiment trop belle. Le soleil est vraiment à son meilleur. Mais j'ai beaucoup de difficulté avec cette chaleur. Je suis un fameux québécois qui aime la neige. J'aime notre hiver. J'aime pelleter, ça tient en forme. Et j'avoue qu'il est très amusant de rouler en vélo dans une tempête de neige. L'hiver va me manquer.
Par ici, le vent commence à perdre de sa crédibilité. Il souffle à peine. Les voiles se tiennent debout une fois sur deux. La provenance du vent n'est pas bonne pour tangonner le génois. Sinon, il est trop ouvert, donc le vent ne le gonfle pas. Il faudrait le spi, mais je n'ai vraiment pas envie de grimper au mât pour voir sa poulie.

Durant la soirée de samedi, des nuages passent. Ils ne font que passer en laissant un petit coup de vent, tout petit. Juste pour avoir espoir un moment. La lune commence à être à moitié pleine. Et toujours cette étoile du berger suivant l'astre du jour dans sa course perpétuelle. Rarement j'ai pu constater Vénus aussi loin du soleil et aussi haut dans le ciel. Je me suis demandé les premières nuits si c'était bien elle. Quant à Orion, il apparait presque en même temps que le soleil tire sa révérence. On le voit surgir à l'horizon à l'est, bien sûr. Et vers deux heures du matin par ici, il est droit au ciel, juste en haut de notre position. Et si je ne me trompe pas,j'ai vu pour la première fois ce que cette constellation représentait. Il a une épée à sa ceinture. Comment se fait-il que des étoiles puissent former pas hasard des figures comme celle-là? J'ai vu dans l'hémisphère sud, des parties de constellation, dont je n'ai pas pu identifier le nom. Mais j'ai vu des courbes parfaitement rondes. Comme si un éclatement s'est produit laissant ses parties dans une forme géographique parfaite. Pardonnez-moi mon extase continuelle, mais il n'y a rien de comparable à ça.

Mais je suis un peu moins en extase devant le vent actuel. Dimanche, j'ai décidé de grimper au mât, au cas où j'aurais l'envie de hisser le spi, car les conditions deviennent insupportables. J'ai déjà grimpé au mât dans des conditions plus périlleuses un peu. Malgré qu'une fois revenu sur le pont, je sentais mes jambes qui avaient donné leur maximum, heureuses de se reposer un peu. Environ trente minutes plus tard, le vent ne veut rien savoir de mieux. Je sors le gréement pour le spi. Une fois les écoutes et le tangon en place et la voile prête à être envoyé.... Je regarde le vent dans les yeux... Il se met à souffler plus fort et il change de provenance. Je retourne dans le cockpit. Le vent vient de l'est maintenant, nous sommes un peu trop de travers au vent, c'est un peu limite pour le spi. Je range tout son gréement en laissant soigneusement les écoutes en place, on ne sait jamais. Je déroule de nouveau le génois. Et voilà, nous voguons à 3.5 noeuds. Mais ce fut une joie de quelques heures. Le soir arrivé, le vent a repris sa place au sud-est et il devient du même coup plus faible. Je m'apprêtais à hisser le spi, lorsque j'ai réfléchi sur la situation. Si je croise un cargo avec le spi gonflé, je suis cuit. La manoeuvre pour le ramener sur le pont est trop longue à faire en solitaire et je ne pourrais pas changer de cap assez rapidement. Ce bon vieux spi est donc retourné rapidement au fond de la pince du bateau.

La nuit de dimanche était aussi magnifique que les autres. Avec un vent variant entre 4 et 8 noeuds environ, provenant du secteur est-sud-est. Nous étions donc presque de travers au vent et faisions une vitesse entre 2.0 et 3.0 noeuds. Nous avons tout de même réussi à faire 89 miles nautiques hier, mais aujourd'hui j'ai des doutes. Il nous reste près de 450 miles à faire. Alors, il est un peu difficile de prédire combien de jours ils restent à parcourir. Peut-être 6 ou 8 jours... À moins qu'une dépression s'improvise et vienne balayer cette zone de haute pression.

Un splendide oiseau solitaire est venu faire son tour samedi. Un oiseau blanc, effilé aux deux bouts, très mince du corps, mais très long malgré tout. Avec des ailes d'une envergure incroyable. Il planait simplement en assez haute altitude. Il est descendu voir la chose blanche sur l'eau. Il s'est approché des voiles, en jetant un coup d'oeil dans notre direction. Il a donné quelques coups d'aile. Il est remonté en altitude et a poursuivi son chemin. Je l'ai perdu de vue rapidement. Lui, il s'en va en Australie.
On avance à 3.0 noeuds, mais on avance et dans la bonne direction!

si les ondes vont bien, je vous envoies une photo de mon dodger vu de l'intérieur...
je ne serai plus capable de me passer d'une telle cabine...



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Imprimé le : 20 août 2017