Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

6 novembre 2013

On approche, ça s'entend

On approche, ça s'entend

La journée de lundi se déroule sous spi. Selon les fichiers météorologiques, normalement le vent devrait augmenter en fin de journée. Je reste donc attentif. Le matin, le vent était quasi inexistant. Je le sentais à peine sur mon visage et nous avancions à 2.5 - 3.0 noeuds. En après-midi, des nuages s'approchaient tranquillement de nous. Décidément, le vent allait en augmentant tranquillement, la vitesse suivait la courbe. Vent de 7-8 noeuds et vitesse de 3 à 4 noeuds.

Je me suis lavé les cheveux. La troisième fois durant cette traversée, environ aux deux semaines, pas si mal. À l'eau de mer bien sûr, l'eau est frette. J'ai laissé faire pour laver le reste du corps.

Bientôt, j'allais ramener sur le pont mon équipier coloré, avant la nuit cette fois-ci. En fin d'après-midi nous faisons des pointes de vitesse de 5.8 noeuds. C'est trippant! Mais le spi commence à avoir la gueule croche des fois, on a de la difficulté à le tenir tranquille. Je décide de l'affaler avant qu'il ne soit trop tard. Par chance, la drisse est prise dans sa poulie, mais pas complètement... J'ai eu chaud quelques secondes, le temps de réaliser que je pouvais tout de même tirer dessus. Je range les écoutes de spi et je déroule le génois. La vitesse a bien sûr diminué aux environs de 3.5 noeuds.

Superbe coucher de soleil auquel nous assistons. Mais la nuit d'hier aura eu raison de mon corps. Je vais au lit avant que le soleil ait complètement disparu. Je suis brûlé. Et ça dort bien! Le vent arrive plutôt de l'est-sud-est contrairement à la météo qui le plaçait plutôt au sud-est. Nous sommes de travers au vent et les voiles se portent bien.
Nous avons fait 5 miles par heure durant la nuit de lundi. Il y a décidément un bon courant d'au moins un noeud par ici.

Mardi matin, le lever de soleil est sublime à travers les nuages, les rayons tracent leur chemin. Le ciel est bleu clairsemé de petits cumulus. De toute beauté! La mer est tranquille, une vague de 1m peut-être, parfois 2m. Mais rien de violent, c'est sûr qu'il y en a toujours une plus rebelle qui vient nous frapper sur la coque, mais après ce qu'on a vécu, c'est de la douceur. J'ai mis les lignes à pêche à l'eau, mais encore une fois la vitesse n'est pas convenable, on roule à 4.2 noeuds environ. Le vent est faible entre 7-10 noeuds pour le moment. Mais je vis d'espoir.

Mais malheureusement parfois l'espoir ne suffit pas. Alors, mon régime se résume à mes traditionnelles pâtes et mon gruau pour le matin ou la nuit. J'avoue que le gruau instantané que je me suis procuré en Afrique du sud est particulièrement bon. C'est sûr qu'après autant de jours, le mot bon prend un sens tout à fait relatif... Un peu comme mes grains de café sans saveur retrouvés au fond de nulle part, j'essaie d'avoir un certain plaisir à savourer le café que je me fais....

Je fuis le plus possible les boîtes de conserve. Le goût du sel, le nitrite et le nitrate retrouvés dans ces mets me désappointent toujours. Malgré qu'il est bon de varier. Je crois que c'est ce qui me sauve. Mais décidément, les fèves que je me suis faites avant mon départ du Brésil conservé dans des pots masson sont excellentes. Il n'y a rien de mieux que de faire sa bouffe soi-même. En plus, on contrôle mieux ce qu'il y a à l'intérieur. Et pour m'assurer de ne pas tomber en carence de vitamines, j'ai des suppléments vitaminiques. Malgré tout l'équilibre que j'essaie d'avoir à travers tout ça, je réussis à prendre du poids, maudite marde. Je suis trop actif à terre. Et en mer, j'ai de la misère à équilibrer le tout. Je continue à manger autant et il m'est impossible de reproduire les 25 km de vélo que je fais au minimum par jour à terre. Et j'ai bien beau dire, je crois que je passe un peu mon stress en mangeant aussi.

J'essaie donc de me discipliner enfin... Pratiquement sans succès... une bonne journée je me dis bon, il faut que je coure sur place une minute toutes les fois que je sors dans le cockpit. Je me tiens bien évidemment. Mais,je finis toujours pas ne pas le faire assez. Oups! Il y a une vague qui arrive... ou bien je fais quelques exercices, des push-up par exemple, mais bon ce n'est pas cardio-vasculaire pantoute ça. Je ne me suis jamais entraîné dans ma vie. J'ai toujours préféré avancer, faire du vélo pour aller voir mes chums par exemple. J'ai toujours eu de la misère à faire du sur place. Ça me donne l'impression de tourner en rond.

