Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

25 septembre 2013

Tranquille...

Tranquille...

Il y a un anticyclone au nord, un peu comme toujours.  Les anticyclones se trouvent plutôt au centre de l'océan, dans ce cas-ci l'Indien.  C'est presque une règle.  Sauf lorsqu'il y a des perturbateurs, des dépressions.  Ma route actuelle, j'essaie de la faire un peu sur la limite entre les anticyclones  et les dépressions.  Le centre des deniers passe plus au sud.  Je crois que c'est exactement ça l'histoire.  Les solides coups de vent que je subis sont dus aux chocs lorsque les deux se rencontrent.  Je pourrais être plus au sud.  Mais je subirais plus le vent fort des dépressions.  Soit du 35-40 et même du 45 noeuds.  Donc des vents plus soutenus,  plus fort, donc la mer plus grosse aussi.  C'est un choix.  Les coups de vent que je subis sont désagréables effectivement. 

Lundi, le vent est presque tombé au complet, j'avançais à 0.5 noeud à un moment donné.  Pas longtemps, juste une heure.  Ensuite le vent a repris de plus belle tranquillement.  J'avançais à 4.5 noeuds. 

En fait, si je parcours 120 miles en une journée, je suis plus que satisfait.  Je n'en demande pas plus.  De dimanche à lundi, j'ai encore fait 147 miles.  Lundi, J'avais pris la mer depuis 6 jours, avec une moyenne de 126 miles par jour.  Ce qui est au-delà de mes espérances.  Il ne faut pas trop rêver, mais à ce rythme-là, il me reste 45 jours pour me rendre à destination voulue.  Et si jamais ça va trop bien, j'irai un peu plus loin...

Ces jours-ci, je vis une mer calme, un mètre de vague parfois deux.  Lundi le vent venait du nord nord-est.  J'étais presque au près du vent.  C'était confortable.  J'ai pris le temps de me raser et me couper la barbe.  Ça fait du bien.  Je me sens mieux.  Mon vélo stationnaire est loin.   J'ai plutôt commencé à faire des étirements, un peu de push-up, et je pédale des jambes comme ça dans le vide.  Le problème c'est que je ne veux pas trop suer, la douche est loin par ici...  Je ne me suis pas lavé encore.  J'utilise parfois des lingettes pour enfant.  Je me lave les mains bien sûr, sans trop utiliser d'eau douce et en même temps je me rince le visage.  Je ne sais pas ce qui lui prend à la mer.  Lorsqu'une vague vient nous heurter, elle attaque le visage en premier...  je deviens le visage salé...  C'est un peu désagréable...  Dire qu'à mes premières traversées,  je m'en foutais d'être mouillé...

Je sors mon poisson dehors tous les jours.  Je lui fais prendre l'air.  Afin d'essayer de le faire sécher le mieux possible.  La nuit je dois le rentrer, l'humidité tombe la nuit.  Est-ce que je vous l'avais déjà dit ça...  C'est fou de constater que l'humidité condense la nuit, ça devient plus humide.  Et la nuit dernière j'ai remarqué qu'il y a du phytoplancton dans la mer par ici.  Loréline laisse sa trace dans l'océan...  Et même parfois il y a des phytoplanctons qui saute sur Loréline!  Il y a souvent mon écoute de grand-voile qui traine dans l'eau, elle se fait ramasser par une vague et elle va prendre un bain jusqu'à ce que je  la ramasse. Et lorsque je la ramasse, parfois il  y a des organismes de phytoplancton accroché dessus.  En tirant sur le cordage, il y a des cellules phosphorescentes qui revolent sur le pont!

Je suis bien dehors.  Ce n'est pas froid.  Je n'ai pas de thermomètre, il doit faire 20 Celsius à peu près le jour, la nuit ça ne va pas en bas de 10-15.  Par contre, les nuages ont recouvert le ciel mardi.  C'était gris partout dans le ciel.  Nous n'avons pas vu de coin de ciel bleu.  Mais je sais que le soleil est juste derrière!  Et lors de son couché, il a réussi à me faire voir ses tentacules de rayon passer à travers les nuages...   C'est une scène que l'on voit souvent en mer, de toute beauté...

