Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

4 novembre 2013

Le vent, selon sa convenance prenons-le tel qu'il est...

Le vent, selon sa convenance prenons-le tel qu'il est...

Vendredi superbe journée. Par contre, il vente entre 5 et 15 noeuds durant l'avant-midi. Notre vitesse varie entre 2 et 4.3 noeuds. Un moment donné j'ai même pris un ris, il y avait un coup de vent qui rentrait pendant 15 minutes. Ensuite, j'ai largué le ris bien sûr. C'était un gros nuage qui passait dans le coin. Finalement, la vitesse n'est pas bonne pour la pêche, 3.4 noeuds. Mais je tourne en rond devant mes chaudrons, il me semble avoir fait le tour de toutes les saveurs à bord plusieurs fois... Je ne sais plus quoi manger pantoute. Un petit poisson ferait du bien et son dépeçage m'occuperait un bon moment. Peut-être que mes amis oiseaux reviendraient me voir du même coup. Il m'ont largué depuis que je les ai nourris la dernière fois. Peut-être leur ais-je donner un mal de ventre, pas habitué d'aussi bien manger. De la belle viande sans arête, sans peau, sans rien juste de la chair... Ils ont pourtant dû apprécier. Je ne comprends pas leur départ. Bon d'accord, je m'enligne pour une salade riz pois chiche. Toujours mieux que rien! J'ai tu l'air mal pris un peu enh! En attendant la prochaine poêlée de poisson...

Par la suite, le vent semble commencer à vraiment bien s'établir. Je dois même prendre un ris durant l'après-midi et enrouler un peu de génois. Les nuages défilent toute la journée. C'est vraiment magnifique. Quel spectacle. Je mets mes lignes à pêche à l'eau. Car la vitesse est meilleure. La journée se termine avec un superbe coucher de soleil. La palette de couleur au complet. Des couleurs orange au rose, du violet en passant par toutes les teintes jusqu'au gris bien sûr, les nuages se dispersent pour finir par des cumulus éparpillés un peu partout. L'extase devant la nature... Le poisson n'a pas mordu par contre.

La mer devient un peu agitée durant la journée. Certaines vagues cognent dur sur la coque.

Ça se calme en soirée. Les nuages recouvrent de nouveau le ciel. Je ne vois que quelques étoiles. L'étoile du berger est tout de même intense. Le vent diminue, la vitesse aussi. On va bien dormir... La nuit nous laisse dormir confortablement. Je me lève tout de même quelquefois afin d'accompagner ma partenaire de navigation, Loréline est infatigable. Quelques étoiles, sans plus, le ciel ne se dégagera pas de la nuit vraiment. Mais il y a du phytoplancton par contre, tiens, ça faisait longtemps qu'il avait été aussi intense et concentré, trop beau!

Je me lève samedi matin. Notre vitesse fait dur un peu. Mais nous avons tout de même fait du millage convenablement. Durant l'avant-midi, le vent nous teste un peu. Les nuages passent. Es-tu capable de prendre un ris... Je vais prendre un ris... le nuage passé, le vent nous lâche, je largue le ris. Il fallait bien un autre gros nuage juste en arrière pour refaire le test pour être sûr que je sais comment. Après celui-ci, je crois que je suis quitte pour un bout, les prochains nuages m'ont l'air loin à l'horizon. Le ciel se dégage presque complètement. Le ciel est trop beau. Les nuages au loin sont toujours aussi extraordinaires, je ne me lasserai jamais de les admirer. Félicitation mère Nature, franchement tu es parfaite et admirable! Des cumulus clairsemés un partout dans le ciel bleu!

En fouillant un peu ce que je pourrais bien manger. Je découvre un sac étanche avec un restant de grain à café. Décidément, je ne deviendrai pas réparateur de moulin à café manuel. J'ai passé je ne sais pas combien de journées à essayer de réparer mien. Toujours sans véritable succès. Mais je crois que je le connais bien maintenant. Alors, j'ai employé la méthode de survie pour moudre les grains. Dans un sac assez épais, un bon vieux marteau sur le plancher! Malgré que j'ai très peu confiance à la qualité du grain. Le peu de caféine qu'il me donnera devrait faire du bien.
Samedi après-midi, décidément, le vent reprend de plus belle. Il va falloir que je ramène de la toile encore une fois. C'est vraiment plaisant de se sentir bien pour sortir sur le pont en petite tenue. S'habiller de la tête aux pieds pour deux minutes devient un peu laborieux parfois, surtout les journées où le vent se cherche un peu. Je devrais plutôt dire que je m'habille des pieds à la tête. Car parfois je ne mets pas de manteau. Je prends la chance que la vague soit plus clémente envers ma personne, qu'elle éclate moins haut un peu. Ça m'a valu certainement quelques regrets et des gilets mouillés.
Le simple sentiment de faire enfin cap vers la destination fait du bien à l'esprit. La douche est de plus en plus proche. Un vrai bon café aussi...

La journée s'est déroulée avec une activité sur le pont comme il y avait longtemps que je n'avais pas vécu. Des coups de vent, souvent éphémères, m'obligent à prendre et larguer des ris environ aux 15 minutes. Un moment donné je me tanne. Je m'assis et j'attends. J'essaie de voir si je peux endurer une vitesse de 2.5 noeuds en attendant le prochain coup de vent. Cette expérience s'avère infructueuse. Et je largue toute la toile de nouveau. Jusqu'à ce qu'un vrai grain nous tombe dessus. Je me suis rendu au mât, j'allais prendre un ris. Je me suis dit, non, je vais en prendre deux du même coup. J'avais raison, je les ai tous pris finalement. Tout en enroulant le génois adéquatement bien sûr.

