Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

21 octobre 2013

Journées désagréables

Journées désagréables

Au début, je croyais bien faire. Je voulais aller vers le nord pour essayer de passer la dépression qui s'en venait sur nous. C'est un jeu un peu compliqué, car la vitesse de mon embarcation ne me le permet pas vraiment. Mais, en sachant pertinemment que nous allions avoir des vents d'est très fort lorsque la dépression allait arriver à notre latitude si je restais plus bas. Il me semblait intelligent d'essayer d'aller le plus au nord possible. Mais les prédictions météo ne sont que des prédictions.

Les premières journées de mon ascension, je restais vent de travers. C'était assez confortable. Mais la dépression avait décidé de se laisser attirer par nous... Dès que je croyais avoir bien passé son centre dépressionnaire. Elle a décidé de faire de l'est... Autrement dit, nous arriver dessus. Au début, les prédictions prétendaient qu'elles allaient plus bas en latitude. Mais là, quelque chose a arrêté sa course dans cette direction et elle est venue nous engloutir. C'était une mauvaise chose pour nous.
Les trois derniers jours, de jeudi à samedi, avant que son centre nous englobe définitivement, nous avons navigué auprès serré du vent et ensuite de travers. Sur une mer bien plane, au pire avec des vagues pas trop grosses, ça peut bien se faire. Mais contre des vagues de 2 à 3 mètres, l'exercice se révèle laborieux. Le problème réside aussi dans l'irrégularité des vagues. Nous sommes toujours dans une mer croisée. On se fait brasser pas à peu près. C'est un peu violent pour l'embarcation, et bien entendu l'équipage en subit les conséquences. Combien de vagues ont passées par dessus Loréline... combien d'entres elles ont cogné durement ses parois, d'un côté comme de l'autre... ce n'est pas des petits coups là... Ce n'est pas de la petite mer... J'ai vu la vitesse passée de 4.9 à 2.2 noeuds en une fraction de seconde. La mer cogne dur. Alors, je ne savais plus s'il était mieux de ramener de la toile pour diminuer la vitesse ou rester comme ça. Si nous avions été moins vite, peut-être qu'un moment donné, nous aurions descendu notre vitesse à rien du tout... Je trouve ça un peu dangereux... Les vents n'étaient pas si puissants, environ 20 noeuds, rafales à 25 peut-être.

Lorsque samedi soir, j'ai décidé d'empanner. Avant que la nuit ne prenne place. Car nous avions finalement un cap d'environ 355 degrés. Probablement que j'aurais pu virer de bord. Mais je n'avais pas envie de prendre la chance. Je trouvais que la manoeuvre d'empannage pouvait se faire plus doucement et en sécurité passer d'une allure à l'autre... La manoeuvre s'est très bien déroulée. Par la suite, je ne suis pas revenu auprès du vent. Je trouvais que nous avions assez subi durant les derniers jours et que de toute façon le vent allait continuer à tourner pour ultimement passer au sud. En nous plaçant de travers au vent, j'ai repris de la toile un peu en même temps. Mais les conditions de mer n'avaient pas changé... Ça cognait! De travers, mais ça cognait! Le gréement en était au moins déchargé légèrement. Notre cap était exécrable, mais que pour quelques heures. Le temps que le vent vire bien au sud.
Effectivement, durant la nuit la nature a fait les choses convenablement. Mais la mer, elle ne change en 2 secondes et quart... Elle prend du temps elle aussi à se revirer de bord, et quand elle s'est revirée... il reste toujours des vagues résiduelles de la veille, voilà la mer croisée... avec beaucoup de plaisir!

Dimanche, les vents avaient considérablement diminué. Le centre de la dépression était maintenant plus près de nous. Le soleil est sorti nous saluer en passant, très rapidement. Le temps d'un café dehors, vérifier quelques petits trucs sur le pont. Le vent continuait à tourner sans nous poser de questions. Donc, nous sommes revenus dans le temps de le dire tribord amures. La dépression continue son chemin parallèlement au nôtre. Donc nous allons subir l'autre côté périphérique de ce système avec des vents de 25-30 noeuds au cours des prochains 24 h. Du moins, leur provenance sera plus acceptable. Ils viendront du sud. À l'heure où je vous écris, dimanche après-midi, les vents sont d'ouest-sud-ouest, mais il y a toujours de vagues du nord qui nous parviennent. Elles se sont affaiblies rapidement par contre, car le vent du nord n'a pas duré si longtemps et sa force n'était pas considérable.

Est-ce que j'ai bien fait de venir à cette latitude? C'est un peu difficile à dire. Si j'étais resté plus bas, il y a actuellement des vents de 35-40 noeuds de l'est... Je n'ose pas imaginer ce genre de vent auprès... Mais après cette dépression, qu'est-ce qu'il y aura? Des vents faibles... Et ce n'est pas le temps d'aller plus au nord, sinon je risque fort de rester pris au centre des anticyclones qui s'y trouvent... Même que je considère que je suis déjà un peu trop au nord... C'était un choix difficile à faire. J'aurai au moins eu l'occasion de rincer à l'eau de pluie une paire de pantalons...

Et là, il fait beau soleil! Est-ce que j'ai besoin d'en dire plus...



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