Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

11 octobre 2013

Ils me suivent...

Ils me suivent...

Ils sont trois. Ils sont autour de nous depuis que nous avons tourné le Cap de Bonne-Espérance. Ce sont le clan des pieds noirs. Je les ai vus, ils ont les pieds noirs. Pour ne pas se faire reconnaitre, ils les cachent en volant en dessous de leur queue. Je me demande bien pourquoi des oiseaux suivent un bateau des semaines durant. Probablement qu'ils ont goûté aux entrailles de mon poisson et ils pensent en avoir d'autres. Mais ce n'est pas si évident s'imaginer remonter un poisson à bord dans ces conditions de mer. Alors, rare sont les journées où mes lignes à pêches trainent dans l'eau.

Leurs cousins aussi viennent parfois faire leur tour. Eux, ils sont plus nombreux, surnommés le clan des queues de castor. Pourquoi? Parce qu'il ont la queue plate, comme des castors. Un groupe de 15 oiseaux environ. Mais ils ne viennent que tous les trois jours environ.

C'est de les voir jouer avec la mer. Ils savent où ils s'en vont... Ils planent, foncent sur l'eau comme des kamikazes... Il rase les vagues... leurs ailes à peine si elles ne touchent pas... et remontent parfois sans même battre des ailes... il ne se servent que du vent. On peut perdre des heures à les regarder faire. Mais comment font-ils pour voler comme ça sans cesse... je les ai vu faire. Ils se reposent comme ça entre deux vagues. Ils sont encore plus drôles. Un petit bout de plume de rien à travers les énormes vagues. Ils se font brasser un peu, mais sans plus, ils sont comme un petit bouchon tranquille sur l'eau. Ils se regroupent toujours avec leur semblable. Et j'ai encore vu des hirondelles. Il me semble vous avoir dit qu'elles laissaient trainer leur patte dans l'eau... J'ai l'impression qu'elles doivent cueillir quelque chose dans la mer, de la nourriture... Elles le font trop régulièrement pour que ce ne soit simplement pour se saucer la patte. Je dis une, car il ne semble en avoir qu'une qui touche à l'eau. Lors de leur descente, elle peut toucher 4 ou 5 fois durant la même descente et ensuite elle remonte!

J'ai vu aussi un couple d'albatros, il me semble du moins. Car lorsque l'un s'arrêtait sur la mer, l'autre venait à côté. Et on aurait cru que pour s'identifier, ils se donnaient des petits coups de bec, l'un sur la tête de l'autre. Et après identification, ils restaient près l'un de l'autre jusqu'au prochain vol!

Je vous jure qu'on finit par se faire des histoires à nous même. Je pense que ça aide à garder l'esprit sain. Il y en a plusieurs qui ne sont pas racontables, je les garde pour moi...

J'ai trouvé juché en haut de mes panneaux solaires, le calmar acrobate de la famille. Ils les avaient bien impressionnés avec son dernier saut... Mais, quelle triste mort, séché au soleil!

Mercredi, je retrouvais en partie la mer que j'avais déjà connue. C'était à l'endroit où deux zones de haute pression se touchaient. Des vagues de 3-4 mètres accompagnaient des vents assez forts, mais de courte durée. Je m'en allais au centre d'un anticyclone. En fin de journée, tout s'était calmé. Le vent allait tomber complètement durant la soirée. J'allais dormir sur le plancher tout habiller. Je devais me rendre régulièrement sur le pont manoeuvrer. Nous avons connu des vents contraires, je dirais plutôt une brise à pratiquement rien. Un certain moment donné, le plus pénible de la nuit, nous n'avancions pas du tout. Le centre de l'anticyclone est passé, le vent est revenu. Graduellement, nous avons repris notre cap, une bonne vitesse. Enfin, je pouvais aller me coucher pour espérer dormir passablement bien. Le soleil se levait. Il m'est très difficile de bien dormir le jour...

Une zone de basse pression s'en vient sur nous. Le vent se lève au court de la journée de jeudi. Graduellement je ramène de la toile sur le pont. Jusqu'à enlever toute la grand-voile. Loréline s'amuse bien. Elle glisse sur l'eau avec des pointes de 6.5 noeuds. Il faut que je lui parle pour ne pas trop qu'elle s'emballe. Il y a des coups de vent. Mais ils sont moins forts qu'habituellement.

