Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

17 octobre 2013

Ça continue...

Ça continue...

Depuis qu'il y a un anticyclone au nord de nous, sans trop de dépressions qui viennent le perturber, les conditions de navigation sont exceptionnelles. Le vent toujours de l'ouest nord-ouest variant entre 10 et 25 noeuds. Donc, la manoeuvre est relativement simple. Je n'ajuste pratiquement pas le régulateur d'allure. Parfois, je donne 5 degrés d'un bord ou de l'autre. Mais je ne vire pas fou là-dessus, car au bout du compte notre course arrive pas mal où l'on veut.

La force du vent n'est pas tout à fait stable non plus. Je reste conservateur sur la toile. Avant de donner plus de toile j'attends parfois une heure après avoir constaté son affaiblissement, parfois il a le temps de forcir de nouveau. Je n'ai pas que ça à faire à bord, il faut tout de même que je m'occupe de ce poisson-là de temps en temps. Le préparer, mais le manger aussi!

La grand-voile est rangée. Alors, les manoeuvres ne sont pas très compliquées. On attend notre prochaine dépression qui devrait s'en venir dans les prochains jours.
D'ici ce temps-là, je lis un peu. Je regarde où est-ce que je m'en vais exactement. Il me reste de la route à faire tout de même...

Je mange du thon frais... trop bon... J'avoue que je partage avec mes amis Pieds Noirs tout de même! L'albatros aura eu sa part aussi!

Par contre, j'avoue avoir eu un peu peur de ce qui allait arriver dimanche soir. J'ai vu des cirrus qui se déplaçaient tellement vite. Quelques heures par après, le ciel s'est couvert au complet. J'ai voulu ramener de la toile. Mais j'ai pris sur moi. Je me suis dit que j'allais dormir habillé et s'il arrive quelque chose je serai vite sur le pont. Mais je n'ai pas réussi à dormir par terre. Je me suis levé peut-être une heure après. Le ciel était toujours pareil. Le vent n'avait pas changé. Je me suis dit que ces nuages n'étaient pas si dangereux qu'ils en avaient l'air. Je suis allé au lit, mon vrai lit cette fois-ci. Et j'ai tellement bien dormi, pas de coup de vent. Juste quelques vérifications de temps à autre. Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'offre tout ça?! Je reste méfiant. Il me reste une semaine sur ces latitudes. Tout peu encore arrivé.
Lundi matin, encore des cheveux d'ange dans le ciel... Ensuite, des nuages gris ont recouvert le ciel. Il y avait aussi des petits oiseaux blancs avec une très longue queue, comme deux plumes très longues. Très spéciaux. Ils étaient six.

Lors de la réception de nouveaux fichiers météo, je m'aperçois qu'il y a une dépression vicieuse qui arrive du nord, plutôt de l'ouest nord-ouest. Elle vient se fusionner à deux cousines arrivant du sud. Elles formeront ainsi, si les prédictions persistent dans le temps, une dépression plus sérieuse. Les vents ne seront pas si extraordinaires. Mais je les recevrai de front. Après mûre réflexion, j'ai donc décidé de faire cap au nord, afin d'essayer d'atteindre une latitude où elle me passerait au sud. J'ai environ quatre jours pour me rendre à la bonne place. Mais je vais vous dire franchement que toutes les fois que j'essayais des choses pareilles, je n'avais pas assez de vitesse pour y arriver. Alors, je ne m'y fis pas trop.

Mais si jamais j'y arrivais, par la suite, j'aurais des vents favorables pour me diriger définitivement vers le nord tranquillement pas vite. Au début, je croyais remonter au 105e degré de longitude est. Par la suite, je me suis dit, on verra bien de quelle façon les évènements m'amèneront à réagir selon les circonstances qui se présenteront. Et voilà, j'essaie du mieux que je peux. Hisser la grand-voile, border le génois... Ça fait drôle, j'ai l'impression de sortir d'un long moment de léthargie.

Mercredi je réalise finalement que la dépression arrive plus vite que prévu. Jeudi je commence à naviguer au près du vent. Un vent du sud-est d'à peine 10 noeuds. Et je me console en réalisant que j'aurai au moins réussi à passer au nord du centre dépressionnaire. Au sud, il y a des vents de plus de 40 noeuds, où je serai lors de son passage, j'écoperai de seulement 25 à 30.

Au début de la semaine, les nuages étaient impressionnants à voir aller. Ceux de basse altitude se déplaçaient à de vitesses fulgurantes. J'en avais peur, à l'approche de la nuit surtout lorsque le ciel se couvrait. Jeudi, le ciel a finalement décidé de bien se couvrir et de nous jeter de la pluie. J'essaie de rincer mes culottes déjà salées plusieurs fois.

Ça fait quelques jours que je passe à vérifier mon système de communication. J'ai changé l'antenne, ce n'était pas ça. J'ai trouvé une connexion corrodée, ce n'était pas ça non plus. Mes batteries neuves du Brésil semblent avoir perdu leur vigueur de jeunesse. J'ai changé les connexions de ma radio sur mon autre batterie... Je ne sais pas s'il a un problème. Parfois, il va bien, parfois il va pas. J'étais chanceux à venir jusqu'à maintenant, il y avait une antenne en Afrique du Sud qui me servait vraiment bien. Mais sa propagation à partir de mon emplacement diminue progressivement. Et les autres sont un peu moins puissantes. Alors, je communique moins bien. Je ne sais pas, j'espère ne pas perdre la communication complètement.



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Imprimé le : 25 juin 2017