La nuit de lundi à mardi.  Je me suis réveillé.  Loréline en avait pesant sur le mât.  La coque cognait dur sur la mer et c'était inconfortable.  Le confort n'est pas autant un besoin physique momentané que d'un besoin matériel de sa durabilité.  Plus ça cogne, plus le gréement risque de casser un jour ou un autre.  Avant d'aller au lit, j'avais déjà pris un ris.  Et là, je me faisais demander d'en prendre un autre...  J'y réfléchissais...  À moitié endormi, on n'a pas vraiment le goût d'aller se faire poivrer de sel sur le pont.  Mais il faut...  faire attention à notre petite Loréline...  Donc, je finis par m'habiller!  Je sors dehors et j'étudie la situation.  Je vais sur le pont, je n'ai pas le choix.  Il faut que j'allège le gréement.  On va perdre de la vitesse.   Je prends tout de même un ris sur la grand-voile.  Je reçois par la même occasion une vague par en arrière de la tête.  C'est normal.  Je retourne dans le cockpit.  Je suis plus réveillé maintenant.  Alors, je profite de l'atmosphère féérique.  C'est tellement beau.  Je regarde parfois par dessus le dodger.  Une vague ne me manque pas de me saler le visage en passant par là...   Maintenant, je suis réveillé comme il faut...  Je m'assois et je contemple...  la mer défilée...  éclairée par la lune malgré qu'elle soit derrière les nuages.  Finalement, j'ai fini par tout affaler la grand-voile.  Là, Loréline avait repris sa souplesse et sa légèreté d'antan.  Nous avons perdu entre 0.5 et 1 noeud de vitesse, et puis après... 

Après un certain moment de contemplation, je retourne me coucher et je dors...  Cet océan nous réserve des surprises, j'en suis sûr, il faudra être en forme...

Mardi le vent a tourné plus au sud.  Il y a une dépression qui s'en vient.  Je dois aller plus vers le nord.  Sinon, ce sont des vents entre 45-50 noeuds qui me frapperont.  Je préfère essayer d'y aller sécuritaire.  J'ai vu le souffle d'une baleine à 500 pieds environ.  Je l'ai revu à travers les vagues pour finalement voir sa nageoire dorsale.  C'est une grande bleue.  Elle allait moins vite que Loréline.  Nous avions pas mal le même cap, mais nous la dépassions.  Nous l'avons perdu de vu.... 

Mercredi matin, la dépression perd de l'ampleur.  Je reprends un meilleur cap et  largue tout le génois, le vent a considérablement diminué.  Je trouve un tentacule de calmar sur le pont.  Dommage, ça aurait été bon pour souper.  J'en profite pour changer une drosse du régulateur.  Les gaines ont tendance à rétrécir, à l'humidité et l'effort je crois.  Alors, j'ai bien beau prendre le temps de bien les coudres sur la drosse,  si  je ne suis pas chanceux, la couture lâche et la drosse n'est plus protéger par la gaine.  Ensuite, je recouds le nerf de chute de grand voile avant de larguer les ris.  Il était en train de rendre l'âme.  Je lui prolonge son existence au moins jusqu'au prochain port...

Je me retourne de bord...  Le calmar...  étendu sur le pont...  Miam! Miam!

Vous l'ais-je dit que la vie est belle...  Savoir bien en profiter, ne pas en abuser, et en respectant ce qui nous entoure, il nous en sera reconnaissant pour toujours...

Il faudrait bien définir le mot respect... partir sur les mêmes bases...

Il y avait deux arcs-en-ciel ce matin...   Je n'avais jamais vu ça.  Je ne parle pas du deuxième qui complémente le premier.  Non, non...  Deux avec des arcs différents!  Incroyable



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Imprimé le : 27 mai 2017