Depuis Cape Town, nous avons tout de même bien avancé. Deux journées ont été moins bonnes. Nous avons fait respectivement 48 miles et 80 miles nautiques. Nous étions au centre de zones de haute pression. Sinon, nous avons fait des journées de 135, 147, 150 miles nautiques, mais plus souvent nous faisons plutôt 110 miles par jour. Ce qui nous fait une moyenne au total de 115 miles nautique par jour. On ne se plaint pas du tout. Et si tout se maintient, il nous reste environ 3000 miles nautiques à faire pour atteindre notre nouveau point de chute, l'Indonésie. Pourquoi cet endroit? Parce que je commence à être dans le jus. Il me reste trop de miles à faire et je dois couper au plus court.
La saison des cyclones en Australie commence début décembre. Alors si je me rendais du côté est comme prévu, je resterais pris là. Le temps d'arriver les cyclones seraient commencés. Je devrais attendre 4 mois pour repartir. Comme je dois rentrer à la maison au plus vite. Je passe par la côte ouest-australienne, et je n'arrête pas. À moins d'un problème. Si j'arrête, je ne pourrai pas repartir à cause des cyclones. Je ne ferai probablement pas les autres caps... Mais que voulez-vous, mon but était beaucoup plus de planter des arbres, rencontrer les autres cultures... que de courir après le trouble!

Dans la nuit de jeudi, le vent a tenu ses promesses, il s'est levé et la mer aussi. Les prédictions lui donnaient 30 noeuds. Il a dû atteindre 35. La dépression passait juste après l'anticyclone. Le vent tournait, ralentissait puis accélérait. Mais il n'a pas tout à fait l'ordre ordinaire. Un certain moment donné, il a plu. Il ne ventait presque plus. C'était un peu douteux comme situation. Je n'avais aucunement envie de donner plus de toile. Il fait noir, je ne vois pas l'état de la mer ni du ciel. Je reste prudent. Je suis dehors pour essayer de sentir ce qui s'en vient, mais je ne suis pas habillé pour la guerre, j'ai à peu près juste des fusils à pétard pour me défendre en cas de besoin. Le vent tourne, mais pas du bord désiré. Il refuse... Je suis au près du vent et je fais cap au sud... Je n'ai pas le choix de hisser un bout de grand-voile, mais vraiment prudemment, juste un peu pour remonter le vent du mieux qu'on peut. J'étais sortir dehors seulement 5 minutes pour sentir. Mais il pleut! Le vent comme à devenir plus musclé, le cap commence à faire plus de sens, mais pas encore assez pour dire que j'affale la grand-voile. La situation commence à ne pas être belle. Mais moi je ris dans ma barbe. Je trouve la situation complètement loufoque. Aucun fichier météo ne me montrait ce genre de vent, j'étais supposé avoir du portant...

Je vais sur le pont pour ajuster mon génois aussi petit soit-il. Et en revenant, je me rends compte que j'ai les deux pieds dans l'eau assez profondément. Tellement qu'il y a de l'eau sur le pont, j'ai la vague impression de marcher dans la mer. Peut-être bien finalement! Et je réalisais, bien sûr oui, d'avoir mes bottes dans les pieds cette fois-ci! Mais aussi d'avoir un bateau ponté. J'imaginais la mer rentrer à l'intérieur, il aurait fallu une gang d'équipiers avec des chaudières pour vider ça! je restais dans le cockpit en regardant la scène se dérouler en réfléchissant à tout ça et j'avais comme le fou rire, d'autant plus que mes salopettes étaient maintenant transpercées bord en bord. Le temps que le vent tourne à l'ouest et que j'affale la grand-voile. Ensuite, je suis rentré me changer avec des vêtements appropriés. Je suis resté dehors un certain bout de temps. Mon dodger rigide est vraiment extraordinaire, mais je rêve d'un cabinage maintenant... Un rigide et amovible, pas tellement compliquer à faire, j'ai des idées...
De toute façon, la folie du pied risque de l'emporter...

Pour que la guerre ait éclaté, je prétends que les pieds-noir sont de mèche avec un autre clan que je ne connais pas...



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