Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

1 novembre 2013

Saisir le moment

Saisir le moment

Mercdredi, le vent ne cessait de tourner autour de nous. En disant cela, je me demande bien s'il y a une journée durant cette traversée si le vent a arrêté de nous tourner autour. Avec ces dépressions qui se succédaient une après l'autre entrecouper de zone de haute pression. Je devais constamment ajuster les voiles et l'allure. Sinon, on fait fausse route rapidement. Mais j'ai espoir que ce mercredi était la dernière journée où le vent changeait de direction autant. Et j'ai la vague impression que lorsque je parle trop vite, la vie me réserve d'autres avenues... Peut-être que j'apprendrai à me la boucler un jour. Mais normalement, j'avance actuellement dans une zone où il n'y a que des vents d'est.

Mais ce mercredi-ci, la journée n'a pas vraiment été confortable. Le vent qui venait du nord a tourné progressivement au sud en passant par l'ouest. Ces fameuses vagues résiduelles ne rendent pas la vie plaisante à bord. Je dis progressivement. En oubliant le passage du front chaud bien sûr. Car lui, il a fait tourner le vent d'un coup d'environ 30 degrés. C'est assez spectaculaire de vivre ça. Tout d'un coup, Loréline rue dans les brancards. C'est absolument invivable à bord, il se passe quelque chose c'est sûr. Nous faisions cap vers le nord-est. Mais en regardant le compas, nous faisons subitement cap vers le nord. Curieux état des choses. Je sors sur le pont voir ce qui se passe. Loréline fait des bonds, elle essaie de sauter par dessus les vagues. Elles sont très courtes. Nous sommes au près du vent. Et avec le régulateur d'allure, nous gardons notre allure! Donc notre cap suit l'allure du vent. Mais les vagues ne comprennent pas ça tout de suite qu'il faut changer de direction... Déjà, que ce ne fût pas très confortable auparavant, là c'est l'enfer. Il faut abattre, nous abattons bien sûr. Afin d'avoir un cap plus de travers à la vague.

Les vents ne nous lâchent pas de la journée, ils ont plutôt tendance à forcir. J'avais déjà mes trois ris sur ma grand-voile, j'enroule un peu le génois. Au cours de la journée, je dois empanner. Je finis par affaler la grand-voile, car elle nuit plus qu'autre chose au génois. De toute façon, le vent est devenu assez fort. On file à toute allure. Ça fait du bien voir du 5.4 noeuds sur l'horodateur. On mange des miles de nouveau.
Mais pas pour bien longtemps. Une fois que la dépression s'est vraiment bien éclipsée, elle ne nous laisse que des miettes. Malgré notre piètre vitesse durant la nuit de mercredi, environ 3 noeuds, je réussis à vraiment bien dormir. Tout en me levant lorsque Loréline le réclame. Jeudi, la progression est vraiment pénible, la vitesse reste sensiblement la même. Décidément, le vent de l'anticyclone tarde à nous rejoindre. Il faudrait être au près de lui. Il doit manquer d'attention, je ne sais pas. Je nous mets de travers au vent et on fait un cap passablement mauvais,nous allons vers l'Autralie. J'essaies de l'expliquer au vent, mais aujourd'hui il ne voudra rien savoir de plus.
Je commence à avoir hâte à la prochaine escale pour le ravitaillement. Il n'y avait plus de pommes vertes après la première semaine de navigation. Soit dans le coin du 25 septembre. Tant mieux, car elles s'en allaient déjà chez le diable. J'ai mangé ma dernière orange le 27 octobre. Il commençait à être temps, elles n'avaient plus beaucoup de jus. J'ai terminé mes oeufs le 28 octobre. J'en ai seulement jeté deux. Leur coquille s'était cassée. Mes pommes de terres, les dernières sont pour demain. Mes oignons aussi. Je n'ai pratiquement plus de frais à bord, je vais commencer à me faire du pain assez souvent si le temps le permet. Mais le pain fait engraisser, et j'ai déjà pris du poids. Alors, je commence à piocher dans le gruau pas mal. Et je mange des pâtes aller-retour. Il me reste en masse de sauce à spag que ma mère m'avait offerte, la meilleure en ville! Bien sûr y'a pas de ville dans le coin. Mais il me reste encore du millage à faire en fou. Alors, je fais attention à ce que je consomme pour en garder, comme les cannes de conserves.

Il faudrait que je pêche, mais aujourd'hui nous n'avons pas assez de vitesse. Et contrairement à la croyance populaire que j'ai déjà entendu dire que la meilleure vitesse serait de 6 noeuds et plus. Selon mon expert rencontré en Afrique, la vitesse optimale serait de 5 noeuds. Loréline est parfait pour attirer les poissons! Je vous jure que je l'aime, ma Loréline. Et à venir jusqu'à maintenant lorsque j'ai mis mes lignes à l'eau... Mais je devrai attendre du vent pour ce faire.

Et le café! J'en ai plus! J'ai épuisé mon inventaire de café instantané juste avant la fameuse dépression, dans le coin du 17 octobre. Je me suis retourné vers mon café moulu. À l'heure actuelle, j'en ai plus. J'ai essayé mon café en grain. Mais il a pris l'humidité, mauvais entreposage. La saveur est partie avec l'humidité... Il n'est vraiment pas bon... Il ne me reste que du capucino. Lorsque je l'avais goûté au Brésil, la saveur était excellente. Mais ce n'est pas du café... En lisant bien l'étiquette, il y a à peine un quart de café à travers du lait, du sucre et du chocolat. Je suis donc un peu en manque de caféine. Mais ça va bien, je ne me tape pas trop sur les nerfs. Vivement l'Indonésie, producteur de café!

