Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

27 septembre 2013

Après une semaine en mer, qu'est-ce qu'on mange?

Après une semaine en mer, qu'est-ce qu'on mange?

Je commence déjà à avoir fait le tour plusieurs fois des possibilités du garde-manger.  Des pâtes, du spaghetti, du poisson de toutes les façons, des oeufs, des pommes de terres, des conserves.  Ouf...  j'ai oublié le numéro de la pizzéria qui livre gratuitement.   J'ai bu du café en masse.  Le calmar ramassé sur le pont.  Il était petit, j'en prendrais bien un autre.

Mercredi, la mer était calme.  Le vent aussi.  Nous avions de la difficulté à avancer.  On a réussi à descendre à une vitesse de zéro noeud pendant un certain bout de temps qui semblait interminable.  Les voiles claquaient.  Je n'ai pas eu le choix de faire cap au sud pour être au près du vent pour me créer un vent apparent.  Au moins, avoir un peu la paix des voiles.  De toute façon, on n'avançait pas.  On ne pouvait pas aller bien loin.  Alors, bon cap ou mauvais cap ne changeait pas grand-chose dans l'histoire.  Tant qu'il y avait un cap pour tenir les voiles!  Cap au sud!

Ensuite, je prenais ma marche sur le pont.  Pour me dégourdir les jambes, mais aussi afin de vérifier les usures possibles sur le gréement.  Une fois sur la proue, je regardais attentivement l'enrouleur.  Il a l'air de bien se tenir.  Les vagues ont viré folles momentanément.  Le nez de Loréline plongea dans la mer.  Je me suis fait mouillé jusqu'à mi-mollet.  J'étais en sandale et pantalon.  La mer semble vouloir rire de moi.  Je n'ai pas dit un mot.

En même temps que je me disais qu'il n'y en avait pas dans les parages.  Un cargo a croisé notre route.  Il allait lui aussi vers l'Australie. 

Des nuages de pluie se pointaient à l'horizon.  Nous allions directement dessus.  J'en profite pour faire rincer mes bas.  Je n'en ai pas assez pour 60 jours.  Je trouve des trucs.

Le pire c'est que je suis en train de réaliser à force de regarder comme il faut mes fichiers météo que je suis dans une zone de haute pression actuellement.  Et que si j'étais plus au sud, dans les 40es par exemple, je l'aurais encore plus vécu que ce que je vis ici.  Alors pour ce qui est de la meilleure route à emprunter, on y reviendra...

Ce mercredi soir, il n'y avait plus aucun nuage dans le ciel.  Pour le  moment du moins.  Car, le vent devrait se lever d'ici quelques heures.  Il faudrait que j'aille dormir, mais c'est très difficile avec les voiles qui font du bruit comme ça et le voilier qui ne se tient pas du tout. 

Le vent a fini par se lever, j'ai pu aller me coucher l'esprit tranquille.  J'avoue que c'est un peu contradictoire, mais c'est la réalité de la navigation.  J'ai dû me lever quelques fois pour donner de l'attention aux voiles.  Je me suis fait réveiller jeudi matin par un cargo qui me suivait.  Il m'avait vu et s'écartait de mon chemin.  Une chance mon cap était franc sud.  Je me suis permis de réajuster notre tire.

Jeudi s'est passé comme  mercredi.  Vent faible, vitesse faible.  Nous devons tout de même changer d'amure durant la journée.  Je suis comme en communication sensoriel avec l'atmosphère.  Lorsque je sors dehors pour voir l'horizon, le vent change de direction en même temps.  Je fais la manoeuvre tranquillement.  J'admire les éléments qui m'entourent...  le soir de jeudi, les étoiles ne m'accompagnent pas longtemps, les nuages noirs recouvrent le ciel rapidement.  Mais le phytoplancton lui, il est à l'appel. 

La provenance du vent fait comme une vague.  Demain, le vent augmentera entre 25 et 30 noeuds pour quelques jours.  Le temps que la dépression fasse des siennes.  Nous sommes à une bonne latitude pour bien la vivre.  Je vis bien le moment présent.  Nous avons passé le 40e degré de longitude est.  C'était une des étapes de l'océan Indien que je me suis fixé.  Il en reste 3 et puis nous remontons vers le nord.  J'ai aussi fait des points au 60e, au 80e et au 105e.  Ce dernier pourra être réévalué en temps et lieu.  Tout dépendra de l'anticyclone qui nous recevra pour notre progression vers le nord.

En tout cas, je dois vous parler d'une étrange sensation que j'ai eue l'autre soir.  J'étais debout dans le cockpit de Loréline et j'avais tous les sens éveillés...  le vent sur la peau...  les étoiles...  le cerveau toujours à réfléchir sur le monde...  Loréline se promène un peu comme ça, d'un bord et de l'autre...   les vagues qui la soulèvent lentement et qui la redescend doucement...  et j'ai eu l'étrange, mais agréable sensation tout d'un coup que je flottais...

Vous pouvez rire de ce que je viens de dire, c'est vrai que c'est comique.  Mais cette sensation-là, vous ne pouvez pas l'avoir sur le fleuve.  Du moins, je ne m'en souviens plus de l'avoir eu sur le fleuve...  Mais j'avoue qu'en mer, c'est le top des sensations!

Vendredi matin, oups...  les prévisions de gros temps s'en viennent...  la mer se gonfle, le vent souffle... On sent la tension dans l'atmosphère...



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