Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

8 novembre 2013

La nuit a été dure

La nuit a été dure

Le vent augmentait sans cesse au cours de la journée de mercredi. Au soleil couchant, nous avions deux ris dans la grand-voile et quelques tours sur l'enrouleur de génois. Grâce aux fichiers météo, je savais la possibilité qu'il augmente encore durant la nuit.
Effectivement durant la nuit, je me suis levé afin de prendre le dernier ris et enrouler le génois encore un peu. La mer se formait tranquillement, les vagues ont grimpé jusqu'à 3m peut-être 4m. Elles m'ont empêché de dormir un peu. Trois d'entre elles sont venues se fracasser sur la coque, me réveillant ainsi, j'ai été capable de les compter alors je m'en souviens très bien.

Le danger restait à venir. Le détecteur de radar a fait son travail pour la première fois depuis belle lurette. Je vous jure que ça réveille, pas besoin de café cette fois-ci. D'un coup sur le pont à scruter l'horizon. Le ciel est sombre aucune étoile, pas de lune. Les nuages sont très denses. Et la mer semble vigoureuse, le vent est costaud. Rien pour me rassurer. Je scrute l'horizon. Finalement, derrière les voiles, je vois effectivement une lumière verte et deux lumières de mât. Sur le coup je ne sais pas exactement le cap du bâtiment que je vois, je réfléchis en allumant le radar. Ce dernier prend trois minutes à s'ouvrir, alors j'ai le temps de réfléchir en masse. Lumière verte pour tribord, je crois qu'il va passer en face de nous, ou bien il nous a passés à bâbord... Dans ce dernier cas, le détecteur n'aurait pas fait son travail au bon moment. J'allume la radio VHF en même temps que mes réflexions se font. J'essaie de l'appeler, mais il ne répond pas. Le radar s'allume, il se rapproche assez rapidement. Il est à 3 miles maintenant et les lumières ne changent pas de position. La collision est possible alors. Mon coeur s'accélère subitement, je dois manoeuvrer, faire quelque chose. M'écarter de son chemin au plus vite, il ne m'a pas vu et il dort. Je change de cap de 45 degrés environ vers l'ouest afin de le laisser passer. Les lumières du bâtiment dans le noir font leur chemin tranquillement à tribord. Et je reprends ma route par la suite, lorsque je vois les lumières par l'arrière. Nous sommes passés à trois quarts de miles l'un de l'autre. J'attends un peu qu'il s'éloigne avant de penser à retourner au lit. De toute façon, les battements du coeur doivent reprendre leur rythme. La nuit reste sombre.

Par contre, elle se termine en douceur. La douceur étant toujours un peu relative...
Jeudi la mer se calme au fur et à mesure que la journée avance. Je peux larguer un ris, mais sans plus. On avance bien à travers les vagues de deux mètres, parfois 3mètres. Le ciel se dégage progressivement. À la fin de la journée, les cumulus sont de retour. Le soleil tape sur la peau, on sort le chapeau et les lunettes fumées. Je lis un bon livre qui date des années 50. Il est écrit par un sociologue de l'époque qui a étudié les civilisations africaines. Déjà au début du siècle les cultures africaines subissaient l'influence des cultures colonisatrices. Elles commençaient à perdre certaines de leurs caractéristiques culturelles. Sommes-nous vraiment encore différentes cultures? Ou bien nos racines sont enfouies en dessous de la culture prédominante mondialisée. C'est un peu une des grosses questions de la vie que j'essaie de répondre.

La nuit de jeudi est superbe sous les étoiles. Il y a encore une concentration de phytoplancton assez incroyable. Le remous fait par Loréline est vert autant sur le côté bâbord, le côté sous le vent, que le sillage laissé par notre passage. Je me suis réveillé en entendant un chien grogner à l'extérieur. Drôle d'hallucination, je l'entendais même après mon réveil. Il a fallu que j'aille sur le pont pour qu'il se calme. Probablement mon dernier chien, Musca. Il doit avoir retrouvé sa place à travers les étoiles. Musca est le nom d'une constellation dans l'hémisphère sud.

Vendredi, le vent commence à diminuer sérieusement, la vitesse suit le cours. D'ici à Bali, les fichiers météo montrent des vents souvent assez faibles. J'espère au moins avancer convenablement.



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Imprimé le : 24 juin 2017