Je croyais que je rentrais dans une zone relativement stable... Ce n'est pas tout à fait ce que je vis finalement. La nuit tombée je vais au lit avec un ris dans la grand-voile, j'ai tout de même envie de dormir un peu. Un peu parce qu'en plein milieu, j'ai dû veiller quelques heures. Le vent nous a lâchés complètement. Si j'avais laissé faire, Loréline perdait son cap complètement. Sa vitesse était nulle sur l'horodateur. Mais la mer, comme d'habitude, elle ne cesse pas tout de suite ses ondulations. Quel confort! Finalement, le vent s'est levé de nouveau, tranquillement nous avancions. Allez hop au lit!

Dimanche matin mes lignes à pêche sont à l'eau, j'ai peu confiance, car la vitesse est de 3.5 noeuds. Le vent est bien de travers et notre cap est excellent. La mer est toujours de un à deux mètres, mais beaucoup plus tendre qu'hier, il vente moins. La vague casse moins et elle est moins violente. Le soleil veut sortir, les nuages lui donnent de la place. Il n'y a pas de gros nuages ni de coup de vent à l'horizon.

Je commence donc à inspecter quelques endroits dans les coffres. J'enlève l'humidité et l'eau infiltrée à certains endroits. Je fais sécher des sacs en tissus à l'extérieur, mes sacoches de vélo. Et je répare mon haut-parleur extérieur. Il avait arrêté de fonctionner il y a une semaine environ. L'emballage mentionne résistant à l'eau... La devanture je ne sais pas, car le mien il est en dessous de mon dodger, la vraie eau, pluie ou l'eau de mer ne se rend pratiquement pas. Mais je sais que les connexions... Il faut leur faire très attention et aussi loin que l'on voit du métal, il est préférable de les protèger. Mon premier haut-parleur n'était pas récupérable après corrosion. Mais lui, je l'avais enduit d'un produit caoutchouteux noir partout où je voyais une possible infiltration d'humidité sur le métal des connexions. Malgré cela, l'humidité a trouvé la mince faille. Le fil a été sectionné par la corrosion due au sel de mer. Juste une connexion à refaire et à protéger de nouveau avec plus de couches de produit, plus de minutie. Je devrais finir par être bon.

Et là, ça fait du bien, on entame sérieusement la dernière étape pour rejoindre notre prochaine destination. Nous avions presque 6 000 miles nautiques à faire. Je les avais séparés en différentes étapes sinon, on ne voit pas l'heure de faire descendre les milles. En cette journée de dimanche, il nous reste environ 1200 miles nautiques, donc à peu près 12 jours pour toucher terre. Et nous serons sortis de la zone des ouragans du nord de l'Australie. La saison commence environ au début décembre, mais j'ai vu qu'en 2007 le premier avait eu lieu le 17 novembre. C'est tout de même intéressant de les éviter.

Je ne sais pas trop comment qualifier la nuit de dimanche. Un peu ordinaire... Mais j'ai déjà vécu pire, alors aussi bien que je me contente! Notre vitesse est descendue vers 1.5 noeud et le vent était de provenance que la grand-voile déventait le génois... Mmmmh que faire... Il y avait un sac de voile qui patientait ça faisait longtemps et je l'entendais crié du fond de Loréline. Je me suis levé. De toute façon, le tapage engendré par ces cordages dédiés aux voiles qui ne tiennent pas dans les airs n'est tout simplement pas endurable. Loréline crie elle aussi. Et j'essaie toujours que tout l'équipage soit satisfait, comme ça personne ne peut vraiment chialer sur sa situation. J'étudiais donc la situation vraiment tranquillement, car, le sac dans le fond... l'ouvrir la nuit... Lorsque ça fait longtemps en plus, le capitaine n'est peut-être plus au point pour ce genre de manoeuvre. Je réfléchissais avec ma lampe frontale et je regardais le pont, je démêlais les différentes drisses, hale-bas et balancine dédiés à ce sac que j'avais décidé de rapprocher avant toute chose. Il est vraiment loin dans le fond. Si je ne suis pas capable de le sortir, ça ne vaut pas la peine d'en faire plus. Alors, il était déjà rendu à l'extérieur, il criait moins. Il sentait son heure arrivée. Il y avait parfois un peu plus de vent qui rentrait... non pas cette nuit, je suis retourné me coucher. Mais il n'y avait rien à faire. Je me suis relevé. Et j'ai mis en place ses écoutes tranquillement toujours en examinant la situation. Je vous jure qu'il ne se l'est pas fait dire deux fois, lorsque j'ai arrimé sa ganse sur le taquet à la proue de Loréline, j'ai ouvert le sac et en hissant sa drisse, le spi s'est ouvert tout seul! Je n'ai pratiquement rien eu à faire. Alors, nous avons filé comme ça toute la nuit. Nous n'avons pas fait de la vitesse tant que ça, mais au moins, j'ai pu dormir quelques heures!

J'aurais tellement de photo à vous monter, j'avais de la difficulté à choisir. Mais une fois mon spi en place, il fallait au moins qu'il se fasse voir un peu lui aussi. Je suis désolé pour le lettrage de Numérique. Lors du démâtage, il y avait eu bousculade entre les membres d'équipage sur le pont et certains sont restés marqués par l'évènement...



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Imprimé le : 24 juin 2017