Suis-je en train de tourner autour de la boule moi là là?

Il faut être humain pour être incohérent... n'est-ce pas?

Je devais avoir un besoin de me sentir humain...

Je viens juste de voir quelque chose voler à ras la mer, je me dis, coudons l'oiseau vole bas, mais c'était un poisson volant. Ça faisait des lunes que je n'en avais pas vu. J'en ai vu quelques-uns finalement de ces poissons volants au cours de la journée. Ce serait plaisant d'en avoir dans ma poêle prochainement.

J'ai aussi vu à un demi-mile de nous, des bouées de pêcheurs. Elles étaient trois, probablement en perdition. J'aurais bien aimé me rapprocher, mais je n'ai pas vraiment envie de courir le risque de rester pris dans un quelconque cordage, du moins pas aujourd'hui. Je suis tout de même à 400 miles des côtes et je ne suis pas équipé pour plonger dans ces eaux froides.

Par contre, lorsque le soleil est à son zénith, on sent sa chaleur. Il fait très chaud, mais pas longtemps, quelques heures. Et dès qu'il redescend, le froid vient nous chercher avec l'humidité en prime. Malgré que j'ai dormi la nuit dernière pour la première fois la porte ouverte.

La journée de mardi passe tranquillement comme le fil du temps. Sans gros coup de vent. Parfois, il veut souffler plus fort, il le fait. Mais jamais assez pour me faire prendre un ris. On sent simplement Loréline prendre de la vitesse partir au lofe légèrement sans plus, elle revient à sa place doucement. Parfois, je règle le régulateur de 5 degrés, car le vent change de direction légèrement tout simplement.

Dans le ciel, en fin de journée, au lieu de voir des cumulus, comme des boules de ouates cotonneuses. Ces dernières se sont changées, elles se sont comme aplaties et semblent vouloir se rejoindre pour former une strate de basse altitude. La pression diminue effectivement. Le vent augmente en conséquence, je vais prendre un ris. Peut-être trop tôt par contre, j'aurais peut-être dû attendre... Il faut bien commencer à apprendre quelque part. Je retourne dans le cockpit, le coup de vent cesse. Notre vitesse diminue, 3.5 noeuds. Ce n'était que le premier coup de vent de tous les autres qui suivront par la suite et qui feront en sorte que le vent s'établisse. Je finis par me demander si un vent établi existe vraiment ou bien je ne suis pas tout à fait sûr de la définition de ce mot. Il me semble que je passe le plus clair de mon temps à jouer avec le gréement selon l'humeur du vent, régler le régulateur d'allure. N'est-ce pas le travail du navigateur? Un vent finit-il un jour par s'établir vraiment. C'est un perpétuel recommencement.

Et ce coucher de soleil dans les nuages, ce devrait être illégalisé ces choses-là, on y prend goût et on devient un peu accroc à ce genre de décor. Tout en prenant mon capucino... Personne n'a le droit de rire s'il vous plait, suis-je en manque de café moi là? Ce breuvage est délicieux.

Je me suis aussi fait un autre pain mardi. Les conditions s'y prêtent bien.

Juste pour me donner raison, durant la soirée de mardi, le vent que je croyais établis perd de la force pour tourner d'un coup en provenance de l'est, c'est seulement 30 degrés, mais je le sens, je l'ai vu faire. Et il reprend de la puissance après 2 minutes. Je décide de ne toucher à rien, il reviendra à sa place. Moi, je m'en vais me coucher.
Je vois le léger croissant de lune apparaître au ciel. Tiens, je n'avais pas remarqué son absence ces derniers jours.

J'ai bien fait de garder mon ris dans ma grand-voile, ça roule bien, des pointes de 4.8 - 5.0 noeuds. Je vais me coucher. Comme d'habitude je jette un oeil sur le compas de cloison qui adonne où je dors. Il faut que je me lève, le cap n'est pas bon. En sortant dans le cockpit, Il fait noir en chien, je ne vois absolument rien, pas la mer, pas les nuages, pas le croissant de lune, rien du tout. C'est tout de même trippant de sentir l'embarcation galopant sur les vagues. J'ajuste le gréement, et je retourne au lit. Je rejette un oeil sur le compas. Maudite marde, le cap change doucement. Le vent doit tourner progressivement, je me relève cinq minutes après. Il y a plein d'étoiles dans le ciel. Probablement que ces nuages faisaient parties du petit jeu que le vent jouait avec moi. Il faut que j'écrive ça, donc je sors mon ordinateur, si ça continue je vais me faire un café. Je veux dire un de ces délicieux cappucinos.

Je crois que j'arrive dans le coin de l'Asie, qu'est-ce qui me fait dire ça? Lorsque j'ouvre la radio onde courte, j'entends des gens parler une langue qui ressemble à du chinois pour moi.

Il reste environ 900 miles nautiques à faire, à peu près 9 jours de navigation.



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 22 juin 2017