Ah oui, c'est vrai. Je me suis rincé à l'eau de pluie mercredi, lors du passage du front froid. Nous étions à la queue du front, vraiment à l'extrême. Il n'a pas plu tellement, mais la petite humidité reçue! Quel bonheur! Il faisait frette par contre, en ciboulot... J'ai bien hâte d'en enlever une couche.

La journée de mercredi se termine avec des vitesses de 2 noeuds... Ça peut paraitre pénible... Mais ici, le temps revêt une tout autre apparence. Je ne sais pas tout à fait quelle heure il est d'ailleurs. Ma montre suit l'heure du Québec. En fait, le temps n'a pas d'apparence. C'est la beauté de la chose. Il n'y a donc pas de course contre la montre. On avance un point c'est tout. Et on voit le soleil et les astres tournés autour de la planète. Ils tournent autour de nous. Toute une vision nombriliste du cosmos... L'humain... comme si tout tournait autour de nous... Nous sommes juste un cancer pour nous même en fait. Nous ne détruisons que nous même... La planète, les astres, le soleil... suite à notre disparition, ils vont continuer leur chemin. Peut-être vont-ils se gratter un peu la hanche en se demandant qu'est-ce qui a bien pu les piquer sur le côté, comme un chien fait avec sa patte arrière sur le flanc. Ah, c'était l'humanité! Les voilà partis. On peut continuer à tourner en paix. Ils n'avaient vraiment pas compris qu'ils auraient pu en profiter bien plus longtemps. Mais ces gens d'apparence préféraient les moments éphémères des artifices venant des gens artificiels plutôt que la vie... la vraie vie...

Ils auraient pu tellement bien gérer la vie sur la planète la plus chanceuse du cosmos. Celle qui a le mieux réussi dans l'atteinte suprême de la vie. Cette intelligence aura été un cadeau empoisonné.

À moins que, la possibilité est toujours possible que la conscience nous touche...
Alors tout humain qui ne travaille que pour sa finalité à lui, il est perdu et il nous perd du même coup.

Et c'est pour ça que j'admire l'Afrique. Je parle de l'Afrique noire, pas de ces Africains blancs qui se prétendent être africain. Ces derniers n'ont pas compris ce qu'était l'Afrique. L'Afrique est les racines de la vie. Où ils ont réussi à garder le sens de la communauté malgré l'invasion des colonisateurs. Bien sûr, leurs valeurs sociales se perdent à travers les valeurs des colons blancs. Il est difficile de lutter contre les valeurs dévastatrices de l'individualiste véhiculer par les blancs. Mais je leur ai dit et j'espère que mon ami Fred d'Afrique du Sud me lit présentement. Ils ont su garder leur fierté à travers nos offensives sans cesse répéter de génération en génération. Tout comme nos Amérindiens d'amérique. Eux savent ce qu'est l'humanité, ils donnent... et ils donnent encore après tout ce qu'ils ont subi, sans jamais rien demander en retour. Mais l'abu des uns ne peut pas continuer éternellement sans un retour de bon précéder n'advienne. Sinon, les conséquences viendront, nous les subirons. Ça commence par le réchauffement climatique et aller savoir la suite...

Il faut avoir subi l'abu d'une personne pour comprendre ce que certaines populations ont vécus pendant des générations. Et moi, je crois à la conscientisation de l'humanité. Je ne suis pas là pour les artifices ou pour impressionner qui que ce soit. La vie m'a poussé où je suis rendu. Lors de mon premier voyage, au retour, j'avais dit à tout le monde que je ne repartirais plus seul. Mais la vie ne nous offre pas le choix parfois. il y a des gens qui abusent et je ne suis pas capable de les sentir. J'avais besoin d'air rafraichissant.

Et je suis bien dans mon voyage malgré tout.

La nuit de jeudi, on avançait à deux noeuds de moyenne. La perspective du temps change en navigation. J'arriverai, et c'est ça l'important. J'arriverai quand j'arriverai.
J'espère être capable de vous envoyer cette photo aujourd'hui. Je la vois lorsque mon ordinateur reste ouvert. Il défile en diaporama mes photos prises ultérieurement. J'avais rencontrer ce jeune africain la journée que nous étions allés planter des semis d'arbre à l'université de Dakar à la faculté de lettres il me semble. Moi, j'étais le blanc de service! Je ramassais le plastique un peu partout sur le terrain. C'était tout un plaisir de travailler avec cette belle équipe. Et même si je servais d'exemple pour leur montrer à ramasser le plastique. Les bons moments valent toujours plus à la fin du compte. Et ce jeune, je ne sais pas. Il était venu me voir par la suite. Incapable de communiquer ensemble, mais juste être ensemble quelques minutes nous faisait plaisir. J'ai toujours attiré les enfants, comme ça.

Vendredi matin, nous avions fait 12miles durant la nuit... Mais le vent s'est levé rapidement en matinée. On y arrive. Pas plus de 1500 miles avant l'arrivée. J'vais avoir du café!



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Imprimé le : 24 novembre 2017